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u 26 di Maghju 2016 - scrittu dà - lettu 391 volte

Triptyque


6 avril 1725

Elle tenait son petit au creux de ses bras. Ses paupières, transparentes comme des ailes de papillon, étaient closes. Sa bouche, un bouton de rose, tétait un sein imaginaire. Elle ne distinguait que son visage, encore teinté d’écarlate, le reste étant emmailloté. Elle se redressa, puisant dans ses dernières forces pour embrasser son enfançon, ce fils si peu attendu, alors qu’elle se pensait devenue stérile. C’était le septième, et c’était son deuxième garçon. Mais nous étions un vendredi saint. Elle entendait au loin la procession qui parcourait le village. Cela lui porterait malheur. On ne pouvait naître le jour de la crucifixion du fils de Dieu. L’inquiétude la tenaillait. Il était venu au monde dans la nuit, mais bien après minuit. Il faudra mentir. Le dire né le 5 pour conjurer le mauvais sort. Mais ce subterfuge ne tromperait pas les esprits funestes. Elle avait demandé la présence d’une signatora, aux pouvoirs puissants, et qui voyait au-delà, vers les ombres mouvantes d’un temps incertain qui lui chuchotaient leurs mystères. La vieille femme au visage d’écorce de chêne se tenait près d’elle. Malgré son grand âge, elle restait droite, fière, impénétrable. Elle aussi fixait l’enfant. Elle murmurait si vite que Dionisia ne pouvait percevoir les paroles. Elle signait le bébé, elle se signait elle-même, elle avait versé l’huile, observé les gouttelettes, prié et encore prié. Elle avait posé la main sur le front du nourrisson, qui ne s’était pas réveillé. Elle semblait ailleurs, en transe, se balançant légèrement, psalmodiant. Elle cessa soudainement. Elle regarda l’accouchée et susurra quelques mots : "il sera le plus grand". Elle se tut et prit congé, discrètement, sans bruit, comme un songe. Le plus grand. Cela pouvait signifier un destin particulier ou bien acquérir une stature peu commune. Qu’importe, il vivrait. Le reste importait peu. Elle pouvait enfin dormir.

9 avril 1730

L’enfant était assis sur une chaise trop haute. Ses jambes se balançaient dans le vide. La maison était emplie de chuchotements et d’ombres bleues, silencieuses et affairées. Ses propres sœurs ne lui portaient plus attention. On le tenait à l’écart depuis près de trois jours. Même son père ne cherchait plus à le réprimander pour ses bêtises habituelles. D’ailleurs, pris dans l’étouffante atmosphère, il n’en avait guère envie. L’âtre était éteint. Pourquoi maman n’avait-elle pas allumé le feu ? D’ordinaire, elle s’activait près de la marmite, dans laquelle mijotait invariablement un plat robuste, fait pour tous les estomacs de la nombreuse famille. Il soupira. Où était maman ? Pourquoi ne l’avait-elle pas réveillé ce matin, comme tous les matins ? Son père se plaignait qu’elle le gâtait trop. Ainsi, après quelque chagrin, le gamin aimait se réfugier dans ses jupes, et sécher ses larmes en son giron doux comme le miel. Il y a peu, elle l’avait surpris déchiffrant un passage du livre qu’elle lui lisait. Elle avait explosé de joie devant sa précocité, prévenant la maisonnée du petit miracle. Le garçonnet n’avait pas compris, se demandant si c’était bien ou mal, trouvant si naturel de lire les mots que lui répétait sa mère. Où était maman ? Il avait envie d’écrire et recopier les jolies lettres. Il sauta de sa chaise. Il pouvait aussi sortir et partir en vadrouille avec les autres garçons. Il était le plus jeune de la bande, mais souvent ils lui obéissaient. Même son frère Clemente se pliait à ses quatre volontés. Personne ne l’empêcherait de voir maman. Il attendit que l’escalier soit désert, il grimpa comme un chat, sur la pointe des pieds. Devant la porte de la chambre, il stoppa, le cœur battant, sentant confusément que la situation lui échappait. Il tourna la poignée, et pénétra dans la pièce. Il faisait sombre, les volets étaient fermés, une veilleuse émettait une lumière chiche. Le miroir était couvert d’un voile, et sa mère était paisible, allongée sur le dos, les mains croisées et son chapelet entrelacé entre ses doigts. Maman, dormez-vous ? Il s’approcha, timidement par crainte de troubler son repos. Maman ? Il murmurait. Il finit par toucher son bras, qui ne réagit pas. Il le secoua un peu plus fort. Alors il la fixa. Livide, glacée, immobile, l’ombre mouvante de la veilleuse n’arrivait pas animer son visage de cire. Maman ? Sa mère si chaude, sentant le pain et la sueur, le rire et le chant, toujours en mouvement, volubile, ne le regardait pas. Sa mère, qui régentait cette maison, qui se couchait la dernière, semblait se reposer sur son lit. Maman… il saisit sa main, qu’il lâcha avec horreur. Raide, gelée, insensible. Ce n’était pas sa main, ce n’était pas sa maman. Il n’y avait plus de souffle, il n’y avait plus sa lumière. Froide, vide, figée. La porte grinça derrière lui. Il reconnut le pas lourd de son père, plus lourd que d’habitude. Il l’entendit murmurer de sa voix grave, plus grave que de coutume : "Pasquale, tu ne devrais pas être ici."
Il hurla.
Où est maman ?

14 avril 1755

La traversée avait été rapide. L’île d’Elbe se devinait encore, masse incertaine au-dessus des flots, effacée par une brume légère et paresseuse. Il sauta de la barque d’un geste vif, n’attendant pas qu’elle soit au sec, se moquant des vagues qui n’en finissaient pas de mourir sur la grève. Ses pieds s’enfoncèrent dans le sol meuble, un sable gris et collant, aux odeurs de sel et de posidonies. Les longues herbes venues de la mer formaient un tapis souple et élastique, qui empoissait l’atmosphère. Il fit quelques mètres, puis ramassa une poignée de terre mêlée de sable, et la renifla passionnément, les yeux fermés. Son pays… enfin. Il fut surpris par la force de ce sentiment enfoui, irrationnel, qui l’envahit. Les larmes aux yeux il fixait le petit groupe d’hommes qui s’approchait de lui. Comme un enfant, il fut pris de crainte. Ne le décevrait-il pas ? Malgré un échange de lettres soutenu durant toutes ses années, ils allaient être confrontés l’un à l’autre. Son grand frère, son confident, son ami, qui l’avait protégé. Il distinguait sa silhouette, perché sur son cheval. Son frère, qui avait recueilli ses larmes, et qui le réprimandait souvent, et qui se faisait complice de ses bêtises quand son père cherchait un coupable. Ne pas le décevoir. Clemente avait laissé un enfant. Mais retrouverait-il un homme ? Le chef de famille allait l’adouber, lui le puîné, pour qu’il accède aux plus hautes fonctions. Clemente s’effaçait, offrant son bras ferme. Un tel renoncement l’intimidait. Ne pas le décevoir… Il en tremblait presque. Il lui fallait se ressaisir, présenter un visage serein, assuré. Pourtant, l’émotion le submergeait. Quelque chose d’indéfinissable, fait de quatorze années d’absence, du choc de ses mondes, des pays qu’il avait traversés et des montagnes immuables, dont il reconnaissait le galbe.
Clemente approchait. Il était descendu de sa monture et marchait d’un pas tranquille. Paralysé, Pasquale l’attendait. Il était pris entre une envie folle de courir et celle d’offrir l’image d’un homme assuré. Il ferma les yeux une seconde, inspirant profondément, s’imprégnant des effluves divers. Sa joue rugueuse frissonna sous la caresse infime du vent de terre qui se levait.
Il était là, face à lui, solide, son regard presque gris le détaillait. Pasquale resta muet. Il ne put que tendre ses mains, sa gorge nouée. Il craignait d’éclater en sanglot, comme à l’instant de son départ, alors qu’il embrassait une dernière fois son aîné sous les reproches de leur père. Il reconnut le sourire de son frère, léger tendre, et discret. Les mains s’étreignirent. Puis les corps se serrèrent longuement. Enfin, Clemente se détacha et recula d’un pas et murmura : "C’est vrai. Mère savait. Tu es bien le plus grand."


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...