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u 30 d'Aostu 2019 - scrittu dà - lettu 47 volte

Salmataya-Aya


Singes dans la jungle - Le Douanier Rousseau.
Singes dans la jungle - Le Douanier Rousseau.
Souvenez-vous de moi, la ville aux mille oiseaux, la ville aux cascades, la ville aux courses folles des léopards, la ville de l’impact bienveillant des éléphants. Car, voyez-vous, c’était bien moi la ville des hordes de chevaux gris à longue crinière. La ville de la lente migration des baleines à bosse et de l’assoupissement hivernal des ours bruns.
On m’appelait Salmataya-Aya ou lieu des chants et des idylles.
Personne ne pouvait dire qui m’avait donné vie. On évoquait le geai aux plumes bleu nuit, parfois le renard roux malicieux. Certains affirmaient au contraire qu’une simple tortue d’Hermann était le seul bâtisseur. L’on disait tout, l’on ne disait rien. Et l’on chantait même d’une seule voix ce qui aurait pu être la formule magique de ma naissance.
J’avais en mon sein plus de cent mille collines. En mon point central se tenait le Mont Kalawinu, antre secrète de toute une lignée de singes. Ils sortaient peu, sauf à se perdre parfois entre les troupeaux de zèbres et d’antilopes. Leur appel au secours fendait le cœur. Les otaries, alors, se montraient souvent les plus dévouées pour les ramener au bercail.
L’élégance particulière de ce promontoire, alliée à une végétation débridée et luxuriante, aurait mis n’importe quel voyageur en extase. Mais il n’y avait pas de voyageurs. Ou pas encore. Seules les fourmis pouvaient peut-être prétendre à ce rôle, elles qui allaient et venaient continûment. Sans leur taille minuscule, toute la population eut été incommodée par un tohu-bohu des plus déplaisant et cacophonique. Heureusement, il n’en était rien. La colonie laborieuse pouvait poursuivre sa ronde obstinée sans gêner personne.
En mon sein, le temps n’était pas le temps. C’était à la fois un songe et l’ardent embrasement d’un soleil chaque fois renaissant. Chacun y prenait ce qu’il avait à prendre, au rythme des meutes ou des troupeaux. La lumière fusait de partout, rendant la vie aux assoiffés, rendant la force au faible et l’espoir aux espèces en migration. En cette ville, rien ni personne n’avait de plus noble pouvoir.
Souvenez-vous. Sous les ailes mêlées de multiples envolées d’oiseaux, chacun savait où prendre corps, où donner la vie. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, nul ne se soumettait à aucune tyrannie. Ni politique ni religieuse. Seul le prélèvement nourricier de quelques espèces félines ou rapaces sur leurs proies toutes désignées pouvait faire débat. Mais ce n’était que prélèvement. Pas déchaînement. Encore moins volonté destructrice, délibérée et jouissive.
L’intelligence, moteur dominant, s’alliait à la plus grande finesse de jugement. Ce que d’aucuns – non sans une certaine condescendance – nommeraient plus tard l’instinct. Pourtant, il n’y avait pas forcément ni uniformité, ni égalité. C’était bien autre chose.
Oui, souvenez-vous de moi qui m’illuminais à chaque instant du regard de tous ces habitants désireux de poursuivre l’œuvre commune. La vie. Oserais-je dire l’amour ?
Je possédais mille rues et ruelles. Mais ce n’était pas à proprement parlé des rues. Plutôt l’espace de sabots et de pattes en quête de liberté. Les maisons n’étaient pas des maisons, ni même des huttes. Elles étaient parfois le nid, parfois le terrier, toujours la voûte céleste. Ces sentiers palpitaient d’une musique primitive qui emplissait tout l’espace. De jour, comme de nuit. Tel fracas, tel feulement, tel accouplement formaient un tout, puisque, jamais, ni dans la douceur ni dans la rugosité, la symphonie ne s’arrêtait.
 
Il existait pourtant un endroit où chacun se devait de ne pas aller. Le Triangle Maudit. Une sorte de plaine alluviale, au-delà des monts, dont personne ne savait rien. Moi seule, Salmataya-Aya, en avais obstrué l’accès. Du moins, c’est ce que je croyais. Le commandement m’avait été révélé, mais j’ignorais par qui ou comment j’en étais dépositaire. Cela avait-il un rapport avec le secret de ma naissance ? Et de toutes les naissances à venir ? Ou bien n’était-ce que légende ?
En cet endroit, chaque pas se heurtait à des résidus de folie. C’est comme ça que je les appelais, sans bien savoir pourquoi. Une sorte de lave solidifiée qui devenait poussière au fil du temps. Comme les souvenirs, quand ils se pulvérisent.
Il y avait aussi de gros blocs, énigmatiques, livides, semblant baigner dans un brouillard épais. Peut-être celui de leur putréfaction, peut-être celui de leur régénérescence. Certains se dressaient, hautains et droits, d’autres s’affaissaient, courbés et osseux, presque maladifs. Comme des sentinelles prises en l’étau d’une fin annoncée dont je ne pouvais rien dire. Avait-elle déjà eu lieu ? Ou mon propre futur était-il vraiment en danger ?
Un curieux promontoire marquait la limite de cette plaine, tel une statue allongée se jouant des énigmes du vide. Malheur à qui voulait l’escalader ! Malheur à celui qui voulait l’interroger ! La mort était son pari, et chaque individu insolent, chaque peuple cupide se voyait immédiatement condamné.
Depuis combien de temps se posait-il là en juge suprême ? Je ne pouvais le dire. Mes souvenirs ne remontaient pas si loin. A moins qu’ils ne se fussent effacés par quelque magie ou autorité malveillante. Sans doute alors que je ne devais pas tout savoir.
Je n’étais que Salmataya-Aya. Le lieu des grandes escapades, la ville aux mille couleurs et aux plumes sans cesse renouvelées.
Le lieu des chants et des idylles.


              


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Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...