Bloggu litterariu corsu

u 18 di Ghjugnu 2016 - scrittu dà - lettu 324 volte

Voile de soie


Voile de soie
Bateau est rudimentaire, en bois massif brut, une haute voile rêche, sans couleur, une cale sommaire pour ma carcasse.
Bateau sait où aller, je n’ai pas d’efforts à fournir.
Les vagues virent noires, le vent est froid - fasciné, malgré l’angoisse irréversible qu’elles  provoquent, je les compte, la treizième est toujours renversante, une lame dressée, un baiser en morsure sanglante – c’est l’ascension, puis une chute à retourner un bide des plus gainés.
Les vagues s’éclairent de gris, leur force décline – à ce moment arrive la baleine, haute comme une falaise, ruisselante de larmes de sirènes, triste comme une chaise à bascule. Elle pousse un cri dépassant largement le ciel, l’écho fait onduler l’horizon, elle disparaît une nouvelle fois.
Il y a cet homme, sec et sévère, raide sur son tronc d’arbre – avec son monocle, il me fixe comme s’il attendait une explication… savoir pourquoi son navire a coulé avec son chargement d’esclaves – il est à jamais l’esclave de ses propres illusions morbides, je hais cet esprit…
Bateau évolue désormais sur une mer d’huile, une fluidité conférant un bruissement sensuel au contact eau-bois – la lune d’or colore la mer, je distingue un îlot, bateau met le cap sur un ponton à moitié désossé, je chois sur la terre comme on vient au monde, le vertige me pli à genoux – je sors de la position de fœtus, un faisan aux plumes en bataille picore une pastèque explosée, une lueur m’attire vers les hauteurs, j’arrive devant une auberge en bois terne de l’extérieur, à travers les fenêtres zébrées, plein de visages impavides.
Le vent rase la terre, il draine des odeurs d’herbes sèches et de fleurs prisonnières de la laine de moutons, la porte s’ouvre, une femme sans visage me dit de regarder le ciel
 - Il est rare de voir le troupeau à cette heure...
Les moutons nuageux rejoignent l’azur laissant tomber une pluie flottante de fleurs sèches, le visage de la femme semble évaporé dans un frottement de térébenthine, elle me propose une table près de la cheminée.
 - C’est la meilleure nourriture… dit-elle comme on pose un glacis –
Les gens assis là sont faisandés, il est terrible d’attendre alors qu’il n’y a rien à attendre – au moins, ils ne disent rien – un vieux est assis près de moi, un pauvre des îles britanniques, une pauvreté digne, je visualise son souvenir, il était petit garçon, et, parfois, se retrouvait seul sous le plafond bas du grenier, sortait de sa poche une petite lampe et les pages arrachées et froissées d’un livre, il rêvait, et pour les rares fois de sa vie, souriait.
Un autre raconte des choses qu’on ne lui demande pas, que personne ne veut savoir, un bon vivant, ça fait un mauvais mort.
Il y a cette carafe en porcelaine bleue et blanche. Si seulement j’avais soif…
Je rejoins bateau, on part… il évolue en inertie sur le reflet de la voie lactée, je vole entre deux monde – arrivé devant une immense colonne de granit coupant l’espace en deux, bateau flotte vers la voie la plus éclairée, le tronc d’arbre, où est perché l’esclavagiste, se dirige vers l’autre voie.
D’insupportables cris déchirent la paix astrale, un groupe d’esclaves aux yeux révulsés, aux profondes entailles de fouet dévoilant divers os de leurs corps, court sur l’eau dans sa direction, suivit d’une femme blanche échevelée, elle ressemble à un oiseau géant et maladroit, rien ne saurait stopper l’accomplissement de sa vengeance – les esclaves fouettent l’ordure jusqu’à en faire une viande suintante et sanguinolente, la femme prend le relais, elle a des gestes saccadés, se sert de ses mains comme de pinces à désorbiter, les yeux du damné pendent au bout de leurs nerfs, ils pendouillent mais voient – il voit ses pieds, il voit les poissons carnassiers, avec leurs mâchoires acérées, prêts à le déchiqueter vivant. Son calvaire recommencera chaque jour...
Bateau flotte dans des eaux sereines, une embarcation à la voile de soie approche, une gracieuse silhouette apparaît en ombre chinoise dans l’azur émeraude, elle chante, sa voix est parfaite jusque dans l’imperfection, son vibrato éraillé, rocailleux et mélancolique, tranche avec la pureté virginale et cristalline de sa voix.
Bateau se fige, je comprends qu’il me faut quitter mon compagnon, je monte sur l’embarcation, la jeune femme est superbe, douce, lumineuse.
Je jette un regard nostalgique à Bateau. Il se transforme en algues luminescentes. Il disparaît…
 - Bateau va nous guider… dit-elle, avec un sourire que je connais forcément.
Nous arrivons où tout a recommencé, de grandes inondations ont ravagé le cimetière, elles emportent des sépultures, des cercueils flottent avec leurs linceuls rêches ou en soie.
 
Bateau arrive sur un rivage près d’un ponton de bois, en face, trois îlots - c’est le dernier voyage, il va nous emmener sur celui qui abritera notre éternel amour.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...