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u 13 d'Aprile 2017 - scrittu dà - lettu 378 volte

Le miroir


Crucifixion - Francis Bacon.
Crucifixion - Francis Bacon.
Je venais de me réveiller, la tête dans le cul une fois de plus. Il y eut d’abord un vrombissement terrible qui fit vibrer mon crâne. Cela dura l’espace d’une seconde qui s’écoula comme une heure. J’ouvris les yeux et le mince film de lumière du jour qui s’échappait du store déchiré me transperça les rétines. Je clignai mes yeux noirs en râlant. Tout semblait si flou et obscur autour de moi. Je roulai sur le côté, collé au drap par la transpiration et cherchai à tâtons mes clopes posées sur le tabouret qui me servait de table de nuit. Je fis tomber la lampe qui se fracassa par terre et me saisis du paquet qui émit un frétillement dans mes mains moites. Je serrais l’objet dans ma main tandis que je me frottais le front avec l’avant-bras. Bordel je crevais de chaud ! J’étouffais. Je me redressai en gémissant et posai mes orteils nus et sales sur le carrelage froid. Je frémis et appuyai les talons sur le sol. Je passai mes doigts dans mes cheveux bruns décoiffés et portai une clope à mes lèvres. Je prêtai l’oreille pour entendre ce qui se passait dehors, mais je ne perçus qu’un bourdonnement. C’était intense, assourdissant et confus. Parallèlement je sentais la sueur dégouliner le long de mon coup, descendre sur mon torse imberbe et tatoué avant de perler sur mes abdos dissimulés sous mon ventre malingre. Je mordillai le filtre nonchalamment, fixant des particules de poussières danser dans la lumière. J’esquissai un sourire de dédain pour ce qui aurait pu inspirer de l’amusement ou de la joie à une personne normale. Je me grattai la nuque et allumai ma cigarette. Le zippo claqua, il y eut une étincelle et rien…je recommençai, je pressai et torturai la pierre à feu de mes doigts jaunis par le tabagisme. Il n’y avait plus d’essence. Je grognai et rangeais le zippo dans ma poche avant de me saisir d’une boîte d’allumettes. J’en poussai le cul et en sortis une. Je mâchouillai machinalement le filtre et frottai l’allumette contre le grattoir ; la flamme jaillit et m’éblouit. Je fermai les yeux et portais le feu jusqu’au tabac avant d’inspirer. Il y eut un grésillement et une lueur dans l’obscurité de la chambre qui puait l’humidité et l’alcool.
Je m’allongeai et crachai un nuage de fumée malodorante qui s’échappa de ma bouche sèche comme un lac fantôme. Elle grimpa l’échelle du néant avant de stagner au plafond. Telle une larve grisâtre je restai là, vautré dans ma solitude en inspirant le poison infâme et âpre. Je demeurai seul au milieu d’un empire que je m’étais bâti au fil des ans. Perdu dans mes pensées noyées sous le bourbon et enfumées par la nicotine ; je me prélassais. Les émanations de marlboro formèrent un corbeau gris volatile qui s’envola dans les pales du ventilateur sans rien dire. Dehors le vent entama un chant lugubre ; une complainte à l’hiver qui disparaissait sous les hordes de fleurs naissantes.
J’aspirai au point qu’elle se consume jusqu’au filtre, puis, je l’écrasai au sommet d’un imposant monticule de mégots qui s’écroula sans un bruit créant un nuage de cendres.
Un souffle imbibé de mélancolie et de refus s’échappa de ma poitrine qui se soulevait dans le vide. Je me levai et me dirigeai vers la cuisine pour prendre mon petit déjeuner habituel. Mon pied heurta une des nombreuses bouteilles vides qui jonchaient ma caverne. Je jurai en manquant de m’étaler de tout mon long sur une pile de photos noircies. Je trainai la patte jusqu’à une pièce envahie par mon aura jaunâtre. J’ouvris un placard qui vomit une nuée opaque de mites. Je reculai comme à mon habitude et plongeai ma main droite dans les entrailles du spleen pour en sortir l’espoir. Son contact était tiède et inanimé. Il était bombé et tout de verre vêtu. Je m’assis et en arrachai la tête de mes dents avant d’en remplir un mug poussiéreux. L’espoir émit un bruit liquide, celui d’une cascade ambrée déversant ses larmes chargées de sentiments amers dans un puits de triste céramique. La bouteille était à moitié vide et pleura sa dernière goutte de rhum. Je la fis rouler par terre avant d’en avaler une rasade. Il y eut une légère sensation insipide qui perla dans ma gorge, réchauffant mon être le temps d’un battement d’aile. Je me caressai la nuque en jouant avec une chaîne en or au bout de laquelle, pendait une main de corail pourpre. Je la regardai osciller de droite à gauche sans rien dire, sans rien penser. Je soupirai, las et ahuri. Je finis mon verre d’un geste sec et indépendant de ma volonté avant de musarder vers la salle de bain.
La porte grinça pour me laisser voir un triste spectacle. Ce que je vis me glaça le sang ; des cheveux bruns en batailles et gras cachant un front plissé. En dessous de ce relief de honte se trouvaient des yeux marron et humides animés par la tristesse. Ils témoignaient d’une profonde et inexpugnable incompréhension de lui-même et de ce qui l’entourait. Ce regard à faire trembler la plus solide forteresse était accentué par des cernes formant des rigoles à chagrin. Ses joues tailladées par l’oisiveté étaient recouvertes par une barbe noire malle taillée.
L’homme soupira. Il baissa les yeux et rencontra les pupilles larmoyantes de l’être d’encre qui ornait son cœur. C’était un hibou au plumage gris. Le rapace penchait la tête sur sa gauche. IL plongea son regard dans celui du temple qu’il protégeait. Il ne savait pas qui il était. Il s’était oublié et jouait à un jeu qui l’avait éloigné loin de chez lui et de la réalité. L’homme se perdit au milieu de l’immensité de deux billes d’ivoires qui se dressaient face à lui en le contemplant. C’était comme un océan en fusion. Une eau argentée, livide et bouillonnante qui hurlait un désir que l’étranger s’était jadis empressé d’oublier. L’homme tenta d’y nager, ne sachant dans quelle direction se débattre. Un tentacule de mazout s’enroula autour de son mollet, l’engloba, s’y fixa et le tira dans les profondeurs glaciales de Poséidon. L’oiseau fit claquer son bec. Il choua, ses pupilles se dilatèrent, ses ailes se déployèrent et l’oiseau de proie décolla sur ma poitrine. Il survola mon épiderme et fondit à ma rescousse. Ses serres lacérèrent l’ombre du mal-être. Il y eut alors comme un clan de lumière tandis que j’étais transporté par-delà l’amertume. Ma tête penchait au-dessus d’une tempête de rage qui m’effleurait du bout des doigts de ses gigantesques vagues de fiel. Le totem de plume me transporta au plus haut du plus profond des plus profonds puits. Il m’extirpa de la plus longue et interminable galerie de la plus sinistre caverne. Je pouvais toucher les astres tandis que nos deux silhouettes n’en formaient qu’une seule. Nous survolions ce qui avait été, nous observions le présent et au loin, à travers la crasse qui couvrait le miroir j’entrevis une lueur, une éclipse qui défila dans l’horizon de mes yeux. Un sourire ; un baiser volé. J’écrasai mon paquet de clope en serrant le poing et me jetai sous la douche. L’eau glacée me transperça. C’était comme un coup de poignard. Une épaisse couche de saleté noirâtre et gesticulante ruissela le long de mon corps. Elle fut aspirée par les abîmes et effacée de mon être.
J’enfilai un jeans noir qui trainait dans une armoire, boutonnais une chemise blanche et resserrais ma ceinture avant de me vaporiser du parfum dans le cou. Qui était cet inconnu en face de moi ? Oserais-je tout parier sur lui ? Nous le verrons bien. J’enfonçai la porte et me jetai corps et âme dans ce désert de pollutions et d’insultes.
« Monde de merde me voilà ! »


              



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