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u 12 di Farraghju 2016 - scrittu dà - lettu 283 volte

Tobby


Tobby
Henry était tranquillement assis, les jambes croisées. Il s’était confortablement installé dans le fauteuil Voltaire de velours rouge, face à la cheminée. Un verre de Glenmorangie à la main, il jouissait du feu avec délectation. Il avait eu une rude journée. Il avait dû annoncer une fois de plus à un mari que sa femme n’avait aucun espoir. Il était cancérologue. Ce travail, pour lequel il était renommé, lui avait certes rapporté beaucoup d’argent mais il en avait cependant hérité un air taciturne. Il avait pensé qu’il pourrait s’habituer à tout, même à la peine d’une famille perdant un jeune enfant… Non, rien ne l’avait préparé à affronter tous les jours la douleur et ses cris, ses pleurs, ses effusions de larmes, qu’il ne savait comment canaliser. La chose qu’il appréciait le plus c’était son vieux chien Tobby… Un épagneul, enfin, un très vieil épagneul. Il sentait mauvais et son pelage était plus devenu une touffe de poils sales et malodorants qu’une agréable fourrure. Il aimait, quand, le soir, alors qu’il pénétrait dans le salon et qu’il s’installait sur son fauteuil, Tobby venait poser sa lourde tête de chien fatigué sur ses genoux. Il lui caressait alors tendrement. Parfois même il lui grattait sa vielle peau abimée par les puces et les parasites. Il l’aimait ce chien. Ils l’avaient acheté avec sa première femme. Juste trois semaines avant qu’elle ne disparaisse tragiquement dans un accident de voiture. Il se souvenait encore de ce hurlement que Tobby avait poussé, pénétrant, il avait percé le ciel, ce matin de Printemps quand le cercueil avait été descendu. Il avait mauvaise haleine Tobby, presque aveugle. Parfois, il avait encore le courage de s’approcher de sa laisse accrochée à un clou dans le vestibule. Il la prenait encore dans sa gueule et, avec ses dernières forces il lui amenait. Puis, comme si l’animal réalisait alors qu’il ne pourrait pas profiter encore de ses longues promenades nocturnes, il la laissait tomber et allait se coucher sur un vieux tapis. On aurait dit alors un vieux paillasson… Puis, il y a quatre ans, il s’était remarié Henry. Il avait épousé une jeune représentante en produits pharmaceutiques, de quinze ans sa cadette. Elle était belle, jeune, blonde et pleine de vie. Ce soir, elle n’était pas encore rentrée. Elle avait dû sortir Tobby puisque sa laisse n’était pas accrochée au clou. Il finissait son verre quand il entendit la porte s’ouvrir. Elle pénétra, elle était seule. Elle commença par s’excuser d’être en retard, mais qu’il ne devait pas s’inquiéter car elle avait tout prévu pour le repas. Qu’elle était passé chez le traiteur. Qu’elle avait une surprise pour lui. Puis, avant qu’il ne put dire quoi que ce soit elle était partie dans la cuisine. Il lui demanda où était Tobby. Elle ne l’avait pas entendu apparemment car aucune réponse ne lui était parvenue. Henry savait ce qui allait se passer. Elle allait revenir avec un plat de cailles farcies au foie gras accompagné d’un bon verre de vin rouge… Il lui redemanda où était Tobby… Elle apparue alors avec un plateau sur lequel étaient posés deux verres de vin. Elle lui dit que les cailles étaient au four. Il pouvait déjà sentir le fumet s’élever de la cuisine. Elle se dirigea vers le cellier et en sortit deux bougies. Elle le regarda et lui sourit. Elle lui dit que ce soir, elle allait s’occuper de lui… Peut-être même feraient-ils l’amour ? Où est Tobby demanda-t-il encore…  La réponse fut brève. Chez le vétérinaire, il l’a gardé pour la nuit. C’est vrai il est vieux, il le garde sous surveillance. Il ne savait pas qu’elle était parie chez le vétérinaire… Il poussa plus en avant la discussion. Elle lui dit alors qu’il avait remarqué une grosseur sous l’aisselle… Que peut-être c’était un cancer, qu’il fallait mieux le garder en observation. Lui il pensait que son pauvre Tobby aurait pu très bien vivre avec sa grosseur… Qu’il n’avait rien remarqué, qu’il passait plus de temps à câliner son chien qu’à l’ausculter… Il lui fit part de ses remarques… Que ce chien était aussi important à ses yeux qu’elle même… Qu’il était pour lui, une bouée, une sauvegarde… Elle le savait… Quand rentrera-t-il ? Avait-il eu l’innocence de demander. Il avait vu son visage se changer, devenir tout à coup plus fermé. Toute cette discussion avait été au finale vaine. Tobby n’allait pas souffrir, il ne souffrirait plus… Il l’avait compris. Pour abréger ses souffrances avait dit le vétérinaire. Il ne lui avait pas semblé qu’il eut souffert une seule journée Tobby. Non, pas une seule… Il connaissait un peu le cas, c’était son métier après tout… Il lui rappela qu’à l’âge de Tobby, même une tumeur n’était pas ce qui l’aurait tué, qu’il aurait pu encore vivre ses vieux jours tranquille à la maison, avec lui… Préventive ? Avait-elle répondu… Préventive, au cas où il aurait souffert… Il finit son repas et se retira dans son étude. Il l’avait aménagé à côté du salon, pour pouvoir jeter un œil sur Tobby lorsqu’il laissait la porte ouverte, ce qu’il faisait toujours. Là, il la ferma. Elle ne le suivit pas. Elle avait compris sa douleur… Elle ne voulait pas insister. Elle avait cru bien faire se disait-elle. Qu’il serait heureux d’avoir une jeune femme à ses côtés ainsi prévoyante lorsqu’il serait grabataire. Elle lui ferait sa toilette, s’occuperait de lui, le raserait…
 
Quelques semaines passèrent et Henry avait finalement excusé sa femme, du moins, au vu de son comportement vis à vis d’elle, on aurait pu le croire. Il avait recommencé à lui parler, parfois, dans des élans de tendresse qu’elle n’avait pas connus depuis plusieurs jours, il l’embrassait et la prenait dans ses bras. Elle profita de cette accalmie pour organiser un week-end, tous les deux. Elle lui avait annoncé qu’ils partiraient dans une auberge à la campagne. Il avait souri sans rien répondre. Il se contenta juste d’un hochement de la tête. Elle comprit, c’était pour lui un signe de contentement. La mort de Tobby lui avait laissé une grande cicatrice jamais complètement refermée. Parfois elle se rouvrait. Elle avait pourtant cru bien faire…
Ils partirent donc le lendemain. Les valises étaient prêtes et la voiture était dans le garage. Elle était démarrée. Elle l’attendait à l’intérieur, assise sur le siège avant du passager. Il tardait à venir. Elle savait que les trajets en voiture lui rappelaient les longues balades qu’il faisait avec Tobby. Lui, dans le vestibule, prit son manteau. Son regard croisa le clou auquel était, jadis suspendu la laisse de Tobby. Il versa une larme et sorti pour la rejoindre.
 
Le week-end se passa bien. Ce bonheur retrouvé dura quelques années encore. Sa femme était persuadée maintenant qu’il ne lui en voulait plus. Il avait retrouvé le sourire, s’était de nouveau complètement investi dans son travail de cancérologue. Ils avaient des projets, un bébé, une nouvelle maison. Elle s’affairait à le rendre heureux, il le méritait. Lui, essayait de lui rendre la pareil. Ils étaient de nouveaux heureux. Ils en étaient tous les deux persuadés.
 
Puis, sa femme lui annonça la meilleure nouvelle qu’il avait pu espérer. Elle était enceinte. Il fut heureux, un large sourire se dessinait sur son visage. Il la prit dans ses bras, l’embrassa de tout son amour. Elle l’avait reconquis. Le couple vivait la grossesse avec délectation. Elle était resplendissante, lui, fier comme un roi, ne puait s’empêcher de clamer son bonheur à qui voulait l’entendre. A ses patients, à ses confrères, ses amis… Si seulement Tobby avait pu connaître le bébé…
 
Les mois passèrent sans problème. Le prénom de la petite fille avait été choisi. Lucie, comme sa grand-mère. La chambre avait été décorée avec soin. Ils avaient choisi un papier à dauphins et le couffin était à baldaquins. Tout allait pour le mieux.
 
Puis, au bout du cinquième mois de grossesse, sa femme l’avait appelé dans le jardin. Il avait entendu un aboiement, de ce qui pouvait sembler, un chiot. Il regarda par la fenêtre et la découvrit avec un jeune épagneul dans les bras. Il ouvrit la fenêtre, ne prit pas la peine de se déplacer. Il lui demanda si elle espérait ainsi lui faire oublier Tobby. Elle avait tout de même fait rentrer le chien. Au départ Henry était indifférent. Le chien essayait cependant de lui montrer de la tendresse, de l’intérêt. Il faisait comme Tobby, le soir, il venait poser sa tête sur ses genoux, il attendait des caresses. D’abord Henry le repoussait, le chien s’en allait alors, la queue entre les jambes s’asseoir, seul, devant la cheminée. Il ne lâchait pas son nouveau maître des yeux, des yeux implorant. Sa femme ne comprenait pas cette attitude, elle lui en avait fait parfois la réflexion. Elle avait voulu lui faire plaisir, apporter un bonheur de plus dans leur nouvelle relation qui était redevenue au beau fixe. Il pensait qu’après tout elle avait eu raison. Il était vieux Tobby. Il passait de longs moments avec son nouveau chien. Il souriait constamment à nouveau. Il était redevenu le même, celui qu’elle avait connu avant la visite chez le vétérinaire.
 
Un soir, alors qu’il rentrait, il trouva un mot dans le salon. Elle rentrerait tard et elle lui demandait s’il pouvait sortir le chien. Il soupira… Il regarda la bête, elle était allée chercher la laisse qui pendait de nouveau sur le clou dans le vestibule. Tout comme Tobby le faisait. Henry l’attrapa, l’accrocha au collier de l’animal et s’en fut dans le parc non loin de là. Les deux passèrent un très bon moment. Au retour, Henry s’était, quoi qu’il ait pu en dire, attaché à ce chien. Il avait décidé de l’appeler Tobby Junior… Il pensait qu’après tout elle avait eu raison. Il était vieux Tobby. Il passait de longs moments avec son nouveau chien. Il souriait constamment à nouveau. Il était redevenu le même, celui qu’elle avait connu avant la visite chez le vétérinaire.
Le couple recommençait à vivre comme avant. Henry était de nouveau ravi de rentrer le soir, de trouver son chien assis, à l’attendre. L’homme et l’animal avaient même établi une vraie complicité. Sa femme était ravie.
 
Quelques mois plus tard, ils furent les parents heureux d’une charmante Lucie. Le chien, Henry et sa femme resplendissaient. Même la belle-mère de Henry était devenue supportable. Elle était venue passer quelques jours avec eux. Elle semblait fatiguée mais prenait du plaisir à être dans leur demeure, à s’occuper de la petite Lucie. Elle sous entendait qu’il avait été temps pour elle de connaître sa petite fille. On ne sait jamais à son âge, tout peut arriver très vite. Elle était restée deux semaines, puis était repartie, plus fatiguée qu’à son arrivée. Elle avait un peu maigrie mais ils avaient pensé que c’était dû aux nuits courtes. Ils n’étaient pas plus inquiets, ils avaient trop de bonheur pour s’en préoccuper plus.
 
Un jour il trouva sa femme prostrée devant la table de la cuisine. Elle avait sa tête dans ses bras et semblait pleurer. Au courrier était arrivée une lettre. Elle venait de sa mère. Sa femme l’avait ouverte. Elle était tout pour sa femme sa mère… Elle l’avait épaulée, aidée dans les moments les plus difficiles. Il s’approcha d’elle, elle se releva et lui annonça que sa mère avait une grosseur au sein… Il regarda sa femme, il ne dit rien. La prit dans ses bras et l’embrassa non sans lui dire de ne pas s’inquiéter, que tout irait bien. Qu’il traiterait sa mère lui-même. Elle lui sourit, sécha ses larmes. Il prit son manteau dans le vestibule.
 
Le soir elle l’attendait, seule dans ce grand fauteuil Voltaire rouge face au feu. Il était en retard… Il pénétra dans le salon. Elle lui demanda s’il avait vu sa mère. Il hocha de la tête. Elle lui sourit. Elle lui demanda alors comment elle allait. Il la regarda et lui annonça, que ce genre de maladie faisait beaucoup souffrir, qu’il fallait être courageux, que le traitement était difficile et parfois douloureux. Qu’il l’avait ausculté… Et qu’il avait agi de manière préventive.


              



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