Bloggu litterariu corsu

u 21 di Sittembre 2018 - scrittu dà - lettu 222 volte

Un poignard entre deux portraits


Dernière partie

Ma main tremblote tandis que je tourne la clé comme pour condamner mon geste. Je ne comprends pas. Je devrais être heureux de fuir enfin ce cauchemar. Mais pour aller où ?
Un petit vent frais se lève au moment où je referme le portail de la villa. Le ciel commence à se couvrir, c’est l’automne. Sandra et Christine ont pris le vol d’hier soir et je m’apprête à les rejoindre, le sac rempli d’argent liquide, tout ce que j’ai pu rassembler. Assez pour recommencer une nouvelle vie si cela est possible quelque part.
Tout est de ma faute ! Si j’avais réagi à temps, si j’avais fait mon devoir de père, peut-être que rien ne serait arrivé. Pauvre Christine ! Elle est beaucoup trop jeune pour ce qu’elle a vécu ces dernières semaines.
Mon cœur se serre à la pensée que je ne reviendrai plus jamais. Notre vie avait été si belle avant cela. On n’efface pas quinze années de bonheur par quelques jours d’horreur. J’avais une existence dans cette ville, j’avais un travail, une situation. Qu’est-ce que nous allons devenir avec ce plongeon dans l’inconnu ?
Il me reste encore quelques heures pour y réfléchir, j’embarque dans la voiture. Un passant s’arrête à ma hauteur, me dévisage, me jette un regard de mépris et s’en va. Pauvre con, tu ne sais absolument rien. Va te faire foutre !
Si tout va bien, je serai à l’aéroport dans une demi-heure. Là-bas, une heure à tuer en me plongeant dans un quelconque livre que j’achèterai sur place, une dernière heure à espérer que nul ne me reconnaisse et je m’envolerai vers l’ailleurs.
Nous nous sommes donné rendez-vous à Londres, avec les femmes. Je parle assez bien anglais et je n’y connais personne, ça devrait faire l’affaire. De quoi nous poser quelques temps, de quoi voir venir avant un nouveau départ. Vers où ? Je l’ignore, mais pas en Amérique, non surtout pas.
Je m’installe au volant et je mets la radio. Même sur les chaînes locales, on ne parle déjà plus de nous. C’est à croire qu’on nous a oubliés. Si seulement ça pouvait être aussi facile pour tout le reste !
Péniblement, je me fraie un chemin à travers la jungle urbaine et les embouteillages. Devant moi, un vieux pick-up se lambine et me fait enrager. Pourvu que ce mastodonte au pot d’échappement mal réglé n’aille pas lui aussi à l’aéroport. C’est bon, il change de voie. Tant mieux.
Placé juste au mauvais endroit dans le ciel, le soleil m’éblouit et m’empêche de faire correctement mon créneau. Pourquoi m’en soucier puisque je ne reviendrai jamais plus par ici. Je me demande juste ce que peut devenir une voiture abandonnée sur un parking. Quel dommage que je n’aie pas pu la vendre avant. Ça m’aurait fait un peu plus d’argent et Dieu sait combien je vais en avoir besoin. Tant pis.
Personne n’a encore semblé me reconnaître. Rien dans les réactions de mes commensaux qui ne transpire la haine ou l’effroi. Je suis encore un inconnu en ces lieux et j’entends bien le rester. Même la fonctionnaire à qui je présente ma carte d’identité reste de marbre. Tout va bien.
Je passe un portique et j’entends que l’on m’appelle. Quelqu’un murmure mon nom très loin derrière moi. Méfiant, je me retourne, mais en vain. Je ne vois rien, pas même l’ombre d’un éclair de connivence dans un œil. C’est à croire que j’ai rêvé. Je presse le pas vers ma porte de sortie et les appels reprennent. Je tourne la tête, en pure perte. Je cours presque jusqu’à l’avion. Une fois à bord, enfoncé dans mon siège, je devrais enfin avoir la paix. Je l’espère.
Un vieil homme un peu corpulent est assis à côté de moi. Il n’a pas l’air de vouloir discuter. C’est déjà ça. Plus aucun obstacle à mon départ. Je triomphe. Le commandant de bord fait une annonce que je n’écoute même pas. Le temps est clair et le vent est tombé. Que souhaiter de mieux ?
L’avion décolle. J’essaie de lire mais je n’y parviens pas. Le papier se jaunit et les lettres se brouillent. Ma vision se trouble. On recommence à m’appeler, avec plus d’insistance que la première fois. Je chancelle. Ma tête me tourne et la réalité m’échappe. Je n’aurais pas dû. Je me sens partir. Les tzitzimime sont venues me chercher pour me conduire au Mictlan. Allez-vous en, maudites !
Codex Borbonicus (extrait).
Codex Borbonicus (extrait).

Première partie

 - Papa, Maman, il a recommencé !
Je manque de m’étouffer en entendant claquer la porte d’entrée. Voilà que s’achèvent vingt minutes de calme. Je peste, mais que peut ma pauvre quiétude face à une tornade rousse de dix-sept ans ? Il parait que l’on n’est pas sérieux à cet âge-là. C’est le moins que l’on puisse dire. Le bac est dans un an, et elle ne sait pas encore ce qu’elle veut faire de sa vie. Comment l’en blâmer ? J’étais pareil à une époque, et bien pire encore, beaucoup plus sauvage. A côté de mes exploits d’antan, Christine est une adolescente calme et sérieuse, peut-être un peu trop, dont les passions sont sages et les éclats sont rares.
Pourtant, c’est une enfant au bord de la crise qui vient là de traverser la pièce pour se jeter avec violence dans le sofa, sans un mot de plus, ni même un regard dans notre direction. Une grande colère à peine contenue semble la posséder.
Intriguée, Sandra se lève de sa chaise pour aller s’asseoir en douceur tout à côté d’elle.
 - Qu’est-ce qu’il se passe ma chérie ?
Sans relever les yeux, elle murmure d’une voix sourde :
 - C’est Guillaume. Il continue. J’en ai marre.
Sandra esquisse un geste de tendresse pour l’apaiser. Ne voulant pas être en reste, je demande :
 - Qu’est-ce qu’il a encore fait celui-là ?
Christine soupire longuement, lève à peine les yeux, pour enfin me répondre :
 - On était à la foire Benjamin et moi, au stand du dessinateur, tu vois ? Le gars nous a proposé de nous dessiner tous les deux pour à peine trente euro. Benjamin a payé et on s’est assis sur le banc. Guillaume était là, derrière. Il n’a pas arrêté de nous suivre de loin en faisant semblant de faire autre chose, alors forcément, ça m’a stressée. Le dessinateur n’arrêtait pas de me dire de sourire et de ne pas bouger, mais moi, je ne pouvais pas. J’étais toute crispée. Je ne pensais qu’à l’autre…
 - Et Benjamin ?
 - Lui ? Il n’avait rien vu du tout. Il n’a pas arrêté de sourire tout le long. Du coup, quand le dessinateur a fini et nous a donné ses dessins, moi j’ai eu un beau garçon au visage radieux, et lui une fille coincée qui a l’air de se retenir d’aller aux toilettes.
 - Oh tu exagères. Ça ne devait pas être si moche que ça ! Tu es belle comme un cœur !
Christine fait mine d’ignorer ma remarque.
 - Attend, c’est pas fini… une fois qu’on a eu nos portraits, on a continué la visite des stands. Guillaume avait arrêté de me suivre, je ne le voyais plus. J’étais contente, tu vois, je me disais qu’il commençait à comprendre qu’il devait sortir de ma vie s’il ne voulait pas que les choses tournent très mal pour lui, mais le voilà qui me rattrape à la sortie…
 - Et Benjamin ? demande Sandra.
 - Il était déjà parti à ce moment-là. Mais s’il te plait maman, ne me coupe pas, j’ai du mal. Pardon.
Sandra, étonnée, a un léger mouvement de recul face à cette réplique inattendue de la part de Christine, qui reprend :
 - Je suis à la sortie, et je vois Guillaume à quelques mètres. J’ai envie de fuir, mais il est trop près. Je lui dis de foutre le camp, mais il commence à me baratiner, à me dire qu’il m’aime comme un fou, que je serais beaucoup mieux avec lui qu’avec Benjamin. J’ai envie de lui dire d’aller se faire voir, de lui jeter quelque chose au visage, mais je n’ose pas. Je préfère m’en aller, le laisser là avec ses délires. Et lui qui me court après. J’ai envie de crier en pleine rue. Lui me tend un rouleau de papier qu’il me présente comme preuve de son amour et me supplie de le prendre. Et là… je ne sais pas pourquoi, mais je lui dis que je le prends à condition qu’il me fiche la paix.
Christine nous tend deux rouleaux de papiers. Sur l’un d’eux, figure le portait de Benjamin fait à la foire en sa compagnie. Sur l’autre, au même format et de la même main, un portrait de Guillaume.
 - Ce connard n’a rien trouvé de mieux à faire que de se faire dessiner juste après nous pour m’offrir une image de lui. Je ne sais pas ce qu’il veut… se mettre au même rang que Benjamin sûrement…
Ces mots prononcés, elle craque et se met à pleurer.

Deuxième partie

 - Ça n’a pas l’air d’aller très fort, toi, ce matin ?
Christine relève un peu la tête de son bol de chocolat et m’adresse un regard perturbé qui ne ressemble pas vraiment à son air habituel du petit matin.
 - Non, ça va pourtant. J’ai juste fait un cauchemar, t’en fais pas.
Sa voix n’est pas comme d’habitude et je m’y connais. Ce n’est pas son genre d’être bouleversée par les brumes nocturnes de ses émois de l’âme.
 - Mais si. Raconte-moi ce qu’il se passe. Je sens bien qu’il y a quelque chose.
Elle ne me répond plus, se replonge sans entrain dans son bol brûlant. Un peu déçu, je n’ose pas insister, comprenant que rien de ce que je pourrais dire ne la fera s’épancher si elle n’en a pas le cœur.
 - C’est à cause des dessins tout ça. C’est à cause d’hier…
Le son de sa voix semble sorti de nulle part, sinon de ses lèvres qu’elle n’a même pas pu desserrer. C’est tout juste si elle se redresse, gratte nerveusement la table et accroche son regard à un arbre de l’avenue, pour finalement lâcher :
 - Je vais être en retard.
Elle se lève d’un coup, porte ses affaires à l’évier et quitte la cuisine en évitant avec soin de placer ses yeux dans l’axe des miens. Deux secondes plus tard, je la vois qui chausse ses tennis, posées à deux pas du paillasson.
 - Je sais que qu’on est encore en été, mais tu ne devrais vraiment pas porter ces chaussures-là sans chaussettes. Crois-moi, tu vas le regretter.
 - Papa, tu me gonfles…
Le ton est plus rude que d’ordinaire mais je dois reconnaître que je l’ai bien cherchée. Je me suis montré lourd et maladroit. En espérant l’aider à me confier ses peines, je n’ai fait que la renfermer un peu plus. Quel idiot !
Cela vaut-il vraiment la peine de me mettre dans de tels états ? Les enfants ont le droit d’avoir leurs jardins secrets et aiment parfois apprendre à surmonter les épreuves sans l’aide d’un adulte. Je devrais peut-être lui laisser le droit de faire des erreurs et de garder pour elle certaines des choses qui la mordillent. C’est aussi ça grandir.
 - Je n’ai pas envie de remonter dans ma chambre pour prendre une paire de chaussette ou une paire de sandales. Pour cette fois, ça ira.
 - Comme tu voudras…
Christine fait mine de ne pas avoir entendu et entrouvre la porte d’entrée.
 - A plus Papa. Je vais au musée retrouver Benjamin. Il y a une expo sur les Indiens d’Amérique. Tu sais, les peuples qu’il y avait là-bas avant, les Aztèques, les Incas, tout ça…
Je m’abstiens de lui répondre que j’ai été à l’école bien avant elle et que je connais mes classiques. Pas la peine de prendre le risque de la braquer pour quelques mots d’ironie.
 - C’est le genre de trucs que Benjamin adore, tu vois… les pyramides dans la jungle, les momies, les temples cachés, les jarres remplies de pierres précieuses, les sacrifices humains au dieu du soleil et toutes leurs malédictions. Lui, ça le fascine. Il connait tout ça par cœur.
Encore une victime de Tintin ou d’Indiana Jones ! Mais que sait-il vraiment de ce que fut la vie quotidienne de ces peuples ? De la réalité historique de ce que furent ces civilisations ? J’espère au moins que cette exposition scientifique sera plus rigoureuse que le premier reportage venu où des illuminés s’acharnent à démontrer l’influence des extraterrestres dans le passé de l’humanité.
 - Et après ça, on ira manger une glace dans le petit café en face.
Me rappelant le temps de mes primes amours et de cette époque où j’attendais parfois pendant des heures le moment propice pour embrasser, je me sens envahi d’une bouffée de nostalgie.
 - Amuse-toi bien ma grande. Tu m’appelles quand tu rentres.
Mes dernières recommandations semblent se perdre dans les limbes.

Troisième partie

 - Un cauchemar, tu dis ?
 - Oui, et assez perturbant, apparemment. Elle se trouvait dans son lit, dans sa chambre, et il lui semblait que les deux portraits, celui de Benjamin et celui de Guillaume, sortaient de leurs support papier pour se battre. Curieux non ?
 - Pas plus que ça.
Sandra se penche de son fauteuil pour attraper un paquet de biscuits secs posé sur la table basse. Elle en prend un, le casse en deux et puis le croque.
 - C’est encore une ado Patrick. A cet âge-là, on a les passions à vif et les hormones bouillantes. Rappelle-toi un peu comment tu étais à cette époque. Essaie de ne pas te mentir…
Un éclat de rire m’échappe presque sans le faire exprès.
 - De cette époque-là, je me rappelle surtout que tu ne me connaissais pas encore. Alors, même si mon frère aime bien parler, ce qu’il dit n’est pas toujours ce qu’il s’est passé. Ça lui plait d’exagérer le passé.
 - Dis plutôt que tu as la mémoire défaillante. Et sélective.
 - On dira ça, oui. On dira ça. En attendant, je peux te garantir que ça la travaille vraiment beaucoup et qu’il ne faut pas prendre ça à la légère. Elle ne m’en aurait pas parlé sinon…
Sandra me dévisage d’un air soupçonneux.
 - Elle t’en a parlé spontanément ?
Ce n’est même pas une question. Sandra connait déjà la réponse. Et le pire, c’est qu’elle a raison.
 - Oui enfin, disons que je l’ai juste un peu… insisté.
Sans même relever combien ma réponse est grammaticalement incorrecte, Sandra soupire longuement dans un élan mêlé de lassitude et d’amusement.
- Tu ne changeras jamais toi. Il faut toujours que tu tentes par tous les moyens de te mêler de la vie de ta fille. Je te connais assez pour savoir que ça part d’un bon sentiment, mais tu ne crois pas que tu en fais un peu trop, là ?
Me sentant un peu honteux, je baisse les yeux.
 - J’essaie de faire… ce qui est… ce qu’il faut…
Ma conviction n’y est pas. Bon sang, j’ai l’impression d’être un père abusif doublé d’un imbécile. Quand je pense que je fais pourtant de mon mieux pour être le meilleur. Je dois songer sérieusement à revoir mon analyse.
Dans le fond, après tout, il n’y a rien de dramatique. Christine a fait deux fois de suite le même cauchemar. Et alors ? D’autres adolescents ont des problèmes bien plus graves et je devrais plutôt songer à me réjouir que ma petite fille chérie ait une vie si propre et si rangée.
 - Tu sais Patrick, qu’il y a d’autres manières de montrer que tu t’intéresses à elle. Des manières beaucoup plus subtiles et beaucoup plus agréables. Essaie plutôt de lui parler de ce qui la captive au lieu de la braquer à trop vouloir extraire au marteau et au burin les secrets intimes de son petit cœur. Tiens, justement… en ce moment, on dirait qu’elle se passionne beaucoup pour l’Amérique précolombienne. C’est même la troisième fois qu’elle va voir cette exposition avec son copain.
 - Oui ? Et donc… ?
 - Tu devrais essayer de te renseigner un peu sur le sujet, faire deux-trois recherches sur Internet, histoire de te trouver des bricoles à lui dire, des anecdotes à lui raconter sur le sujet.
A mon tour de grommeler.
 - Tu ne trouves pas que c’est un peu hypocrite cette façon de faire ?
Semblant agacée par ma réponse et mon manque de bonne volonté, Sandra s’apprête à répondre quelque chose lorsque le claquement de la porte d’entrée l’en empêche. L’air plus hagard que jamais et le teint livide, Christine vient de faire son entrée en martelant notre séjour de sa bouleversante démarche d’automate.
 - Je crois que j’ai fait une bêtise.

Quatrième partie

- Tu as fait quoi ?
Je n’en crois pas mes oreilles. Sandra non plus. Cela ressemble juste à un mauvais rêve.
 - Mais rien en plus… j’ai juste tendu la main et Benjamin m’a donné le couteau. C’est tout.
On nage en plein délire. J’ai envie de hurler, de m’effondrer dans mon fauteuil, de sortir marcher quelques heures et de prendre une cuite tout à la fois. Je n’ai pas de mot assez fort. Il faut que je me calme. Il faut que je me calme. Il le faut.
Sandra, quant à elle, semble avoir été épargnée par la vague de colère qui m’a submergé. Sereinement, elle se rassoit sur une chaise et demande d’une voix plutôt douce :
 - Réexplique-moi clairement ce qu’il s’est passé ma chérie.
Tétanisée, Christine tente tant bien que mal de reprendre son récit :
 - On était à l’expo, Benjamin et moi. Dans l’aile ouest. Benjamin voulait prendre de meilleures photos des objets de culte aztèques que celles qu’il avait prises la dernière fois…
 - Abrège, s’il te plait. Viens-en au fait. la coupe Sandra avec une impatience qui ne lui est pas coutumière.
Durant une fraction de seconde, je crois que Christine va se mettre à pleurer, mais elle tient bon.
 - Benjamin était tellement dans le truc qu’il ne me calculait même plus. J’essayais de lui parler, mais il ne m’entendait pas. Alors je suis restée là, à regarder par la fenêtre en attendant qu’il revienne. Quelque part, c’était reposant, parce que je commençais à en avoir marre de ne l’entendre parler que de pyramides perdues dans la jungle ou de sacrifices humains…
Tandis qu’elle prononce ces mots, je me dis en riant intérieurement que son intérêt pour les anciennes civilisations amérindiennes n’aura pas résisté à un petit copain un peu lourdaud. Quand je pense que j’ai failli suivre le conseil de ma femme et perdre mon temps à faire de vaines recherches sur le web juste pour le plaisir de bavasser deux minutes avec ma propre fille, je me dis que je suis plutôt chanceux. Mais aussitôt je me reprends. Ce n’est vraiment pas le moment de faire de l’ironie, fut-elle mentale.
 - Un peu plus tard, alors que j’étais encore à regarder par la fenêtre, j’ai senti que quelqu’un me tapotait dans le dos. Je me suis tournée. C’était Benjamin. Il avait l’air content de lui.
Cette histoire me parait cousue de fil blanc et pourtant, je reste suspendu aux lèvres de Christine qui extrait un magnifique petit poignard ancien de sa poche dont l’authenticité ne fait aucun doute.
 - Dans ses mains, il tenait ce magnifique couteau aztèque. Il m’a dit qu’il était d’époque, que la lame était d’obsidienne, qu’il l’avait trouvé un peu plus loin, et qu’il me l’offrait comme preuve de son amour pour moi. J’ai tendu la main et je l’ai pris. C’est tout.
C’est tout ? C’est tout ? Ma fille vient de m’avouer s’être rendue coupable de complicité de vol d’un objet ancien dans une exposition et elle ose conclure son explication par un "c’est tout". Mais comment puis-je seulement ne pas être énervé après avoir entendu une chose pareille ? Même si elle n’a pas l’air de s’en rendre compte, ce qu’elle a fait est grave. Très grave. Complicité de vol et recel, ce n’est pas rien. Je ne reconnais plus ma fille. Comment a-t-elle pu se laisser entraîner dans un plan aussi minable ? Elle n’est pourtant ni une voleuse ni une idiote. Ce n’est pas comme ça que je l’ai éduquée.
 - C’est tout ? C’est vraiment tout ? demande alors ma femme, me laissant ainsi penser qu’elle partage à cet instant les mêmes pensées que moi et la même aversion pour cette formule détestable.
 - Non en fait. Pas exactement. Il s’est passé un truc, un autre truc quand on a quitté le musée.
Seigneur Dieu, qu’elle est longue à répondre à une question aussi simple ! Est-ce donc si difficile ?
 - A la sortie, il y avait encore ce débile de Guillaume qui m’attendait. Il a fait son petit numéro, comme d’habitude, mais là, Benjamin était là. Ils ont vraiment failli se battre…
Elle a l’air dévastée, comme un navire qui fait naufrage.
 - J’ai peur. Je ne sais pas comment ça va se finir. J’ai peur de le savoir.
Pour ma part, je le sais. Bien décidé à agir, je me prépare en vitesse, et m’en vais aller avoir une petite conversation privée avec ce vaurien de Benjamin.

Cinquième partie

 - Argh… mais je vous jure monsieur, je…
Difficile pour un adolescent abruti de parler face à un adulte responsable, à plus forte raison devant le père de sa petite amie. Bien que nous fassions la même taille, il n’en mène pas large. Je suis prêt à parier qu’il est sur le point de se faire dessus. Mais quel triomphe sans gloire de ma part ! Ce morveux n’a aucune expérience de la vie et si peu de viandes dans les abatis. Quelle tristesse pour moi si je ne parvenais pas à l’amener où je veux qu’il aille.
 - Je te laisse deux minutes pour m’expliquer ce qu’il s’est passé à l’exposition. Deux minutes, pas une de plus.
Le lycéen attardé semble aussi déstabilisé que si je lui avais parlé en une langue inconnue. Il me fixe d’un air hébété, cherche du regard un éventuel soutien parmi les inconnus qui passent à ce moment précis dans la rue derrière moi, puis finit par déglutir :
 - Je lui ai juste offert un cadeau. Un couteau sacrificiel aztèque. Rien de plus.
Il se moque de moi là ? J’ai envie de le frapper. Par chance, j’arrive à me contenir.
 - Ne commence pas à me prendre pour un con, sinon ça va mal aller. Ce n’est pas des cadeaux que je te parle, c’est du vol que tu as commis au musée.
 - Du vol ?
Je le sens très surpris. Soit c’est le meilleur menteur de sa génération, soit il ne comprend pas de quoi je parle. La conviction me manque pour le presser un peu plus.
 - Ce couteau ? Comment l’as-tu obtenu ? Réponds.
Il est en train de reprendre confiance, de profiter de ma faiblesse. Je n’aime pas ça. Que va-t-il me sortir comme nouvelle fadaise.
 - Je ne l’ai pas volé. On me l’a donné.
 - Qui ?
 - Un mec au musée.
Pris d’un doute, je recule d’instinct. Cette histoire n’a aucun sens. Comment et pourquoi un quidam quelconque, appartenant ou non à l’équipe de l’exposition, chercherait à détourner une relique historique de valeur pour la donner à un adolescent inconnu ? Dans quel intérêt ?
Est-ce vraiment plus incroyable que d’imaginer cet ingénu parvenant à déjouer les systèmes de sécurité du lieu juste pour épater sa copine du moment qui se trouve être ma fille ? Je l’ignore.
 - Oui monsieur. J’étais en train de regarder un codex dans une vitrine et le gars s’est approché de moi. Il m’a demandé si j’aimais ça, les machins indiens et je lui ai répondu que oui, que plus tard, je voulais être archéologue et découvrir des cités perdues. Alors il a sorti le couteau de sa poche, me l’a donné et il est parti. C’est tout ce qu’il s’est passé. Je vous jure monsieur. Je vous jure !
Son explication est totalement bancale mais je suis bien obligé de faire avec. Il ne changera pas de version car il en est lui-même convaincu. Je le lis dans ses yeux.
 - Il ne t’a rien dit en te donnant cette pièce rare ?
 - Non enfin… je crois bien qu’il a marmonné quelque chose, mais j’ai pas compris… ou alors, j’ai pas retenu, j’ai oublié… quelque chose comme quoi ça allait m’aider contre mes ennemis. Je ne sais pas, écoutez monsieur, je vous ai dit tout ce que je savais, tout ce que je pouvais…
Le voilà qui craque et se met à pleurnicher. Est-ce donc de ça que ma fille est amoureuse ?
Moi qui ai toujours pensé que l’âge m’a au moins apporté le privilège de savoir repérer un petit menteur à coup sûr, voilà que je vais devoir reconsidérer la question. Son histoire est fausse, c’est évident. Qui peut croire une chose pareille ? Mon cerveau ne cesse de me hurler de revenir à la logique pure lorsque mon instinct s’acharne à donner foi à ces élucubrations d’un goût douteux. Que faire ?
 - Tu as de la chance qu’il soit trop tard pour aujourd’hui mais demain, à la première heure, j’irai rapporter cet objet volé au musée et on verra si tes explications seront du goût du conservateur. D’ici là, je t’interdis formellement de revoir ma fille ou même de la contacter. Compris ?
Le petit crétin geignard répond quelque chose, mais je suis déjà loin.

Sixième partie

 - Tu vas faire quoi ?
 - Mon devoir Sandra. Juste mon devoir. Rien d’autre.
Mon épouse me dévisage un bon moment, comme si je venais de proférer une idiotie monumentale, avant d’oser enfin éclater :
 - Mais tu es devenu complètement fou ! Tu vas aller rapporter ce couteau à l’exposition. Qu’est-ce que tu vas leur dire pour expliquer ça ? Tu y as pensé à ça ? Non, là, vraiment, je ne te suis plus. Tu te sentirais de dénoncer le petit-ami de ta fille ?
 - Et pourquoi pas ? Soit c’est un délinquant, soit c’est un idiot et dans un cas comme dans l’autre, il n’est pas digne de Christine !
 - Mais justement, puisque tu en parles, est-ce que tu y as pensé à elle ?
Résistant tant bien que mal à l’assaut, je préfère écarter toute sensiblerie d’un revers de main :
 - Elle aura sûrement une tape sur les doigts, mais rien de plus. J’ai vérifié, qu’est ce que tu crois ? Techniquement, si on restitue l’objet rapidement, elle n’est coupable de rien. Sans compter qu’on peut toujours s’arranger à l’amiable.
Christine, qui vient tout juste de faire irruption dans la cuisine, comprend tout d’un coup ce que je m’apprête à faire et se jette presque littéralement à mes pieds en m’implorant.
 - Papa, non, je t’en supplie…
Le cœur plein de sentiments contradictoires, je tente de me radoucir sur la forme afin de pouvoir tenir bon sur le fond.
 - Je suis désolé ma chérie, mais il le faut.
 
Le reste de la soirée s’écoule tout doucement dans une atmosphère pesante et silencieuse. Au plus profond de moi, la honte me hante. Ce que j’ai prévu pour demain n’est vraiment pas très glorieux. Pourtant, comment faire autrement ? Un choc violent est le seul moyen que je vois pour enrayer la spirale infernale et qu’importe s’il y a un prix à payer, car il sera toujours moins élevé que celui dont il aurait fallu s’acquitter tôt ou tard si je ne réagissais pas.
Je tente en vain d’expliquer cela à Sandra au moment de nous coucher, mais je sens bien qu’elle n’est pas d’humeur à cela, répondant à minima et sans même faire semblant de m’écouter. Elle boude et c’est bien normal, même si j’aurais préféré qu’elle fasse l’effort d’un pas dans ma direction. Nous ne sommes toujours pas clairement réconciliés alors qu’elle éteint la lumière.
 
La nuit ne m’accorda pas davantage ses faveurs que mon épouse et le sommeil m’atteint à grand peine. Angoissé, je rumine longuement dans mon lit sans parvenir au moindre résultat satisfaisant. Il n’y a pas d’issue honorable à ce problème. Toutes les voies sont désespérément bouchées. Seule me reste la liberté de choisir la moins pire, désormais. C’est sur cette pensée peu amène que je m’endors enfin, basculant dans un monde de songes agités et désagréables qui ne s’impriment même pas dans ma mémoire.
Au petit matin, alors que sonne le réveil qui m’en extirpe, j’ai l’impression d’avoir la gueule de bois. La nuit n’a pas été reposante pour moi, bien au contraire. Malgré mes propos de la veille, je ne suis toujours pas sûr du bien fondé de ce que je m’apprête à faire. Avec peine, je me lève. Il est déjà sept heures et toute la maisonnée est encore endormie. Ce n’est pas très habituel, mais c’est loin d’être la première fois. Je tente encore de mettre de l’ordre dans mon esprit lorsque j’entends un grand cri en provenance de la chambre de Christine. Les sens en alerte, je m’y précipite et arrache la porte en moins de deux secondes. Ma fille est là, dans son lit, terrorisée.
 - Pardon papa. J’ai fait un cauchemar horrible… oui horrible… vraiment horrible.
Soulagé, je ne songe même pas à la réprimander. Enfin réveillé, je tourne les talons, sors de la pièce et descends prendre mon café matinal.
Le couteau aztèque est là, sur la table, au même endroit qu’hier.
Couvert de sang.

Septième partie

 - Mais puisque je vous dis que ce n’est pas moi !
Le commissaire me jette un regard dubitatif et glacial qui en dit beaucoup plus long que tous les mots du monde.
 - Ne jouez pas à ça avec nous ! Toutes les preuves sont contre vous et vous accablent. Regardez un peu.
Un de ses hommes amène un dossier sur le bureau et précise :
 - Des témoins vous ont vu menacer la victime quelques heures avant qu’on le retrouve mort. Et l’arme du crime a été retrouvée chez vous, recouverte de son sang. Comment expliquez-vous cela ?
Il est vrai que les éléments ne plaident pas en ma faveur, mais comment m’en expliquer alors que je n’arrive même pas à comprendre comment une chose pareille a pu arriver. Même les analyses ADN, qui viennent tout juste de tomber, sont contre moi : le sang retrouvé sur le couteau aztèque a bien été identifié comme étant celui de Benjamin, poignardé à sept reprises au niveau du cœur le matin même.
J’ai l’impression de rêver. L’impression d’être coincé dans un tourbillon terrible qui m’entraîne dans les bas-fonds de l’incohérence la plus crasseuse. Voilà déjà plus de six heures que je suis en garde à vue et il n’y a pas l’ombre d’une preuve pour me disculper. Je pense à Christine, à ce pauvre garçon qui tout compte fait, n’était pas bien méchant et n’avait pas mérité une telle fin, mais surtout, je cherche à comprendre. Comment une telle chose a-t-elle pu être seulement possible ?
Comment vais-je m’en sortir ? Tout est contre moi et je n’ai que ma bonne foi à leur opposer. Ces messieurs-dames de la Police me bombardent de question depuis plusieurs heures et je ne parviens toujours pas à voir le bout du tunnel qui m’emprisonne. Que s’est-il passé ? Je sais que je n’ai rien fait, mais est-il seulement possible que j’aie commis ce meurtre affreux en pleine crise de somnambulisme ou quelque chose dans ce genre ? Est-il seulement envisageable que… non, je n’ose même pas le penser… que le crime ait été commis par… par Sandra ou par Christine ?
Seigneur, non ! Pas du tout ! Sûrement pas !
Je demande à fumer une cigarette. Quelle ironie, moi qui ne fume plus depuis le collège ! Ce n’est pas que j’en meure d’envie, ben au contraire, mais juste que je ressens le besoin de faire quelque chose, n’importe quoi.
N’importe quoi pour tenter de résister à cette avalanche qui est en train de m’engloutir.
 
L’interrogatoire se termine, on me ramène en cellule, je tremble. Pas tant pour moi que pour ma famille. Quelle est la suite du programme ? Va-t-on les arrêter elles aussi ? Que va-t-on devenir ? Que vont-elles devenir ?
Mais bon sang, qu’est venu faire ce foutu poignard dans ma vie ?
J’ai envie de pleurer. De pleurer de rage et d’impuissance.
J’éclate.
 
Les heures passent, dans un sale silence ponctué de bruits insignifiants. Je commence à avoir froid. Même l’été s’estompe derrière ces murs. Plus seul que je ne l’ai jamais été, je ressasse les derniers événements dans l’espoir d’y trouver une faille, mais en vain. Comment cela va-t-il finir ?
La porte s’ouvre.
 - C’est bon. Vous pouvez sortir.
D’un pas mal assuré, je le suis dans les couloirs glauques du commissariat. Vais-je avoir droit à un nouvel interrogatoire, ou s’agit-il de mon avocat qui est enfin arrivé ? Je frissonne. Pourvu qu’ils n’aient pas interpelé Sandra ou Christine.
 - Vous allez être libéré. Un camarade de classe de la victime est venu spontanément confesser le meurtre. De plus, il y avait ses empreintes sur l’arme du crime et ses vêtements portent des traces de sang. Vous êtes libre.

Huitième partie

 -  C’est Guillaume, finalement, qui a avoué le meurtre de Benjamin ?
 - Oui. Encore que le mobile n’est pas encore très clair… tu as fumé toi ?
Bien que le cœur m’en manque, je me force à sourire à Sandra, histoire de ne pas lui présenter le visage d’un homme trop éprouvé par les heures précédentes.
 - Je ne recommencerai plus. C’est promis.
Même ma tentative de paraître détaché et goguenard échoue. J’ai les nerfs à vif et chaque mot me coûte. Quant à Sandra, elle ne vaut guère mieux. Nous faisons quelques pas côte à côte jusqu’à la voiture. J’ai mille questions qui me hantent la tête, mais une seule passe avant toutes les autres.
 - Comment va Christine ?
Sandra plisse imperceptiblement les yeux et son visage prend une teinte plus sombre.
 - Elle tient à peu près le coup mais c’est très dur pour elle.
Nous arrivons à la voiture. Sandra déverrouille les portières et nous nous installons. J’essaie de décompresser un peu, mais je n’y parviens pas.
 - Quand même, Guillaume… qui aurait cru que ça aille aussi loin ?
 - Lui-même ne comprend pas pourquoi il a commis l’irréparable. Selon ce qu’il a dit aux policiers, il aurait été pris d’une soudaine envie de meurtre et d’une rage froide incontrôlable qui l’ont poussé à aller tuer son rival en pleine nuit. Et puis…
Sandra marque une pause avant d’enchaîner :
 - Et puis, à peine avait-il tué Benjamin qu’il a tout de suite été frappé par l’horreur de son geste. C’est pour ça qu’il s’est livré si facilement à la police.
 - Oui enfin… je suppose aussi qu’il essaie de minimiser son geste pour s’en sortir.
Sandra me jette un regard noir.
 - Ça tu n’en sais rien. Il est peut-être sincère. Tu sais Patrick, tu ne devrais pas avoir un avis aussi tranché. Je te rappelle quand même que le poignard était chez nous au lendemain du crime. Il y a énormément de choses incompréhensibles dans cette affaire.
Je soupire.
 - Oui… énormément…
Sandra met le contact. La voiture démarre enfin. Il est temps. Cet endroit me donne la nausée.
Le paysage défile, mais je ne m’y attache pas. J’ai envie de partir. De partir loin, très loin, n’importe où. De tout plaquer, de tout claquer et d’oublier. D’oublier, surtout…
Le paysage défile et nous rapproche sans cesse de la maison, de notre foyer que je hais désormais. J’ai peur de l’état dans lequel je vais retrouver Christine. J’ai peur, car au-delà de l’inexplicable, il y a surtout la peine, la tristesse et la douleur des êtres bien réels. J’ai peur car même si je ne suis coupable de rien, je me sens responsable.
Comme si elle avait perçu les tréfonds de ma pensée, Sandra m’annonce alors, dans la continuité de la conversation :
 - À commencer par le cauchemar prémonitoire de notre fille cette nuit.
Je sursaute légèrement en me remémorant avec peine les événements du matin. C’était il y a si longtemps déjà que j’ai l’impression que ces souvenirs appartiennent à un autre que moi. J’essaie de tourner les pages dans ma tête et je me rappelle vaguement avoir été réveillé par le cri atroce de ma fille en proie à une terreur nocturne. Mais je n’ai pas cherché à en savoir plus à ce moment-là. Erreur fatale. J’en prends conscience alors que Sandra m’explique :
 - Dans son rêve, Christine a vu Guillaume et Benjamin sortir de leurs portraits pour en venir aux mains. Comme hier et comme avant-hier. Sauf que cette fois-ci, elle a clairement vu Guillaume poignarder Benjamin…
Sandra s’arrête un moment, paraissant essoufflée, avant de reprendre :
 - … avec le couteau aztèque du musée.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...