Bloggu litterariu corsu

l'8 di Farraghju 2016 - scrittu dà Muryel Sarrazin - lettu 681 volte

Ogni populu ghjuntu quì hè duvintatu corsu


Gustave Doré - La vision sur la vallée d'ossements.
Gustave Doré - La vision sur la vallée d'ossements.
Presque un siècle plus tôt, le village était en ruines. Très peu de gens s’y aventuraient : Quelques poètes, des photographes ou des touristes égarés.
Maria se rappelle des histoires que lui racontait son grand-père Waël.
Comme tout cela semble loin !
Se méfiant des passeurs, c’est sur l’embarcation construite de ses mains, avec des moyens restreints, qu’en 2015, une nuit d’été, il avait fui la Syrie.
Maria imagine cette coquille de noix balancée par les vagues, avec entassés au fond, les trois enfants que son grand-père avait pu sauver lors du bombardement de leur maison où avaient péri sa femme et leurs deux plus jeunes enfants.
Le destin, ou simplement le vent, après des jours d’errance, avait poussé l’embarcation sur une plage de Corse.
Au petit jour, les quatre exilés virent émerger peu à peu, à flanc de colline, les vestiges d’un village en ruines. Ils considérèrent, hébétés, les pans de murs pathétiquement dressés, les cheminées éventrées envahies de lierre et toute cette désolation muette refermée sur des vies effacées.
Le fils aîné tremblant de peur et de froid dans sa couverture trempée, demanda en claquant des dents :
 - Papa ! Ici aussi, ils ont été bombardés ? Pourquoi nous as-tu conduits si loin si c’est pour retrouver la guerre ?
Le père scruta le ciel et tendit l’oreille mais aucun moteur d’avion en approche, aucune détonation, aucune fumée, aucun hurlement. Seul le silence, les premiers chants des oiseaux, le clapotis des vagues. Il répondit d’une voix lasse :
 - Non, mon fils. Ce village n’a pas été bombardé. Il est simplement en train de mourir.
Et c’est ainsi que le grand-père de Maria se cacha dans ces ruines, après avoir quitté celles de son pays ravagé, avec ses fils, Rony et Jad de seize et treize ans et sa fille Thalia, de dix ans qui deviendrait la Maman de Maria…
Il avait conclu son récit par cette réflexion : « Ce village nous ressemblait, nous étions tous en ruines mais en le reconstruisant, c’est nous que nous allions reconstruire. »
Quand Maria était née en 2030, plusieurs maisons abritaient déjà des familles. En grandissant, elle avait pris conscience de l’histoire extraordinaire de son village et de centaines de villages corses, ressuscités et de l’histoire de la Corse toute entière, devenue son pays.
 
La grande migration des réfugiés de guerres des années 2014 à 2020, avait éveillé dans les hommes beaucoup de peur et de haine et très peu de compassion.
Des manifestations, orchestrées par des idées similaires à celles du Front National, s’opposaient à l’accueil des réfugiés dans de nombreuses villes d’Europe déployant des banderoles aux inscriptions nauséabondes.
Des pays fermèrent leurs frontières par des kilomètres de clôtures hérissées de barbelés, bloquant des milliers de réfugiés qui affluaient en masse et appelaient au secours.
Les Européens prirent soudain conscience qu’au sein de leur propre communauté, des gens souffraient de pauvreté, certains survivaient dans la rue et y mouraient parfois dans une indifférence totale depuis des siècles.
Ils s’appuyèrent sur cette constatation, pour le moins tardive, et s’en servirent d’argument pour manifester haut et fort qu’il fallait s’occuper avant tout des malheureux de leurs pays.
Waël fulminait en se remémorant le spectacle de ces gens à qui rien ne manquait, qui n’avaient connu que la paix, qui ne s’étaient jamais préoccupés du moindre infortuné, du moindre chien perdu mais qui, en troupeaux pitoyables, revendiquaient leur droit à refuser les réfugiés parce que trop de miséreux étaient oubliés chez eux !
Quand le grand-père de Maria avait échoué en Corse, il n’était âgé que de quarante ans.
Ce premier matin, lui et ses enfants errèrent au milieu des ruines. Ils avaient presque tout perdu lors de cette traversée hasardeuse et ne portaient sur leur dos qu’un petit sac imperméable contenant quelques vêtements.
Le soleil s’éleva derrière les montagnes et quelque chose de magnifique, ce matin-là, monta avec le soleil.
 - Mes enfants, nous allons le reconstruire, ce village ! Rony tourna très lentement sur lui-même, examina ce nouveau monde qu’il avait imaginé florissant et débordant de nourritures. Son regard montait et descendait, scrutant les maisons vides, les vestiges encore debout, retenus dans les lierres entremêlés, les ruelles envahies de myrtes et de lentisques. Et ses yeux se posèrent sur la mer, si bleue. Il entendit quelque part une source murmurer et découvrit la fontaine du village toute encombrée de végétation.
 - Papa ! Il y a de l’eau pure qui jaillit au milieu des fleurs ! Tous les quatre s’embrassèrent en pleurant et riant. Ils déposèrent leurs sacs et le nettoyage de la fontaine fut leur premier travail de restauration. Quelques heures plus tard, quand l’eau se mit à chanter, Waël demanda à ses enfants de la boire chacun dans la main de l’autre en signe de partage et rajouta ses mots :
 - Nous venons de trouver l’eau pure, et l’eau c’est la vie. Nous reconstruirons nos vies aussi, mes enfants ! Nous allons tout faire pour ressusciter ce village et d’autres nous aideront.
 
Et tandis-que des hommes, des femmes et des enfants venus de tout horizon et de la Corse elle-même, reconstruisaient les maisons, les chapelles, les ruelles, l’Europe durcissait son refus d’accueillir les réfugiés.
Soudain, en quelques jours, une énorme vague déferla, arrachant les barbelés et anéantissant toutes les frontières.
Peu à peu ces millions de réfugiés furent poursuivis, massacrés, parqués comme du bétail.
Chaque gouvernement justifiait ses actes barbares. Les populations toujours promptes à applaudir n’importe quelle idée, du moment qu’elle protège leur tranquillité, s’arrangeaient à croire hypocritement que tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Le racisme pouvait s’exprimer, et il s’exprima.
Les camps de concentration, les chambres à gaz, les fours crématoires auraient pu reprendre allègrement du service avec l’approbation d’une majorité imbécile qui semble habiter perpétuellement la planète des hommes !
Alors, il se passa ce que Waël avait pressenti en regardant le soleil se lever sur les ruines de son nouveau monde.
Des réfugiés venus de Syrie et de bien d’autres pays en guerre, fuyant une mort imminente déferlèrent sur la Corse.
Certains habitants de l’île voulurent s’y opposer, arguant des mêmes raisons que les racistes, les xénophobes du monde entier, mais ils furent rejetés à leur tour et quittèrent la Corse comme si cette Terre savait reconnaître et choisir ses enfants. C’est alors que ceux qui méritaient de faire partie du peuple corse ouvrirent leur cœur et partagèrent, avec des milliers de réfugiés, le peu qu’ils possédaient.
En contrepartie, les hommes politiques, exigèrent l’indépendance de la Corse, le retour des prisonniers politiques, le remboursement de tout ce qui avait été pillé, et de dettes historiques occultées depuis des siècles ainsi qu’une indemnité forfaitaire de mille Euro par an et par réfugié répertorié et ce, sur une durée de cinq ans. C’était ça, ou bien, tous les réfugiés présents sur la terre corse, tous les hommes corses en âge de se battre prendraient les armes et déferleraient sur la France...
Les exigences commencèrent par faire doucement rigoler le gouvernement français, les ténors des meetings politiques, applaudis toujours par les mêmes abrutis, donnèrent de la voix et s’enrouèrent finalement dans leur morve trop longtemps réchauffée.
Le peuple corse devenu soudain si puissant par l’afflux des réfugiés prêts à donner leur vie pour protéger leur nouvelle patrie, fut entendu.
Le trente mars 2032 l’indépendance fut déclarée sans aucune réserve. Les prisonniers politiques, eux, étaient rentrés au pays dès 2020 et en 2033 une somme approchant les cent milliards d’euros vint enrichir les caisses de la Corse.
Les sangs se mêlèrent comme l’eau des ruisseaux qui forment les rivières, des prénoms et des noms nouveaux résonnèrent dans les cours de récréation, et, faisant mentir tous ceux qui avertissaient que l’identité corse serait perdue, c’est le contraire qui se produisit.
Les nouveaux Corses, en reconstruisant tous les villages en ruines, puisèrent à leurs fontaines les traditions des anciens, remettant à jour des inscriptions oubliées, retrouvant leurs racines, ils firent pousser sur toute la Nation, l’arbre puissant d’une fraternité repensée. La langue corse fut naturellement pratiquée, enrichie de mots venus d’ailleurs. Les religions cohabitèrent ou se mélangèrent comme les habitants, les plats traditionnels de chaque ethnie mêlèrent avec bonheur quelques fantaisies nouvelles à leurs recettes.
Maria sourit en repensant à son cher grand-père et son cœur s’élargit de bonheur.
Dans ses veines coule ce sang nouveau. Fille de Thalia et de Francescu, Maman de Maria-Francesca, Mamie de Maria-Thalia, de Saveriu, de Antò-Waël et de Jad.
Elle regarde les enfants courir en sortant de l’école et se précipiter vers la boulangerie pour s’acheter des gourmandises.
L’air du soir apporte l’odeur du maquis, des eucalyptus et du repas qui mijote ses secrets délicieux au coin de la cuisinière à bois. Non, la Corse n’est pas tombée dans le piège de la modernité à tout-va !
Sur les murs des mairies, le drapeau à tête de Maure s’est enrichi d’un sourire et, sur le même support, un drapeau de toutes les couleurs étale en lettres majuscules :
 
OGNI POPULU GHJUNTU QUI HÈ DUVINTATU CORSU !


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...