Bloggu litterariu corsu

u 20 d'Aprile 2017 - scrittu dà - lettu 366 volte

Quercus ilex


Quercus ilex
Je suis né ici.
 
L’atmosphère était cotonneuse – la poussière de lune adoucissait les filets de lumière – ainsi furent bercées mes premières heures.
Je sentais, avec la chaleur vitale du soleil, monter la première sève – je sentais la bienveillance des anciens, la stabilité sécurisante des géniteurs, la cohérence de notre ethnie…
Avec le temps, je devins fort et harmonieux…
 
Du haut du massif rocheux, quand la brume flottait ailleurs, je voyais le vaisseau calcaire, au loin, baigner dans une mer variable…
Parfois, un galion espagnol traînait un rideau blanc d’écume – des goélands montaient nous crier leur impatience…
Je savais ne jamais vouloir partir, je voulais ressentir à jamais les embruns iodés, les essences de fleurs sauvages, les pluies rafraîchissantes, la tendresse de mes feuilles à la frondaison, être caressé par le vent insolent, suivre le rythme cosmique, j’éprouvais une joie constante, une plénitude…
Pour la première fois, ceux de l’autre ethnie arrivèrent sur notre territoire – dans leurs humbles soutanes, ils priaient, travaillaient la terre sur les terrasses abritées des vents, il y avait du respect entre eux et nous – à la nuit tombée, les parois rocheuses de leurs grottes se teintaient de flamboyantes lueurs orangées…
 
Un jour, ils taillèrent la pierre, malaxèrent l’argile, bâtirent leur monastère.
Leurs jardins étaient fournis et colorés, ils apprivoisèrent des chèvres – elles passaient chez nous chaque matin et chaque soir, l’herbe était rase, leurs nobles silhouettes et leur soif de liberté les rendaient indispensables. Les fromages s’affinaient dans les grottes, les cabris égaillaient les esprits, les ciels se succédaient…
 
Combien d’entre eux furent mis en terre, combien partirent sous d’autres cieux…
 
Notre univers radical puisait, dans ses racines profondes, sa survie, son inspiration. Nous sommes le cœur de l’art, l’artiste doit tenter de styliser la nature… pas plus.
Comment cette nature a-t-elle été conçue du néant… nous savons lire l’empreinte du temps dans la terre, il y eu un début…
 
 
Cette nuit-là était insondable, le ciel se lézarda, tout réapparu dans une éclatante lueur blanche – l’inexorable me cueillit d’une logique glaçante, je tressaillis jusqu’aux extrémités tortueuses de mes puissantes branches – la foudre terrassa mon géniteur, le brisa, sa mémoire s’envola dans la furie du feu, je sentais l’ardente chaleur roussir mes feuilles, vriller mes racines, assécher ma sève, le ciel pleura son offrande salvatrice, le feu ne se propageât pas…
 
La tristesse me dévitalisait, mes branches ployaient sous le poids de la mélancolie, mes feuilles se flétrissaient, grâce aux anciens, je puisais sa mémoire dans l’omniprésente substance invisible du temps – il y a de lui en moi, il y a de moi en chacun d’eux – le rythme de la planète mars, sous l’influence de sa ligne électrique aérienne, fit changer nos formes et nos tailles – après la fatigue revint la sérénité, j’admirais les délicates fleurs des champs, si richement variées, les insectes virevoltaient au-dessus de leurs pistils offerts – pendant les temps obscurs où la peste plongea les hommes, certains venaient parfois discuter stratégie, ils évoluaient parmi nous comme s’ils jouaient du Shakespeare, prisonniers sous le ciel, comme tout être… nous n’avions rien à craindre d’eux…
 
J’ai huit cent ans, je me sens bien, j’aime les marques du temps sur mon écorce, mes crevasses, la mousse sur mes racines apparentes, les percées de lumière à travers mon feuillage, les êtres qui m’investissent, vivent en moi, ou sur moi, comme ces moineaux si communs que personne ne daigne les regarder, pourtant, j’accorde à ces boules sautillantes, robustes, délicates, une attention et une affection particulières… ils décollent, je vole avec eux… ils reviennent, me voilà rassuré.
La période est apaisée pour les humains, des familles viennent pique-niquer sous nos branches, dans la bonne humeur, dans l’insouciance, les visages sont sereins, beaucoup d’entre eux rient, un jeune homme vient graver un cœur sur mon tronc, deux initiales séparées par un +, et une date, 1963…
 
Les ciels ont défilé, je sais interpréter les ondes terrestres, elles m’ont raconté l’histoire du monde, et son état… ces hommes qui passèrent d’un empire à l’autre… puis, le règne de l’ultra capitalisme, le mondialisme et sa logique financière – les hommes vivants de ressources naturelles sans en entamer les réserves, furent massacrés, déracinés, mis hors sol, uniformisés en consommateurs sous prolétaires, sans identité – les prédateurs, dont la logique était de prélever les richesses jusqu’à épuisement, ravagèrent leurs forêts, poumons de la planète, pillèrent leurs sous-sol, souillèrent leur environnement… avant de recommencer ailleurs…
 
Un grand groupe de promotion immobilière a acheté notre site… tout paraissait éternel…
Un PDG arrive avec des actionnaires, l’un d’eux vient uriner sur moi, une sale odeur remonte par mes capteurs sensitifs, des relents fétides de gamma-GT et de graisses saturées – puis c’est un massacre, beaucoup de mes frères sont tronçonnés, arrachés, brûlés, pour faire place nette à la construction de résidences "de charme"… mes glands tombent, chacun contient le germe du germe… sans nombre, sans fin…
 
Bien du temps a passé…
 
C’est le chaos et l’odeur de mort qui règnent désormais, celle des carcasses animales et humaines, mêlée à celle du caoutchouc brûlé – pour ma communauté (les arbres de la connaissance), ça a commencé au loin, les feuilles jaunissaient puis tombaient rapidement… Cela se rapproche…
À présent, la vague jaune ondulante arrive inexorablement sur moi, la douleur est vivace, ma substance vitale semble aspirée vers d’infernales abysses, l’abandon est cruel et délirant
 
"La faute aux croutasses que vous êtes… nous, nous pratiquons une égalité bien comprise, aucun de nous ne veut posséder plus que l’autre, hêtre ou ne pas hêtre, bon bouleau ou distributeur de dattes, arbres nourriciers, aérateurs et stabilisateurs des sols, moi Quercus, je vous écharde la tronche, hommes de rien, vous, infime minorité de salauds de puissants à piller toutes les richesses, destructeurs, et vous, salauds d’exploités à courber l’échine, à piaffer, baver… vous avez souillé les miens, ma terre, l’eau, le ciel… vous avez peint vos illusions avec mes oiseaux trempés dans du goudron…" des larmes perlent le long de son tronc… Quercus est mort…
 
Quelque part, dans la station-service ultra moderne d’une mégapole fantôme, des calculs à dix chiffres défilent interminablement sur les écrans des pompes… des véhicules solaires, sans passagers, se croisent dans un dérisoire ballet mathématique – le règne de l’IA (intelligence artificielle) est total, la planète est un caillou irradié. L’IA puise une énergie infinie dans le solaire, la radioactivité… seul le réseau informatique exerce une volonté… il n’y a plus de vie, plus d’arbres, leurs racines étaient le cerveau de la terre… la planète n’a plus de mémoire…
 
En haut du massif rocheux, sous une brume radioactive, un androïde doté de l’âme d’un ayant droit de la banque mondiale (qui avait été sauvegardée dans un stockage informatique), surplombe un poupon avec une moitié de visage… près du poupon, une repousse… Quercus…


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...