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u 21 di Ghjugnu 2016 - scrittu dà - lettu 338 volte

Le Patriote

Lorsqu'on a faim, on est prêt à tout. Même servir sa patrie.


Si l’on m’avait dit que servir ma patrie m’aurait conduit à mourir la face dans la boue, la moitié du crâne enfoncée, dans le froid au milieu de mes assassins, je n’y aurais jamais cru. Pourtant, il faut bien l’admettre, c’est bien dans la situation délicate dans laquelle je me trouve. Les bottes de mon meurtrier approchent. Je les vois. Il va m’égorger tel un porc, là, je n’aurai même pas joui de l’honneur de mourir sous les balles ennemies. Je n’ai fait que mon devoir pourtant, rien de plus. Le peuple est ingrat et imbécile. Il faut le dire, je ne suis pas semblable à ces socialistes de la SFIO qui hurlaient à la paix ! La plèbe n’entend décidément rien à la politique. Les pacifistes, ont toujours été à mes yeux des couards n’ayant que peu d’intérêt dans celui de notre belle Nation. Vive la France que Diable ! Nous avons de la culture, nous sommes civilisés. Nous sommes supérieurs à tous ces autres peuples sous-développés qui nous entourent. Les colonies sont nos joyaux que nous défendrons corps et âme. On leur a bien apporté la civilisation non ? Sans nous ces "niakoués", ces "crépus", ces "nègres" ne seraient qu’un ramassis de moins que rien. Alors oui, quand j’ai entendu l’appel de la Nation, que la France était menacée je n’ai pas hésité un seul instant. Je ne me suis pas posé la moindre question. Nous allons leur donner une bonne leçon aux "Boches", pour usiter un terme en vogue en ce moment, ces étrons qui ont pris l’Alsace et la Lorraine. Ils vont payer ces Fritz ! J’ai toujours pensé que notre tour viendrait. Ainsi, quand il a fallu mettre l’uniforme et monter dans ce train, j’étais le premier. Le premier en tout, à signer, à mettre mon bardas sur le dos, à charger mon fusil. Je n’étais pas comme ces trouillards de bas-étages, ces couards. Il y en avait même qui pleuraient ! Je leur aurais bien donné une leçon s’il m’en avait été donné l’occasion. Je connais ces énergumènes de socialistes. Le seul langage qu’ils comprennent c’est celui de la force. D’autres embrassaient leurs enfants, leurs ménagères en tablier avec leurs cheveux gras, c’est fou ce que le peuple peut être nauséabond ! Les miséreux ça sent fort, tout, l’alcool, le tabac froid, l’oignon… Même leurs progénitures sont sales, maigres et peu éduquées. Quand je pense qu’on défend ces parasites aussi ! Au moins cette guerre aura le mérite de débarrasser la France de ces vauriens.
De plus, il ne me déplaisait pas de changer de vie. Mon travail d’expert-comptable au ministère de l’intérieur ne me réjouissait plus. J’avais, grâce à ma grande rigueur, pu rétablir les comptes de dépenses internes. Mais je commençais à ressentir le besoin d’aller au-delà. Je voulais servir, donner de ma personne à mon pays tant aimé. Ma formation universitaire m’ayant donné le goût du travail bien fait, de l’organisation et du respect de la hiérarchie je m’évertue toujours à accomplir mes taches dans le respect l’ordre moral et établi. Bien sûr catholique, je n’ai pas digéré la loi de 1905. Une telle insulte à l’Eglise ne peut pas être tolérée… Cependant, je dois avouer que me plier aux règles de l’Etat et à ses lois me semble la base d’un vrai Patriote. C’est ainsi que je me définis à qui veut bien m’écouter. Pour moi, l’engagement militaire en ces moments importants et dangereux pour la Patrie me semblaient le seul salut. Cependant j’ai un regret. Voilà maintenant deux ans que je suis parti, deux ans, et je n’ai pas tiré une seule balle, je n’ai pas pourfendu de ma baïonnette un seul "Fritz"… Je dois admettre que je n’ai pas eu de chance. Arrivé au front je suis tombé sur Marcel Henry Edmond de la Roche. On avait fait l’université ensemble. Un brave homme ce Marcel. Il était Colonel. Il m’avait de suite envoyé dans les bureaux de l’intendance précisant que servir l’armée française revêtait parfois des sacrifices. Il fallait savoir oublier ses rêves d’héroïsme pour permettre au plus grand nombre d’accomplir son devoir. Depuis, je n’ai même pas vu un seul cadavre en deux ans. Pas une goutte de sang, même pas entendu un seul obus exploser près de moi… Je mange bien et j’ai chaud. Je réalise depuis son geste fraternel. Je ne suis pas du peuple après tout. On ne me mélange pas. Les balles, la boue, les rats, les poux, la puanteur, les refroidis, les barbelés, les cris dans la nuit, les bombes qui tombent ce n’est pas pour moi. Il faut être habitué à la misère pour le supporter… Je vous arrête, moi aussi je fais la guerre. Moi aussi je porte l’uniforme. A ma manière, j’obéis aux ordres. Et puis je sers les troupes. A l’intendance on distribue le vin, les repas, la "gnôle", le tabac. Sans nous ils n’auraient aucun ravitaillement, aucune nourriture. Fort de mon expérience professionnelle dans le civil, on m’a nommé à la comptabilité et au stock. J’ai une position importante puisque je décide de qui reçoit quoi et en quelle quantité. J’ai du pouvoir, je m’en sers. Lorsqu’une compagnie recule trop ou n’est pas assez vaillante au combat je réduis les arrivages… On ne dépense pas l’argent de la République pour ceux qui ne le méritent pas. Le respect de la Patrie ça se gagne ! Parfois les sergents se plaignent, et pour les rappeler à la réalité de la guerre, on les renvoie en première ligne au plus vite. C’est fou l’effet que peut avoir un casque à pointe sur le moral des troupes. Quand on est occupé à sauver sa vie on pense moins à vociférer son mécontentement pour des broutilles… Par contre les ordres sont clairs, on ne limite pas l’alcool, sinon les combattants réalisent ce qui leur arrive et ils ne chargent plus… Et puis il paraît que ça endort la douleur l’alcool. On sent moins les balles d’après les médecins de la troupe… Enfin, à vrai dire je ne suis pas très au fait de cet état des choses.
Je n’ai jamais connu le bonheur de charger, de donner son sang pour le pays… Que peuvent ressentir les pauvres, les ouvriers, les gens du peuple lorsque, obéissant à leur chef, ils passent le parapet s’élançant vers la tranchée ennemie ? Quelle gloire que la leur, quelle fierté !
 
Aujourd’hui, les camarades sont à Verdun. Il paraît qu’au fort de Vaux, ils n’ont plus rien à boire, on dit même qu’ils boivent leur propre urine. Ceci-dit s’ils s’étaient mieux battus on n’en serait pas là… Où me demandez-vous ? Par là je veux dire "JE". Je devais me rendre compte de la situation en deuxième ligne, voir ce dont avaient besoin tous ces bons à rien. La France est entre leurs mains et ils ne pensent qu’à manger, à leur petit confort, à se chauffer et se planquer dans des trous d’obus. Pourquoi le peuple ne peut-il pas mourir dignement ? Avec honneur les armes à la main… Et en plus il fait froid, c’est trempé. J’ai marché deux heures dans la boue. J’ai piétiné des restes de corps humain, mes pieds s’enfonçant dans la fange. Parfois, je croisais un lâche terré jusqu’au coup, prétendant ne pas pouvoir sortir de son trou. Au loin on entendait les tirs, les râles, les obus… Pour la première fois, j’avais été gâté. Ils avaient sorti le grand jeu les "fritz". J’étais au spectacle. Cependant, le Colonel avait été clair "Ne t’approche pas trop près des lignes mon ami… J’ai besoin de toi… Reste à l’arrière quoi qu’il arrive…" "Ne t’inquiète pas Marcel, je ne vais pas jouer au con… Je ne suis pas comme eux moi…" Avais-je répondu.
 
Je suis enfin arrivé à nos lignes arrière, là où les soldats attendent leur ordre de remonter au front. Il y régnait un chaos indescriptible. Des uniformes tâchés de boue et de sang épars sur le sol, des rats partout. Les hommes que j’ai croisé avaient l’air hagard, ils sont mal nourris, je le sais c’est moi qui fait les distributions. Leur visage émacié trahissait leur peur, leur douleur et la faim qu’ils ressentent depuis le début des opérations. Ont-ils déjà utilisé tout le stock de la semaine dernière ? Pourquoi ne peuvent-ils pas se contenir ? Il n’y a aucun réchaud allumé. La nourriture est servie froide. Je suis passé devant des chevaux éventrés. A trois cent francs pièce, cela fait une petite fortune. Tout ce trésor public dilapidé… Quelle honte ! Ils font quoi les cuisiniers ? Je me suis approché de l’un d’eux. Je lui ai demandé où je pouvais trouver le gradé, quel qu’il soit, en charge, sans manquer d’ajouter "s’il est encore vivant bien sûr…" Il m’a indiqué une tente un peu à l’écart… Je m’y suis rendu. Son ordonnance m’a fait rentrer. Là, je trouvai un Sergent-Chef, déguenillé, les bretelles ballantes, ce qui, pour moi, est une atteinte impardonnable à la tenue réglementaire. Je l’ai salué réglementairement. Je me suis présenté.
 - Lieutenant Maillefer, Service d’Intendance.
 - Ah vous tombez bien… On n’a pas de quoi faire la soupe à nos gars… La cantine s’est faite toucher par un obus de 75 hier soir… Une vraie boucherie… Il reste rien... On a retrouvé deux godillots, mais rien d’autre… Boum… et puis Pffwweeet plus rien… Comme d’habitude quoi.
 - Et… ?
Il me regarde pantois… Il ne s’attendait pas à ça je suis sûr… Peut-être voulait-il de la compassion ?
 - Comment ça "et" ?
 - Qu’y puis-je ?
 - Ben, je ne sais pas… Nous envoyer une deuxième cantine…
 - Ou làlàlàlà... Pas si vite Chef… Faut vérifier les stocks avant… Attendez j’ai justement sur moi une liste non exhaustive des arrivages et des sorties.
 
J’ai sorti mon morceau de papier bien officiel, tamponné, signé et visé par le Colonel.
 
 - Donc : "Viande : trois-cent-cinquante kilos de bœuf, deux-cent-quarante kilos de porc salé, œufs : zéro ; pain noir : deux-mille-quatre-cent morceaux ; alcool : quarante-cinq tonneaux de cinquante litres ; tabac : trois cent paquets ; pansements : quatre-cent-cinquante paquets ; bandages : idem… Compte tenu que nous avons trente-six compagnies sous notre responsabilité et que chaque compagnie compte cent-quarante hommes, ça fait… attendez je calcule… environ dix-sept kilos de viande de bœuf et porc compris… Pas assez pour tout le monde, pas assez de pain… L’alcool… Voyons voir… soixante-deux litres et demi par compagnie, tabac… Insuffisant, pansements… n’en parlons pas… Maintenant rapporté au nombre d’homme supposés, ça fait… cent-vingt grammes de viande et environ cinquante centilitres d’alcool par poilu… Alors vous comprendrez que la perte de votre cantine ne peut être remplacée pour le moment. Il nous reste du café… On a piqué un stock aux "schleus"… On peut en partager un peu si vous voulez…
 - Et mes hommes vont bouffer quoi ? Ça fait quatre jours qu’ils se battent comme des chiens… Vous avez vu le bordel ? Y a des morts partout, on ne reconnait même plus le terrain, les morts se mêlent aux vivants…
 - Vous êtes responsables des stocks qu’on vous envoie… Fallait faire attention à votre cantine…
 - Pardon ?
 - Fallait pas l’envoyer chercher pendant un tir de barrage. On n’a plus rien… Y a les autres aussi… Je vais dire quoi aux trente-cinq autres compagnies moi ?
 - Et le matériel médical ?
 - J’ai parcouru le campement, je n’y ai vu aucun blessé… Vous en feriez quoi ?
 - L’hôpital est à environ trois kilomètres d’ici… La demande vient du médecin-chef.
 - Il vous a signé un bon ? En bonne et due forme ?
 - Non… Pas eu le temps, et les stylos sur le front ça court pas les rues…
 - Pas de bon, pas de livraison…
 - On ne peut pas faire une exception ? Mes gars remontent dans deux jours… Plus des deux tiers ne reviendront pas… Putain, soyez compréhensif…
 - Pas d’exception ! C’est la règle… J’ai des comptes à rendre moi aussi !
 - Vous êtes un bel enculé vous… Mon Lieutenant…
 - Peut-être mais moi je respecte le règlement… Chef… Maintenant que les choses sont plus claires je vais aller faire mon rapport… Je n’oublierai pas de stipuler votre petit mot gentil…
 - Vous le paierez un jour…
 - Des menaces maintenant ? Une petite cour martiale peut-être ? Une bonne petite rétrogradation, histoire de tâter du "fritz" en direct… A l’instar d’un vulgaire troufion… Vous en pensez quoi ?
 - Que je réitère mes propos…
 
Sur ce il m’a salué. Bien obligé de lui rendre. Le règlement, si on l’oublie, plus rien ne tient debout. Et puis quoi, la France ne le permet pas. Je sais ce que vous pensez à cet instant… Mais que Diable ! Il n’avait pas de bon signé. Je lui ai répondu que je ne pouvais rien faire pour lui. Il m’a insulté ! Pour qui se prend-il ? C’est la règle bon-sang ! Pas de bon, pas de matériel ! Toutes ses excuses qu’ils étaient au combat, que les stylos étaient leur dernier souci, que la paperasse maculée de sang ça fait mauvais genre etc… Peu me chaut ses excuses. Je ne vais pas dilapider le trésor de la République pour des bons à rien. Il n’aura rien, ni son café ni son alcool… Pour le reste, il va devoir envoyer une estafette avec le bon, c’est tout c’est comme ça.
Je me suis retourné, je suis sorti de la tente et là, j’ai senti un coup violent sur la tête… Le sang a coulé sur ma tempe. Je suis tombé à la renverse, mes yeux se sont troublés. J’ai heurté le sol violemment. Un "nutcracker" anglais m’a rejoint à terre… J’ai entendu le bruit sourd du bois tombant dans la boue. Puis le Chef hurlant :
 - Eh ! Les gars, j’ai attrapé votre repas… Bouffez-le, vous n’aurez rien d’autre avant longtemps !
Je vois arriver un cuisinier tenant dans la main un couteau de boucher s’approcher de moi… Ses bottes sont à quelques pas.
 - Je m’en occupe Chef… Je sais comment faire…
Il sourit ce gueux en plus… Au moins j’aurais servi la France !
Vive la France !


              



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