Bloggu litterariu corsu

u 27 di Dicembre 2015 - scrittu dà - lettu 359 volte

Passé antérieur


Rapidement, ses doigts s’agitaient sur le clavier. Tic tic tic… tic tic tic tic… La musique étouffée des touches souples de son ordinateur chatouillait son oreille. Une machine scintillante de lumière variée était reliée à son ordinateur via un cordon ombilical. Elle suivait avec attention les longues lignes de code qu’elle avait contribué à créer. Après plusieurs années de travail acharné, elle voyait enfin son rêve se concrétiser. La machine bipait régulièrement, signifiant qu’elle digérait les lignes de programme, comme un enfant qui tétait le lait de sa mère.
Son compagnon s’affairait, vérifiant de son côté l’exactitude de sa programmation sur son propre terminal. Le moment était historique. Ils allaient révolutionner l’histoire du monde. L’histoire et l’Histoire...Il rit intérieurement de son jeu de mots facile. Il exultait. Mais il savait qu’il n’aurait qu’une seule chance. Une seule et unique petite chance lors de cet unique essai. Du moins avec cette machine-là. Elle ne pouvait servir qu’une seule fois, et ce, durant trente minutes exactement. L’engin ensuite se détruirait, implosant dans une surcharge d’énergie. Par ailleurs, leur besoin en électricité serait-elle, qu’elle plongerait dans le noir la ville entière, ils allaient détourner toute la production électrique vers un seul et unique objectif : leur magnifique machine. Une chose cependant le tourmentait. Il n’avait aucune idée de sa destination. Elle ne lui avait rien dit, malgré ses nombreuses demandes. Il ne saurait le fin mot de ce mystère que lorsqu’elle écrirait les dernières lignes de code. Il espérait aussi qu’elle put revenir. Dans ses pires cauchemars, il l’imaginait coincée là-bas, sans espoir de retour. La nuit précédente, réveillé par l’explosion de leur laboratoire et par la vision du corps de sa compagne se tordant dans les flammes, il l’avait secouée et sans écouter ses protestations embuées de sommeil, lui avait fait l’amour à s’en couper le souffle.
Il l’observa à la dérobée, admirant sa belle chevelure noire, souple, brillante comme de la soie. Elle avait vaguement ramené cette lourde masse en un vague chignon, tenu par un crayon à papier. Son profil de déesse se détachait dans la lumière mouvante de son ordinateur. Concentrée, elle ne se rendit pas compte de ce regard éperdu et désespéré de son amant.
Elle serait bientôt au bout de sa tâche. Elle n’aurait ensuite que quelques minutes pour se placer au centre de la machine qui l’enverrait alors à l’époque et le lieu choisi. Elle avait rassuré durant toutes ses années l’homme qui la secondait. Elle lui avait promis qu’elle ne se mêlerait de rien et passerait inaperçue au milieu des populations autochtones. Elle s’était d’ailleurs habillée en conséquence, un tailleur de l’époque et coiffé ses cheveux à la manière de Veronica Lake. Son amant n’avait rien dit, ne remarquant pas vraiment l’aspect vintage de son costume. Il devait penser qu’elle se changerait plus tard, et qu’elle avait mis de côté un costume plus exotique, un pagne ou une robe Renaissance… D’ailleurs, il aurait préféré qu’elle soit vêtue d’une combinaison étanche, du type P4, d’une part pour ne pas être contaminée par des agents pathogènes et d’autre part, pour ne pas exposer des populations aux leurs. Mais elle n’avait pas tenu compte de ses conseils, et arguait du fait que passer inaperçue avec un tel attirail sur le dos n’était pas l’idéal. Elle l’avait rassuré, lui promettant de ne rien accomplir qui pourrait changer l’avenir. Elle lui mentait, mais ça lui était égal. Seul son projet comptait. Il ne saurait où elle se rendait que dans quelques minutes, trop tard pour lui demander des explications. Elle aurait enfin sa revanche. 1946, juste après-guerre. Elle pourrait enfin mettre fin à un supplice, qui tourmentait le monde entier. Certes, la laïcité proclamée de la République en prendrait un coup, et cela la désolait, mais elle considérait ça comme un dégât collatéral. Elle tapa la date et le lieu. Elle entendit le cri de surprise de son amant, mais ne lui accorda aucune attention, ainsi qu’aux questions qui suivirent.
Au fond de son sac, le poids de son arme compacte la rassurait : un Glock 36 d’un noir profond, au métal doux comme la soie, un petit bijou technologique d’une grande simplicité. Son chargeur était plein. De toute façon, elle ferait mouche. Elle en était capable, surtout à bout portant.
Sans même adresser un mot à son compagnon, elle alla se placer au centre de l’engin. Elle défit son chignon en arrangeant les boucles voluptueuses sur ses épaules, et enleva rapidement sa blouse. D’un geste, elle lui indiqua de lancer le compte à rebours. Quelques instants plus tard, il était plongé dans le noir et seule la machine scintillait.
Elle les fixa. Tous les trois : le pianiste, le parolier et le chanteur. Et tous les trois avait la même tête ahurie, bouche ouverte, yeux écarquillés. Les partitions jonchaient la table, les cendriers débordaient, et les verres étaient pleins. Ils la regardaient comme une apparition divine. Une déesse apparue dans un flash de lumière, et sa beauté avait de quoi damner un saint. Le chanteur réussit à croasser « Santa Madonna ! » Elle sourit et répondit avec douceur
 - Innò, vengu piuttostu da l’infernu…
Elle sortit son Glock, visa avec calme et tira. Le parolier qui remaniait les paroles de la chanson s’écroula ensanglantant la table de sa tête éclatée. Sans laisser au pianiste le temps de réagir, elle le mit en joue et mit fin à son tempo.
Elle se tourna vers le chanteur, et visa sa tête de premier de la classe gominée. Son visage de chanteur de charme exprimait l’horreur la plus absolue.
 - Mais pourquoi ? Pourquoi ?
 - Pour éviter que des générations de mômes braillards n’entonnent votre sirupeuse chanson insupportable, que les radios ne déversent cette bouillie infâme et ne nous abrutissent avec votre voix de ténor maladif… C’est tout.
Elle fit feu. Il s’effondra en un gémissement plaintif.
 - Joyeux Noël, Tino !


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...