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u 2ndu di Maghju 2016 - scrittu dà - lettu 462 volte

Stronzu Maé


Stronzu Maé
Orso Buco caresse son chien, son confident, son ami. On pourrait penser qu’il a raté sa vie, mais non, il est heureux avec Stronzu, un bâtard aux poils hirsutes, à l’intelligence aléatoire, à la fidélité sans failles.
Au début, il se nommait Maé, mais un beau jour, il eut une soudaine passion : déféquer sur l’étroit trottoir devant la maison, puis s’asseoir dessus, comme pour le récupérer. Aussi, Orso lui rajouta ce prénom.
 
Ce soir, dans ce misérable pavillon où il est locataire, Orso s’installe confortablement dans le vieux fauteuil en velours marron, usé à en crier à l’aide. Sur la caisse qui lui sert de table basse, une bouteille de whisky, ils entament la veillée, il va expliquer à Stronzu pourquoi, et comment, leur vie va changer.
Aujourd’hui est un jour à marquer d’une pierre… (couleur au choix) ; le notaire, comme lui natif du village, dont la femme aime à dire qu’ils ne sortent pas de la cuisse de Jupiter, l’a convoqué ce matin, une histoire extraordinaire, là, devant lui, sous la forme d’un journal manuscrit sur un épais cahier rouge à la couverture élimée, et d’une petite boîte dorée.
 
Son oncle, que toute sa famille croyait mort depuis plus de 60 ans, vient de décéder en Amérique. Orso’Nwells (il avait américanisé son nom), son histoire sent la pellicule 35 mm.
L’oncle avait rejoint les USA en 1955, il avait 20 ans, Orso ouvre le vieux cahier aux pages patinées, l’écriture à la plume est superbe, il lit…
 
Je suis né au village, c’était le 12 octobre 1935, madame Graziani était la sage-femme, la lumière filtrait à travers les persiennes et mon père était bouleversé… sur l’âne dirigé par ma mère, je rejoignais pour la première fois le village voisin, les angles des maisons, la luminosité, la forme des arbres, rien n’était identique… un beau jour, mon père me donna la précieuse boîte dorée, en me disant qu’à l’intérieur, il y avait de quoi améliorer la vie de notre famille, fier, je plantais les graines de citrouilles dans les sillons que j’avais creusé â la pioche… (page 120) Je suis sur le pont du bateau avec Petru, c’est brumeux mais je distingue la statue de la liberté, j’ai le moral, Mémé G nous a donné l’adresse d’un restaurant où l’on nous mettra le pied à l’étrier.
 
The New Yorker Hotel, 34 rue, immense, nous y installons nos affaires, tout est grisant ici…
 
…déjà deux ans que je suis à New-York, un an que Petru s’est fait tuer par un client hystérique, mon bar à hôtesses est très prisé aujourd’hui, je suis devenu ami avec des clients que j’admirais dans des westerns ou des films de gangsters… parfois, je pense aux miens, là-bas, au village, je ne veux pas les mêler à ce monde-là…
 
… (page 200) Novembre 1963, je vais me marier, Apollonia m’apaise, je l’aime. Nous sommes à Dallas, Texas, chez ses parents…
 
"Tu vois O Stronzu, ça me rend triste ça, je n’ai jamais eu de femme…" dit-il une larme à l’œil.
 
… j’ai acheté un gros diamant, certifié par l’institut géologique d’Amérique comme ayant la couleur la plus rare et la plus désirable pour un diamant bleu, rien n’est assez beau pour elle, cette fortune ne saurait piper sa fraîcheur d’âme…
décembre 1963, le diamant bleu est dans la boîte dorée où étaient les graines de citrouille, j’ajuste ma cravate, mes yeux sont vides, je vais aux obsèques d’Apollonia… ses parents sont domiciliés place Dealey (Plaza), la veille du mariage, Apollonia admirait le tailleur rose poudré de Jacqueline Kennedy… tout bascula, un morceau de cervelle de JFK tomba sur le capot, Apollonia vit l’un des tireurs derrière une palissade (tir triangulaire), très vite, elle tenu absolument à témoigner, elle respectait les positions de JFK…
 
… elle eut un inexplicable accident en se rendant à l’audition… je ne pus l’accompagner, ce maudit jour, j’étais hospitalisé depuis la veille pour une violente crise de coliques néphrétiques…
 
"O Stronzu, c’est incroyable…" il se resserre un whisky puis en verse dans la gamelle de Stronzu Maé, après tout, c’est un grand jour pour les deux.
Orso sait que le diamant bleu a une grande valeur, la propriété, où son père était chargé de l’entretien des espaces verts, est en vente, la grande et belle maison qui la domine aussi.
Orso y allait souvent petit garçon, pour lui, c’était un univers grandiose, inquiétant, féerique, intemporel, il y mangeait des cerises gorgées de jus noir et sucré, grosses comme des prunes, de belles figues, des jujubes. Il passait des heures aux abords du grand bassin, à observer les grenouilles sur les nénufars, les poissons colorés, les libellules au vol cristallin. Il rêvait d’habiter un jour dans ce fabuleux château. Bien sûr, il ignorait encore, et selon les critères définis par les bienveillants, n’être pas assez intelligent, n’être pas assez beau, être pauvre. De plus, il se retrouverait bien vite orphelin, et seul, mais ce soir, une chaleur euphorisante l’envahit, il rit, il embrasse Stronzu
 
"O Stronzu Maé tu es formidable, foormidable, tu étais formidable j’étais…" Stonzu pousse un mini aboiement de surprise, il sourit littéralement, un peu pété lui aussi.
 
Orso a bien arrosé et est trop euphorique pour continuer la lecture, il va directement à la page 383 de l’épais cahier
 
… voilà donc l’aboutissement du rêve américain, l’amour de ma vie est morte d’avoir voulu dire la vérité… un pays où les nouveaux nés arrivent endettés… j’y suis resté toutes ces années pour être près d’elle…
… j’ai fait mon enquête, Orso, mon neveu, tu es le dernier vivant de la famille, tu as pu lire dans le journal de ma vie comment j’ai dilapidé ma fortune, je vais partir sous peu, je te laisse le diamant bleu, j’ai fait toutes les démarches, la vente est conclue avec un bijoutier Suisse, tu empocheras onze millions d’euros… Vis, profite, tu le mérites, j’étais venu au village il y a une dizaine d’années, tout le monde m’avait pris pour un touriste américain excentrique, je t’avais vu avec ton chien, on avait même discuté, je portais un Borsalino blanc, tu étais humble et bon…
 
Orso lève les yeux, il se remémore ce mystérieux et agréable personnage qui l’avait abreuvé de questions sur le village, ses habitants. Avec le recul Orso comprend bien pourquoi. Cette rencontre était d’ailleurs restée dans son esprit comme un très agréable souvenir.
Orso ouvre la boîte dorée, pose le diamant sur la caisse, ses facettes bleuissent la pièce, il va se soulager dehors, Stronzu regarde le diamant d’un air circonspect. Le prenant pour quelques friandises, il se le gobe...
"O Stronzu neru… Ch’ella ti venga a cacarella…"
 
Orso s’affale sur le fauteuil et s’endort, la porte est ouverte, Stronzu sort, il ne va pas crotter sur le petit trottoir, non, pas ce soir, l’alcool lui donne des élans de découverte, il franchit un petit muret et progresse sur un terrain vague en friche.
Quand Orso se réveille, il se rappelle que Stronzu, qui le regarde avec un air satisfait, a gobé le diamant.
 
"Sangu lu satanassu… O Stronzu Maé, tu as cagué où…"
Toussainte, sa voisine, voit de sa fenêtre Stronzu Maé suivre Orso qui sautille en chantant :
"Où t’es caca où t’es… où t’es caca où t’es…"


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...