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u 10 di Nuvembre 2015 - scrittu dà - lettu 410 volte

Le rêveur de la nuit


Le déluge - Yvan Lemeur.
Le déluge - Yvan Lemeur.
Il se dit qu'il devait encore une fois plonger son regard dans les étoiles. Juste avant que le jour ne se lève. Juste le temps de bien vérifier. Comme il venait de passer une nuit éprouvante, il ne savait plus très bien où il en était. L'étincelance, la multitude des points lumineux avaient fait place à une longue hypnose qui lui avait révélé plus de choses qu'il n'aurait souhaité. De quoi le tourmenter bien au-delà de ces déchirements habituels. Pour la première fois, ce don qu'on lui prêtait, venu des racines intimes de sa terre, avait généré un afflux mortifère des plus terrifiants. Rien à voir avec ses rêves de mazzeru qui annonçaient la mort ou la maladie de tel ou tel. Cette vision était pire et renfermait le mal absolu. C'est pourquoi, il fallait vérifier, au cas où sa voyance l'aurait trompé.
Tout avait commencé par la longue plainte d'un animal qu'il n'avait su reconnaître. Peut-être un chien halluciné ou l'agonie d'une bête imaginaire. Peut-être aussi un vent mauvais qui aurait imité les voix les plus obscures. Au soir qui tombait, ce cri l'avait poussé hors de chez lui, jusqu'à s'aventurer aux limites du ravin. Là, il s'était assis sur une pierre au bord du précipice et avait décidé d'y passer la nuit. Personne n'aurait eu l'idée de venir l'importuner. Dès le soleil couché, tous s'en gardaient bien. Les habitants étaient méfiants. Connaissant ses divinations, ils avaient peur. C'est pourquoi, dès que le village n'était plus qu'ombre, ils s'abstenaient d'approcher son logis. Le jour, c'était différent. On le saluait comme un voisin tranquille et affable, on l'invitait, on lui offrait même le couvert. Le rêveur de la nuit ne les terrifiait pas encore. Il était un ami qui partageait leurs quêtes et leurs espoirs.
A peine assis, il s'était immobilisé, et rien n'aurait pu laisser penser qu'il était vivant. Ses yeux fouillaient le vide à ses pieds, semblant peu à peu perdre de leur capacité à voir et définir formes et couleurs. Sa respiration était impalpable, son cœur presque à l'arrêt. En son corps, rien d'autre qu'un sursaut de vie qui, lentement, s'éloignait pour finalement laisser place à une forme évidente de monstruosité. Ce qui ne l'inquiéta pas outre mesure. En cet instant, cette métamorphose ressemblait à ses rêves prémonitoires, lorsqu'ils s'installaient en son esprit et dévoilaient l'imminence de la mort prochaine d'un voisin, d'un parent, d'un inconnu.
La nuit avançait. Les étoiles perlaient le ciel sans qu'il puisse les voir. Ses yeux fixaient toujours le gouffre de la terre. L'heure n'était pas encore à s'ouvrir vers l'infini. En même temps, il sentait l'imminence d'un chaos qui allait le concerner, lui et beaucoup d'autres, et ce dès qu'il aurait levé les yeux. Ce qu'il finit par faire. Il y eu alors une première secousse. Puis une autre. Puis peu à peu tout son corps commença à se disloquer en sursauts réguliers - ce qui ne lui était jamais arrivé – dont le rythme s'accéléra soudain en une transe fiévreuse et désordonnée.
Tout bascula ensuite. Un grondement succéda à ce qui, au départ, avait été une incertitude et envahit l'espace. Une onde de choc terrifiante, absolue, prenant d'assaut reliefs et vallées. Et emportant les hommes. Le sol n'était que fusion et confusion. Mais toute fuite était vaine qui ne trouvait en bout de chemin que la mer, elle-même déchaînée. Les vagues, s'alliant au vent, avalaient les espaces et ce qui pouvait s'y accrocher. Tout s'enfonçait à une vitesse hallucinante sans qu'aucune prière ou procession réussisse à inverser le cours des choses. Il y avait eu trop de suffisance, de corruption, de maltraitance. Trop de mises à l'écart, de mal et de violences, trop d'insultes jetées à la face de la beauté absolue des paysages que les hommes, en définitive, ne méritaient pas.
Rien n'aurait pu arrêter cette colère. Surtout pas les quelques sommets qui affleuraient encore, comme pour dénoncer une dernière fois l'incurie du comportement humain. Ils ne surnagèrent qu'un instant. Puis disparurent en un panache d'eau gigantesque, avant que tout ne fût accompli. Seuls quelques branchages témoignaient alors du désastre et de la disparition de ce pays.
Ile engloutie, la Corse n'existait plus.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...