Bloggu litterariu corsu

u 19 d'Aprile 2016 - scrittu dà - lettu 281 volte

Microcosme


J’ai jeté ta bague dans la Seine.

Désolée.

Si ça peut me racheter, j’y ai mis les formes. J’ai cherché le bon endroit pour le faire. J’ai pensé au Pont Neuf, mais le Pont Neuf, c’est le repère des quêteurs qui vous tombent dessus à chaque pas. Ils voulaient m’arracher ma signature et quelques sous, peut-être, tout ça pour je sais pas quoi. Un piège à cons. La Seine était belle, le soleil haut. Les bateaux créaient des remous verts. Devant moi, il y avait la pointe de l’île de la Cité, avec ses saules pleureurs et ses sorbonnards aux jeans retroussés. Des embruns jaillissaient de l’eau pour caresser mon visage. J’ai contemplé le fleuve quelques courts instants, méditant, l’anneau réchauffé à travers mon poing fermé, et puis un autre de ces types est venu me demander de signer son papier. Je suis partie.

J’ai ensuite considéré deux secondes le Pont des Arts. On lui a enlevé ses cadenas, au Pont des Arts, et il n’y en a que quelques nouveaux pour l’instant. On aurait pu lui enlever ses touristes, aussi. Je n’ai même pas emmené ton anneau là-bas, tu vois, je n’ai pas osé. Tu étais toujours le premier à dire que le Pont des Arts n’a plus rien d’artistique. Tu l’aurais mal pris.

En mal d’un pont d’où te jeter, j’ai fini par retourner à l’intérieur des terres, à l’intérieur des rues. J’ai parcouru des kilomètres en me récitant notre histoire.

 

Une jeune fille, un soir, ouvrit un livre au hasard, à une page qui n’avait pas de sens. Elle se glissa entre les lignes et dansa avec les lettres. Toute la nuit. À la fin des numéros, sous la couverture, elle s’enivra en faisant tourner sa propre tête dans tous les sens, jusqu’à la sentir quitter son corps. Alors, elle tomba sur la figure parfaite de la moitié d’elle-même.

Le lendemain, cette fille se réveilla, une bague à l’annulaire. C’était un anneau d’argent, un petit anneau fin qui se fondait dans sa chair avec des croisillons. Il était si léger que parfois, elle l’oubliait, le temps de rire au bras d’un inconnu ou de se perdre dans une sublime paire d’yeux bleus — pas longtemps du tout. On lui disait : « Jolie bague, vous êtes fiancée ? » et elle rougissait en sentant la main invisible de sa moitié amoureuse, le long de sa hanche ou autour de sa taille. Et elle enroulait son propre bras autour d’un bras immatériel, et elle se perdait dans de fantomatiques yeux verts, et elle embrassait des lèvres inexistantes. Le soir, elle dormait seule, mais un souffle léger caressait toujours sa nuque et des doigts rugueusement abstraits effleuraient le frémissement de ses seins, dans un sommeil lucide.

La fille et son fantôme s’entretenaient souvent au sujet de choses graves, de belles choses et de choses laides. Elle l’appelait son chevalier parce qu’il épousait un idéal physique et intellectuel qui la comblait. Elle faisait de lui ce qu’elle voulait. Il était d’accord. La bague restait à son doigt, restait collée, elle ne l’enlevait jamais.

Un jour, la fille rencontra un visage que les traits flous de son chevalier ne parvinrent qu’à rendre plus nets. Se prenant au jeu de celui qui représentait une réalité physique et intellectuelle, elle passa de plus en plus de temps avec lui, négligeant la belle image qui pleurait maintenant au bord de son lit, toutes les nuits. Elle portait des gants la première fois qu’elle avait parlé à l’homme du réel ; aussi, il ne vit pas la bague. Elle se débrouilla pour toujours lui cacher ses mains, jusqu’au soir où il l’invita chez lui, et où elle sut ce qu’il allait se produire. Elle tenta alors, désespérément, de retirer l’anneau d’argent de son doigt. Mais il ne partait pas. Au désespoir et sentant son désir de réalité aller croissant avec sa haine de l’idéal, elle essaya par tous les moyens de faire glisser le bijou, mais sans succès. Le fantôme se traînait à ses pieds, lui criant que c’était cruel et idiot, mais elle ne l’écouta pas.

Elle arriva à l’heure au rendez-vous. L’homme du réel comprit qu’elle portait des gants pour cacher un doigt qui lui manquait, mal recousu et brûlé sauvagement pour stopper le sang qui s’était mis à jaillir sous le couteau. Elle inventa une histoire à dormir debout, ils couchèrent ensemble. Là où le spectre était doux, l’homme du réel la blessa. La sensualité fit place à des gifles, les mordillements à du cannibalisme. Et alors que la fille criait à l’homme du réel de s’arrêter, celui-ci continuait, lui martelant que les choses se passaient ainsi, dans le vrai monde.

La fille rentra chez elle, le lendemain, le cœur lourd et la gorge irritée. Elle tituba dans sa salle de bains, tomba à genoux devant les toilettes et vomit. Elle se rinça la bouche et considéra son reflet haletant dans le miroir. Ses yeux étaient rouges et sa peau cassante. Ses doigts saignaient, tout autour des ongles, et sa brûlure l’élançait. Son corps entier tremblait et tirait vers le bas la vulgarité qui venait de la baiser. Les coups de butoir tintaient encore jusque dans son crâne, entre une tendresse surjouée et un paternalisme malsain. Les ampoules au plafond grillaient et se rallumaient en resserrements épileptiques. La baignoire était sale, elle ne savait même pas ce qui l’avait poussée à s’y plonger. Elle ne se rendait compte de rien, bouffant de la pâte à tartiner à la petite cuiller sans se rappeler seulement d’en avoir acheté. Le monde entier était un cauchemar tournoyant et des cafards couraient au plafond, en apesanteur. Il en tombait parfois dans l’eau à présent froide de son bain, froide et crasseuse de sang et d’huile de palme. Et la crème de noisettes trop sucrée lui bouchait la gorge et elle étouffait, et elle finit par s’évanouir sur le parquet étincelant de son salon, alors qu’elle rampait en pleurant des larmes irréelles.

Elle tenta, après cela, de revenir vers son spectre, de se faire pardonner. Mais il s’était évanoui, aussi vite que le sceau de la réalité l’avait corrompue.

 

J’ai refait ma vie, parce qu’il y a bien un moment où il faut se comporter en adulte. J’ai rencontré des hommes bons, des hommes mauvais, des vieux, des jeunes, des coups d’un soir, des amoureux, des plans cul. Évidemment, aucun ne t’arrivait à la cheville. J’ai même été fiancée, une fois — ça t’aurait bien fait rire…

J’ai fini par trouver l’endroit idéal pour te laisser mourir, toi, mon idéal. C’était sur un petit pont au-dessus du canal de l’Ourcq, dans le Paris tranquille et silencieux d’une nuit de printemps, en pleine semaine. Des lampadaires brillaient sur le sable, une voiture passait de temps en temps. J’ai sorti ta bague de ma poche, ta bague et ma main à laquelle il manque un doigt. Je l’ai regardée une dernière fois, à la lumière de la lune. Elle luisait doucement.

L’eau noire s’est à peine troublée en t’attrapant, comme on attrape une petite balle au vol, en l’enveloppant doucement. J’ai regardé les derniers sillons s’effacer, avec regret, sans doute. J’ai repensé à cette nuit à travers les lignes, cette nuit à travers les mots, cette nuit où tout avait commencé. Le pont vibrait doucement sous mes pieds, comme tes caresses vibraient sur ma nuque, autrefois. « J’ai crié des mots regrettables, je t’ai fait des choses affreuses. » C’est ce que j’ai dit en laissant couler deux larmes sur mes joues. Mais ce qui était fait était fait ; mon idéal était mort. Il faut bien s’adapter.

J’ai regardé le fleuve, tâchant de ne plus trop penser. Le vent se levait, créant des vaguelettes. J’ai souri en voyant un caneton émerger à la surface, ses petites plumes ébouriffées projetant des gouttes de lune autour de lui. Et puis, une bourrasque a soudain traversé mes cheveux, soufflant comme le diable à la surface de la Seine. Un petit objet s’est soulevé sur les vagues et a décollé très haut, porté par je ne sais quoi de magique. J’ai tendu ma main mutilée et ta bague est retombée dans ma paume — inutile, inoubliable. À l’intérieur de l’anneau, entre les croisillons, un monde se créait, un microcosme qui contenait toute notre histoire. Et toi, sous les reflets, entre les lignes, toi, tu me souriais, murmurant qu’un idéal ne meurt jamais.

Edvard Munch -  Le baiser sur la plage au clair de lune.
Edvard Munch - Le baiser sur la plage au clair de lune.


              



Dà leghje dinù

Ritornu - 03/05/2017

Sagapo - 29/10/2016

Parapachja - 11/06/2016

Ballu di rime - 08/06/2016

Mondu - 09/05/2016

Tobby - 12/02/2016

Le net a disparu - 01/11/2015

Scontru - 04/03/2015

Démission - 11/02/2015

Deus ex machina - 08/02/2015

Parallèles - 15/01/2015

L'omu di Cagna - 11/12/2014

Bogue - 09/10/2014

Sourire blanc - 03/10/2014

Poésie - 01/10/2014

Nature Loving - 04/09/2014

Mise au vert - 28/08/2014

Au revoir Maurice - 18/08/2014

Sous son aile - 13/08/2014

Recherche - 18/07/2014

Vols en écaille - 02/07/2014

Chant d'étoiles - 19/06/2014

Vertigo - 15/05/2014

Cavernes - 29/03/2014

L’esiliatu - 21/03/2014

Id´île volcanique - 10/03/2014

1 2 3

Negru | Rossu | Biancu | Ghjallu | Critica | Feuilleton




Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...