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u 29 di Ghjenaghju 2013 - scrittu dà - lettu 141 volte

Le Capitaine


@bernardini federi
@bernardini federi
Angèle, ma sœur, et moi, Juliette, nous étions là assises à regarder la mer, en cette belle journée de la fin du mois d’août. Une brise s'était levée et soufflait vers la mer. Nous étions là sur le muret de l'hôtel où nous logions pour ces premières vacances ensembles. Un peu plus loin, sur la gauche, Alain, son petit-fils, écoutait de la musique sur son I-Pod. Alain, qui n'avait plus retrouvé le sourire depuis le drame et qui ne parlait presque plus.
A droite, Guillaume, le mari de ma sœur, mon beau-frère, un beau-frère à la Cabu comme chantait Renaud, imbécile et facho mais malheureusement pas cocu.
Guillaume comme à son habitude minutée, se préparait, comme toutes les fins d'après-midi à 16h55, à effectuer ses 2000 mètres de natation.
Je me surprenais à commenter tout bas ses gestes, me retenant pour ne pas éclater de rire.
- Échauffement des bras et des jambes,
- Élongations et étirements,
- Et hop une bonne rasade de boisson énergétique,
- On regarde sa montre, 17h00 pile,
- On pose la montre,
- On avance dans l'eau,
- On se mouille la nuque, le dos,
- Et puis....
- Arrête ! m'interrompit Angèle, il va t'entendre.
- Mais non, il est bien trop absorbé par ce qu'il fait. Comme il ne t'a jamais entendu ces quarante dernières années !
- Angèle soupira et se tut. Elle était résignée et ne savait pas ou plus discuter son point de vue.
Nous regardâmes donc le beauf entamer son périple, il nageait jusqu'au gazier qui mouillait en face et revenait. Le parcours durait 30 minutes, pas une de plus, une vraie horloge le bonhomme.
Toute sa vie était minutée, réglée comme du papier à musique. Le vent soufflait avec un peu plus d'intensité.
Guillaume était militaire au commissariat de l'armée de terre, à la retraite depuis 2009 quand le service avait fermé. Il s'occupait en gros de gérer le matériel et les vivres pour la région Est de la France. Une sorte d'épicier de l'armée. Faute de participation à des conflits ou des batailles, il avait acquis son grade de capitaine à force de ranger, estampiller, inventorier toutes ces boîtes de conserves.
Ma sœur l'avait rencontré en juillet 72, au village. Alors jeune militaire de 24 ans il était venu passé quelques jours de vacances chez un ami. Angèle avait tout juste 20 ans. Nous étions orphelines et vivions chez notre oncle. Un homme sévère et rude. Moi je venais de finir mes études d'infirmière et mon diplôme en poche je comptais bien partir loin d'ici. C'est sans doute la peur de se retrouver seule dans le village avec l'oncle, qui l'a poussée à accepter la demande en mariage de Guillaume.
En décembre 72 ils marièrent et s'installèrent à Marseille. Ils eurent une fille, Maria, en 74 et un petit fils, Alain, en 2000. Toute la vie familiale avait été régie par le capitaine comme il aimait se définir, le capitaine du navire. Le capitaine qui savait, définissait les règles, les imposait et punissait au besoin.
Je savais que ma sœur n'avait jamais été heureuse. Lorsqu'on se téléphonait durant toutes ces années, elle finissait par pleurer. Cent fois je lui avais dit de partir, de le laisser, mais elle n'en avait pas eu la force. Condamnée à rester au foyer, de suivre Guillaume au gré des mutations et avancements, elle n'avait jamais travaillé et s'était retrouvée faisant partie des meubles.
On le voyait s'éloigner doucement, vers le navire. Le capitaine, rejoignait son navire, peut être pour la dernière fois. Cette idée me fit sourire.
- Écoute Angèle, après ce qu'il s'est passé, tu.. vous ne pouvez plus vivre avec lui. Surtout Alain, il a droit à autre chose, à une autre vie que l'a eue sa mère. Il le faut le pour lui et vite.
- Angèle, me regarda, perdue, les yeux rougis. Je ne sais pas comment faire, tu sais...
- Je le sais, Angèle, je m'occuperais de tout, pour toi, pour vous et pour la mémoire de Maria.
Ma nièce, avait eu une enfance bridée, interdiction de sortir, de voir des amis, sa vie d'adolescente avait été un no man's land affectif. Après ses études, Maria était partie et s'était mariée très vite à Jacques, de 15 ans son aîné. Et avait eu Alain. Son père n'avait jamais accepté le départ et le mariage de sa fille. Il lui en voulait d'avoir outrepassé son avis.
Sa rigidité et son manque de sentiments avaient fait qu'il n'avait pas su soutenir Maria, quand en 2011 elle avait laissé Jacques et était revenue s'installer chez ses eux. Il n'avait pas vu la détresse de sa fille et l'a enfoncée, lui reprochant sa faiblesse, son manque de courage, le fait d'avoir laissé son mari. Qu'une femme bien éduquée ne divorçait pas, même si le mari avait une liaison avec une autre.
Maria, fragilisée, par la trahison et la séparation, par le fait de retourner vivre auprès du capitaine, n'avait pas résisté bien longtemps. Elle avait, il y a 4 mois maintenant, avalé des barbituriques et s'en été allée. Guillaume était dans le déni, il voulait juste reprendre sa vie d'avant.
- Que veux-tu dire Juliette ? M'interrogea-t-elle, après un long silence.
- Rien, juste qu'à un moment un cancer ça s'enlève ou ça nous tue. Je suis bien placée pour le savoir.
- Oui, mais tu me connais et je n'en suis pas capable. Même pas pour Alain.
- Même pas ? Tu sais la vie qu'il lui réserve. Tout ce qui est arrivé est venu dérégler sa vie. Il ne veut qu'une chose retrouver l'équilibre d'avant. Et donc il enverra Alain dans une école militaire.
- Peut être pas, il va certainement avoir pitié....
- La pitié ne fait pas partie de son monde, il a laissé partir Maria, sa propre fille. C'est un monstre d’égoïsme.
- Alain n'a que 12 ans. Réfléchis il ne va pas le garder jusqu'à sa majorité.
Les parasols et les serviettes des touristes sur la plage s'envolaient sous les rafales du vent. Le sable se soulevait en volutes irritantes, la surface de la mer frémissait.
- On devrait déjà le voir revenir ? Non ? Juliette ?
- Sans doute ça fait 25 minutes, on devrait le voir. Peut être qu'à cause du vent le retour est plus difficile ?
- On scruta toutes les deux l'horizon, tentant d'apercevoir le nageur. Mais rien ne se montrait, et déjà la houle s'amplifiait.
- C'est vraiment inquiétant, il aurait dû être là. Il faut alerter les secours, crois-tu ?
- Écoute on va attendre encore quelques minutes, répondis-je esquissant un sourire de réconfort.
- D'accord, 5 minutes et on appelle.
Au bout de 5 minutes et toujours pas de capitaine à l'horizon. Angèle retourna à la réception de l'hôtel afin d'alerter les secours. En quelques minutes le personnel, quelques touristes et nous même nous retrouvions à arpenter la plage en observant la mer. Mais la houle devenue plus forte réduisait toute visibilité.
Les gendarmes arrivèrent très vite, ils nous posèrent quelques questions sur le trajet emprunté par le nageur, son âge et son état de santé. Guillaume était un homme sec, noueux, pas d'alcool, pas de cigarettes. Un sportif qui s'entretenait. Aucune raison connue d'avoir fait un malaise.
L'hélicoptère et deux zodiacs arrivés peu après commencèrent leur rondes à partir du gazier. Jusqu'à la tombée de la nuit. Mais on ne trouva aucune trace. Un vieil employé de l'hôtel nous répéta qu'avec le vent les courants étaient importants et emportaient tout vers le large.
Ma sœur ne réalisait plus vraiment. Alain voyant l'agitation s'était levé et nous avait rejoint. Quand je lui dit que son grand-père n'était pas revenu de sa traversée quotidienne, il a sourit, juste un bref instant. J'ai su alors que j'avais eu raison.
Oui, j'avais eu raison. Aujourd'hui à la retraite, j'avais effectué mes dernières années comme infirmière chef dans le service de soins palliatifs de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu. Il ne m'avait pas été difficile de me procurer un petit cocktail et le mettre dans la boisson énergétique de mon cher beau-frère.
Les médicaments feraient effet au bout de 15 minutes, juste quand le capitaine rejoindrait son navire. Le vent et le courant s'occuperaient du reste.
Je restais encore un moment au bord de la plage, un peu inquiète de le voir resurgir de l'écume. Je ramassais alors les affaires du capitaine, restées sur la plage, sa serviette, sa montre et sa bouteille de boisson énergétique. Puis je pris ma sœur par les épaules et nous rentrâmes avec Alain vers l'hôtel.
Trois mois plus tard un pêcheur remonta le corps dans ses filets. En si mauvais état, que le médecin légiste put à peine constater la mort par noyade. Il ne fut pas pratiqué d'examen toxicologique. On enterra Guillaume. Les semaines passèrent et ma sœur retrouva enfin une joie de vivre. Elle s'occupait de son petit-fils. Ils partirent même en voyage aux États-Unis.
Ils m'envoyèrent même une carte avec juste cette petite phrase « merci de nous avoir ôté ce cancer ».


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...