Bloggu litterariu corsu

u 1mu di Nuvembre 2017 - scrittu dà - lettu 61 volte

Mambo Italiano


Archibald Motley - The Jazz Singers.
Archibald Motley - The Jazz Singers.
Rompant un long silence, elle lui dit :
 - Pourquoi me regardes-tu ainsi ?
Il appuya sur un bouton et tourna la tête.
 - Tu n’es pas une astronaute comme les autres. Je me fous de tes diplômes et de ta réputation. Tu peux faire toutes les conférences que tu veux. Tu es bien autre chose.
 - Quoi, par exemple ?
 - Une jolie femme.
 - Tu sais que je peux te dénoncer.
 - Tu le feras pas. Je sais ce que je fais. Je te connais.
 - Oui, mais les Lois nous changent. Elles ont ce pouvoir de transformer des individus plutôt sympas en horribles collabos.
 - N’empêche, tu le feras pas.
 - OK, bien vu, je ne le ferai pas. Mais sache qu’ON peut t’entendre.
 - Pas de risque, j’ai coupé le contact.
 - Pas forcément suffisant. Il y a des mouchards en des lieux bien planqués.
 - …
 - Rassure-toi, j’en ai fait mon affaire.
 - Comment ça ?
 - Pas difficile pour une spécialiste comme moi qui fait des conférences partout dans l’univers. Et en quinze langues.
 - Et les Lois ?
 - Quelles Lois ?
 
Le vaisseau n’était pas grand mais assez confortable. Seulement, il était truffé de milliers de capteurs afin qu’aucune dérive contre l’Etat Sublime ne soit tolérée. On ne pouvait parler d’autre chose que technique et objectifs. On ne devait montrer aucune empathie pour son ou ses collègues. Pire encore, aucun geste aimable voire tendre n’était permis. Les sanctions étaient fortes. Même pour des sujets brillantissimes qui risquaient de vite se retrouver au plus bas de l’échelle. Voire bien pire, internés dans les Satellites Psychiatriques Artificiels de Jupiter.
Le seul paradoxe à cette surveillance de tous les instants était le tutoiement. Il symbolisait, au dire des dirigeants, la Toute et Grande Fraternité de la République.
 - Et si je te prends la main ? dit-elle.
 - Ça me va, mais ce n’est pas moi plutôt qui…
 - Qui ?
 - A eu cette sorte d’idée… En premier…
 - Que tu dis…
Leurs doigts se frôlèrent avant de s’enlacer. Tous deux semblaient empruntés.
Elle murmura :
 - C’est beau d’apprendre la liberté.
Il ne répondit pas mais sourit maladroitement. Cela faisait déjà deux bonnes raisons de se voir internés aux confins de l’espace. L’Etat Sublime ne plaisantait pas. Aucun individu ne devait ressentir quoi que ce soit. Et, surtout, le montrer ostensiblement. Elle poursuivit :
 - Ma phrase est bête. Je me suis laissée aller.
 - T’inquiète, ton honneur de savante n’en souffrira pas.
 - Ce que je voulais dire : est-il normal de sortir ce genre de chose en ce genre de circonstance ?
 - J’en sais rien.
 
Le vaisseau poursuivait sa route à vitesse réduite. Le temps passait et, sur la base, on allait commencer à se poser des questions. Leurs doigts étaient toujours enlacés. Elle se rapprocha un peu plus. Puis appuya sur un bouton pour obstruer les hublots.
 - Tu ne veux pas qu’on nous voit ? plaisanta-t-il.
 - Un réflexe…
 
Ils se trouvaient maintenant l’un contre l’autre. Le temps passa encore. Le Commandement les appellerait sûrement d’ici quelques minutes.
C’était leur quatrième collaboration. Toujours en de courtes missions, mais bien spécifiques, précises, qui nécessitaient des connaissances très au-dessus de la moyenne. Ils avaient à chaque fois parfaitement bouclé le travail. Et de manière très professionnelle.
Ce n’était plus le cas.
 - Tu sais que j’ai triché avec le traitement, confia-t-il.
 - Et moi, qu’est-ce que tu crois ?
 - Mais les effets sont tenaces, quand même…
 - On appelait ça, dans le temps, de la timidité, je crois.
 
Une alarme résonna. C’était la base.
 - Maintenant, on n’a plus le choix, fit-elle. Ils vont vite savoir que nous ne nous sommes pas désintégrés. Mais on peut encore rentrer.
 - Pour faire quoi ?
 - En tout cas, certainement pas danser.
 - Danser ?
 - Des gens qui se tenaient enlacés et suivaient une sorte de musique. Avec les jambes. Et les bras.
 - Où as-tu pêché ça ?
 - Un vieux bonhomme sur une planète où je devais faire un jour une conférence. Trop long à t’expliquer. Il possédait toutes sortes de choses qu’il gardait précieusement. C’est lui qui m’a parlé de la danse. Il m’a montré des images. Sur de vieux trucs, mais qui fonctionnaient encore.
L’alarme sonnait toujours.
 - J’ai un enregistrement sur moi. J’ai pu le passer au contrôle. Le type, je le connais. Pas trop regardant.
 - Un enregistrement de quoi ?
 - D’une chanson. D’un chanteur.
Elle coupa rageusement la sonnerie stridente sans toutefois répondre. La voix suave de Dean Martin envahit la cabine.
 - Mambo italiano, c’est le morceau que tu entends, fit-elle. C’est beau, non ?
A son grand étonnement, elle vit son compagnon de vol dodeliner de la tête et marquer le temps. Un sourire moins gauche et discret illuminait son visage.
Il se tourna vers elle et lui pressa plus fort la main.
 - Veux-tu m’épouser ?
Elle balbutia :
 - Mais quand ? Où ?
 - Bonne question ! Là. Maintenant.
Pour la première fois, il la vit rougir, elle d’ordinaire si droite, si impassible, si conférencière.
 - Mais, fit-elle, on n’est que tous les deux.
 - Ça suffit, non ?
 - Euh, je voulais dire, il faut demander l’autorisation…
 - …et la réponse qui va prendre des années, avec la Police de la République qui va enquêter. Et nous importuner chaque jour. Et fouiller chaque recoin de notre vie et de notre pensée… Tu crois pas qu’on est bien mieux… ici.
 
La sonnerie retentit de nouveau, interrompant la musique.
 - Tu vois, ils nous lâcheront pas.
Elle se mit à rire :
 - Ce doit être une belle panique, en bas !
 - D’ici que les patrouilleurs arrivent, on sera loin.
 - Loin ?
 - Tu sais parfaitement ce que je veux dire.
 
Elle le regarda faire mais n’esquissa pas le moindre geste pour le contrarier. Il tapa sur le clavier pour mettre le système en manuel et prit les commandes. Le vaisseau s’inclina vers la gauche et changea de direction.
 - Mais d’abord la cérémonie, fit-il.
 - Oui…
 - Ah non, ne dis pas oui tout de suite… Il faut que je te pose la question.
 
Il lui posa la question et elle répéta oui. Trois fois. Intensément. Comme jamais elle n’avait pu exprimer en toute liberté quelque chose. La moindre trace du traitement n’y pouvait plus rien. L’instant était trop fort. Et avec lui, tout ce que l’humain peut receler comme réserve de sentiments.
 - Prête pour une longue virée ?
 - Prête.
 
Il lança les réacteurs. L’accélération fut brève mais suffisante pour les propulser le plus loin possible, aux confins de l’univers. Par chance, il restait assez de carburant, d’oxygène et de vivres pour profiter pleinement de ce voyage de noces.
 - Remets-moi Mambo italiano, supplia-t-il. Encore. Et encore. A l’infini.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...