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u 2ndu d'Aostu 2016 - scrittu dà - lettu 501 volte

L'esprit des lois


Job - Leon Bonnart.
Job - Leon Bonnart.
Ça fait très mal, quand même. J’aurais pas pensé que ce serait à ce point…
Parmi ceux qui écriront quelques mots sur moi, peut-être y en aura-t-il un pour constater que j’ai toujours été irréprochable. Oh, pas un saint, hein, j’ai eu ma part de petites arnaques vénielles : les antisèches et les mensonges pour pouvoir forniquer hors relation officielle avant mon mariage, les soirées bien arrosées, les bagarres, tout ça, j’ai pratiqué. D’aucuns pourraient ajouter que j’ai fumé pendant des années, et que j’aimais bien la chasse, avant. D’autres pourraient aussi me reprocher de ne pas avoir couru chez les flics leur faire part de mes soupçons sur des clandestins supposés, ceux en cagoule et ceux sans papier. Mais ce genre de reproche est tout juste bon à balancer à la rumenza…
 
Pour le reste, c’est-à-dire pour ce qui compte vraiment, je vous l’assure avec d’autant plus de sincérité et de bonne foi que je n’en ai plus rien à foutre, j’ai toujours traversé dans les clous : j’ai accompli mon devoir de citoyen, payé mes impôts quand je devais le faire, donné un an de ma vie à l’état pour me balader en treillis dans des casernes pourries à boire de la bière infâme en subissant des gradés idiots. Oui, j’ai scrupuleusement rempli toutes les cases, méticuleusement arpenté tous les détours du parcours administratif qui balise nos pas depuis la naissance. Jamais un retard de paiement, de cotisation d’assurance ; la taxe d’habitation, EDF et GDF en prélèvements mensualisés comme Canalsat et le téléphone, tout bien. Tout pour éviter les emmerdements. Si je vous disais que j’ai toujours payé la redevance télé. Peut-être que je suis honnête parce que je n’ai pas les moyens de faire autrement. Peut-être que j’ai vraiment cru ce que je disais en assurant que l’esprit des lois, c’était de nous assurer un refuge. Va savoir… et puis ce n’est pas le moment de se poser la question.
 
Même après l’accident, je n’ai jamais piqué de crise contre les lenteurs de la Sécu, contre les retards volontaires des assureurs. Même les visites et contre-visites où le gros enculé de médecin-contrôleur essayait de me convaincre qu’avec l’œil gauche en moins, la nuque bloquée à vie, des nerfs touchés, une jambe plus courte de sept centimètres et une perte de capacité auditive de l’ordre de 55%, j’étais sans doute un petit malin qui tentait de profiter du système, je les prenais avec philosophie : ça faisait partie du processus, il faut forcément que tout soit en règle. Et puis ça ne pesait rien face à la mort de Marie-Jo et de Saveria, l’aînée des filles.
 
J’ai commencé à tirer la langue financièrement : chauffeur-livreur plus handicap, c’est synonyme de chômage à vie.
C’est devenu très dur, mais j’ai continué à agir "comme il faut". J’ai vendu la maison, au village. Impossible de l’entretenir, ni de payer les taxes. Quant à faire un emprunt, autant espérer qu’il pleuve des langoustes. Alors, pour une fois qu’être fils unique m’apportait un avantage… Ma fille Livia, désormais unique elle aussi, avait bien compris que pour elle, plus tard, les études seraient payantes et épuisantes. Mais avec son petit air volontaire, son aptitude à jouer selon les règles et son cerveau en parfait état de marche, cela ne lui faisait pas vraiment peur. Va savoir ce qu’elle aurait pu devenir…
 
On avait été invité par Jean-Pascal, au village, pour un week-end d’octobre. Jean-Pascal, c’est comme un frère, même si on n’est que cousins, et pas germains, en plus. On a passé toute notre enfance et notre adolescence ensemble, ensuite j’ai choisi la voie balisée et lui le hors-piste. Il a fait dix-huit mois de placard il y a des années pour une histoire de conférence de presse clandestine, mais il m’a souvent laissé entendre qu’il aurait dû prendre plus. Je l’ai engueulé un nombre incalculable de fois, en lui faisant valoir que ce qui comptait c’était de développer l’économie, de mener des vies tranquilles et que les grands idéaux finissaient toujours par de petits compromis et de gros merdiers… Si j’avais été payé pour chaque occasion où je lui ai répété que la violence ne servait à rien, que c’était une stupidité sans nom, je serais riche à millions aujourd’hui. Mais bon, d’une part je l’aime vraiment, d’autre part il s’est vraiment rangé. Il est parmi les plus modérés des modérés, il condamne la violence et fait tourner sa petite entreprise d’électricité en bâtiment. Ça et les quelques ruches héritées de son père, il ne demande rien de plus.
 
On était donc chez lui, après des mois passés sans oser remonter au village, de peur de voir, ne serait-ce que d’un œil, ce qu’était devenue la maison. Jean-Pascal le savait, il était venu nous chercher le soir, et comme la maison est du côté gauche de la rue, je n’avais rien vu en arrivant. L’air encore doux sentait mon enfance, dans le silence apaisant enfin retrouvé. La famille au complet nous attendait, à commencer par Marie, la mère de mon cousin, une petite cousine de la défunte mienne. Encore plus ratatinée que la fois précédente, elle avait toujours le sourire franc et le regard pointu…
 
Après nous avoir embrassés, les garçons se sont rués sur la Playstation ou la Xbox, je ne sais plus, et on les entendait rire et se chambrer pendant que Jean-Pascal, Christine et moi on se laissait aller à un apéro relax. Livia et sa cousine Lesia étaient parties discuter de choses suprêmement importantes pour des filles de 13 et 15 ans. Une soirée infiniment bienfaisante, comme les deux journées qui ont suivi. Une espèce de renaissance sur un week-end. De quoi envisager le lundi matin et le retour dans notre trois-pièces ultra-bruyant du quartier Sainte-Lucie avec une certaine maussaderie. On n’y est pas retourné de suite.
 
A six heures du mat’, la porte d’entrée a volé en éclats. Même moi j’ai entendu le bruit du bois défoncé, le piétinement et le bruit qu’a fait le cadre photo avec le portrait du père de Jean-Pascal quand il s’est fracassé par terre avec le petit meuble de l’entrée. Jean-Pascal, en tshirt et caleçon, m’a rejoint au moment où je venais de m’extraire du canapé, synchro pour nous faire braquer par une dizaine de mecs cagoulés. Marie aussi y a eu droit, elle se levait toujours très tôt. Elle s’est retrouvée propulsée sur une chaise, mise en joue par un grand méchant et son petit PM. Sur la scène flottait l’arôme du café qu’elle venait tout juste de préparer.
 
Le premier des cagoulés gueulait "Police !". Je me suis confusément demandé comment ils avaient réussi à tous se caser là-dedans, tout en levant les bras comme ils l’exigeaient. Comme je demandais ce qui se passait, ils m’ont sauté dessus, menotté les mains dans le dos, poussé, frappé, balancé, jeté sur une chaise. Le tout ponctué de "Ta gueule ! Ferme-la !"
Vous dire que je ne comprenais rien à ce qui m’arrivait serait largement en-dessous de la réalité.
 
Pendant que le reste de la horde investissait la maison, Jean-Pascal s’est copieusement fait assaisonner parce qu’il avait osé demander en corse à sa mère comment elle allait. Elle n’allait pas fort, Marie, et la vue de son fils plus ou moins tuméfié se faisant insulter n’arrangeait sans doute pas les choses. On a entendu les cris de Christine, les piaulements effarés des deux gamines, les deux garçons ont appelé leurs parents…
 
De ma chaise, j’apercevais un bout du couloir. Deux flics braquaient leur fusil d’assaut par l’embrasure de la porte de la chambre de Lesia. Préoccupé par Livia, j’ai pris une baffe parce que je ne répondais pas à une question que je n’avais pas entendue. Ils voulaient savoir qui j’étais. Je leur ai dit. Ils m’ont filé une baffe de mieux, comme ça, pour le principe.
Un sbire est revenu, mes papiers à la main, les a tendus au chef, lequel s’est tourné vers mon cousin, et lui a annoncé qu’ils agissaient sur commission rogatoire du juge Lacaisse, de la 14° section, qu’une perquisition était en cours et que nous n’avions pas le droit de communiquer entre nous. Pour passer le temps, ils continuaient à envoyer des gnons à Jean-Pascal. Tout le monde se demandait ce qui se passait pour les autres.
 
Livia, la voix angoissée, m’a appelé en criant, j’ai pris un coup de crosse dans le bide et une gifle sèche sur l’oreille quand j’ai répondu "Un ti ne fà, o figliulella". La première fois de ma vie d’adulte que je désobéissais sciemment… En reprenant mon souffle, j’ai entendu tinter mon crâne, et une voix qui se voulait impressionnante aboyer qu’on ne parlait pas, et surtout pas en corse. La perquise a duré quatre heures. Interdiction totale et absolue de bouger. Pour Jean-Pascal et moi, c’était une interdiction superflue…
 
Personne ne pouvait vérifier ce que ces respectables gardiens de la loi fabriquaient dans la maison. J’avais l’impression que des régiments de termites portées au rouge me dévalaient dans les bras et dans ma jambe esquintée pour me bouffer la moëlle à petits coups de mandibules. Lesia a plusieurs fois demandé à voix très haute qu’on la laisse aller aux WC. Sans réponse. Le seul résultat a été de nous donner à tous une envie de pisser infernale. Marie s’est levée. Elle a tranquillement affirmé que s’ils avaient envie de l’empêcher d’aller aux toilettes, ils n’avaient qu’à lui tirer dessus, mais qu’il était hors de question qu’elle se laisse aller devant eux. Et tout aussi tranquillement elle a été où elle disait. Puis elle est revenue s’asseoir sur sa chaise, l’air fermé, les yeux étincelants de rage. Elle a commencé à fredonner O Ciucciarella, bouche close. Ça n’a pas spécialement détendu l’atmosphère.
 
Jean-Pascal a demandé aux envahisseurs de laisser au moins les gamins aller aux toilettes. Il a reçu une nouvelle rouste. Il est vrai qu’il n’avait pas spécialement l’air courtois et que sa question n’était pas formulée selon les règles de l’Académie… Sans doute les groupes d’intervention ont-ils à cœur de faire respecter la politesse et la syntaxe françaises aussi fermement que les lois.
 
Au bout des quatre heures, d’autres flics, en civil ceux-là, sont arrivés. Marie a fait un malaise à ce moment-là. Il a fallu appeler le Samu.
Pendant les 48 heures qu’a duré notre garde à vue, on avait en tête l’image de la civière et de sa petite silhouette perfusée. Moi j’avais aussi une autre image, un souvenir du moment où Anghjulina, la sœur de Jean-Pascal, est venue récupérer les enfants. Le visage ravagé de Livia quand elle a traversé la salle à manger et m’a découvert entravé sur la chaise, cerné par trois courageux braqueurs de vieilles et de gamins, la gueule bien enflée à cause des baffes avec les gants. Même si j’ai tenté de sourire, ça ne devait pas paraître trop crédible.
 
Au commissariat j’ai demandé pourquoi j’avais été arrêté et j’ai menacé de porter plainte pour voies de fait… pour m’entendre répondre qu’il ne faut jamais opposer de résistance à une interpellation, et que j’avais bien de la chance de ne pas être poursuivi, les traces dans la maison prouvaient bien qu’il y avait eu lutte. J’en suis resté abasourdi, sans voix. Ils m’ont posé des questions, sur le ton de la conversation, comme si ça n’avait aucune importance. Des questions sur mon engagement politique, sur un attentat commis deux ans avant. A moi. Les cons. Les sombres cons. Je leur ai expliqué que j’étais politiquement agnostique, que mes performances physiques ne me désignaient pas comme un machjaghjolu d’élite, et qu’il ne fallait pas confondre FLNC et Cotorep. Ils ont vérifié.
 
Puis ils m’ont encore posé des questions, sur Jean-Pascal, sur ses activités clandestines et sur l’aide que j’aurais pu lui apporter. Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça ? Je leur ai expliqué avec ménagement, histoire qu’ils ne croient pas que je les prenais pour les crétins qu’ils étaient, que si les activités sont clandestines, c’est justement pour qu’on n’en sache rien, mais que Jean-Pascal était vraiment tranquille depuis des années. Ils ont plus ou moins ironisé sur la loi du silence, sur le fait que les bons citoyens devaient aider la police. Ils n’ont pas eu l’air d’apprécier que je leur réponde que le contraire était sans doute encore plus vrai, et que bastonner d’honnêtes citoyens n’était sans doute pas le rôle de la police, ou alors j’avais mal compris à l’école.
Ils ont même tenté de prélever mon ADN. J’ai désobéi, encore, je les ai envoyés aux bains turcs. Prendre mon ADN sans raison, c’est illégal, je le sais, et si on commence à laisser la police faire dans l’illégalité, on n’est pas dans la merde. Ça leur a foutu les nerfs. Je le voyais bien que c’était la vraie raison de tout ce chantier.
Ils ont fini par nous lâcher, sans que rien n’ait pu être retenu contre nous, selon la formule consacrée. Tous les trois, Jean-Pascal, Christine et moi, sonnés, désorientés, épuisés, sales et puants, on s’est retrouvé sur le trottoir du commissariat, face au mur de la préfecture. On s’est regardé, osant à peine sourire, et on a appelé pour prendre des nouvelles. Anghjulina nous a rassurés, les gamins allaient bien, même s’ils avaient l’air très secoué. Elle a conseillé à son frère de "monter voir maman". Un ami nous a raccompagnés chez moi.
 
Une fois décrassés, on a pris ma Ford pourrie et on est monté à l’hosto, pour apprendre que Marie avait été transférée en réa l’heure d’avant. AVC. Pronostic réservé, et de toutes manières fort peu de chances de la voir un jour vivre normalement à nouveau. Jean-Pascal a vieilli de 20 ans en trente secondes, sous mes yeux. Christine l’a pris dans ses bras.
On est remonté au village. Le silence pesant qui régnait dans la voiture, on l’a retrouvé chez Jean-Pascal. Les enfants avaient tous l’air d’avoir reçu un coup sur la tête. Après les embrassades, ils nous ont expliqué que pas un instant les flics n’avaient cessé de diriger leurs armes sur eux. Les deux garçons restaient la tête basse, Lesia pleurait tout le temps, Livia avait le regard vide, lointain. Je ne veux même pas savoir à quoi je ressemblais, moi. Voir des innocents traités de cette manière, me retrouver dans la peau d’un gibier de potence, penser à Marie qui n’avait pas supporté le choc. Et tout ça pour rien.
 
Le lendemain, j’ai écrit une lettre au préfet. Tout était détaillé, circonstancié, y compris le fait que pas un mot d’excuse n’avait été prononcé par un membre de la police. La lettre finissait par une question : "peut-on tolérer que des innocents soient considérés a priori comme des malfaiteurs et maltraités sans raison ?" J’attends encore la réponse.
 
Il y a eu d’autres arrestations, d’autres perquisitions, d’autres gardes à vue inutiles. Du fichage ADN à tire-larigot. Livia n’allait pas mieux. Elle était comme éteinte, et loin, très loin dessous, en proie à une fureur dévorante. La vue des flics, même ceux de la municipale, la mettait en transes. Or ce n’est pas ce qui manque chez nous, la flicaille. Marie végétait sous assistance respiratoire, le peu de cheveux qui restait à Jean-Pascal a viré au blanc.
 
Peu après, on a eu droit au conseil des ministres décentralisé. Vous avez tous vu à quoi ressemblait Ajaccio ce jour-là. Des uniformes partout, interdiction de se rassembler, des barrières, des robocops et des colonnes de véhicules de police dans tout le centre, la ville vidée, en état de siège sous la pluie. J’ai gardé Livia à la maison et débranché la télé. Le titre du quotidien unique suffisait à mon bonheur. Il paraît que le plus haut personnage de l’état "conservait toute sa confiance aux Corses". On ne connaissait pas notre chance. S’il avait douté de nous, on aurait eu droit aux chars, sans doute.
 
Les arrestations ont continué, avec saisie des brosses à dents pour leur foutu ADN. Livia allait de plus en plus mal. Elle a ressorti son lapin doudou de quand elle était bébé, pour la première fois depuis les mois qui avaient suivi l’accident. Le bouclage du quartier pour le procès d’Yvan Colonna l’a achevée. Obligation d’aller se garer à dache, interdiction de sortir de chez nous et de regarder par les fenêtres. Bouclés à la maison, pareil que dans les mauvais films de guerre avec couvre-feu et patrouilles dans les rues.
La rue résonnait des crachotements de talkie-walkie. Livia a commencé sa crise en regardant la lumière des gyrophares danser au plafond. J’ai tenté de la calmer, elle pleurait sans bruit, sans arrêt, tétanisée, les yeux écarquillés, comme ces victimes de bombardements qu’on montre parfois dans un sujet télé. Je l’ai tenue toute la nuit. Au matin, elle n’avait pas arrêté un instant de pleurer, j’avais passé deux boîtes de kleenex pour essuyer ses yeux et la moucher. Le toubib est venu, a marmonné deux ou trois mots sur un excès de stress et l’angoisse adolescente, sur la nécessité de voir un psychologue, il a prescrit un antidépresseur et un calmant et il s’est barré vers d’autres ordonnances. Livia a semblé reprendre un peu pied.
 
Elle s’est suicidée la semaine d’après. Overdose de calmants pendant que je faisais les courses. Je suis sorti des embouteillages pour la trouver étendue dans sa chambre. A côté d’elle, sur le lit, il y avait un mot : "Pardon Papa", posé sur son lapin. Elle tenait la photo où nous sommes tous les quatre pliés de rire devant une montagne d’oursins.
 
Je ne me rappelle plus grand-chose des trois semaines qui ont suivi cet instant. A peine un souvenir amer qui surnage au milieu des larmes et des litres de vodka : les copains de classe de Livia avaient eu droit à une cellule d’aide psy à cause de son suicide. Ça aurait été plus utile de l’aider elle avant qu’elle s’envoie dehors, ou que les beaux esprits pensent à Lesia et ses frères, qui n’étaient pas non plus prévus au programme.
 
Ce n’est qu’après les fêtes que j’ai commencé à émerger de cet océan d’alcool. Pour le regretter immédiatement. La solitude. Le chagrin. L’incompréhension. Les nouvelles ne m’aidaient pas non plus : le préfet avait osé affirmer que tout ce qui se disait sur les conditions d’intervention et d’interpellation n’était que rumeurs. Pour la première fois de ma vie j’ai haï. Pas lui en particulier, cette enflure ne faisait qu’appliquer des consignes en crachant à la gueule de ceux qu’il traitait de menteurs. Mais d’un seul coup, j’avais acquis la certitude de m’être fait baiser depuis ma naissance : rester tranquille et respecter les lois, ça ne sert à rien. Condamner la violence n’est absolument pas la garantie de ne pas avoir à la subir, de la part de ceux-là même qui sont censés la combattre.
 
Liberté égalité fraternité, c’est de la fumisterie, une vaste enculade à destination des caves comme moi, qui y croient tellement qu’ils paient volontiers la vaseline.
Liberté, égalité, stumaghé, plutôt, comme sur ce petit panneau aperçu il y a si longtemps, si loin, et qui m’avait bien fait rire à l’époque.
C’est là que j’ai décidé que quelqu’un d’autre allait aussi devoir payer.
Pour commencer, j’ai envoyé mon histoire à une dizaine de journaux, sans espoir de publication, évidemment : à partir du moment où on s’est fait serrer pour une histoire de "terrorisme", finie la crédibilité pour les medias, on est forcément "partisan". Si en plus on n’a rien de croustillant à raconter sur les attentats, le racket ou le racisme "des" Corses, c’est poubelle assurée.
 
J’ai cassé mon assurance-vie et j’ai donné le blé à Jean-Pascal. Il n’en voulait pas, jusqu’à ce que je lui dise que la somme aurait dû servir aux études de Livia, que je m’en sortais tout seul avec la pension et que je tenais à ce qu’il l’ait pour Marie, Lesia, Antone et Cameddu. Puis j’ai attendu la venue du prochain ministre de service. Ça n’a pas traîné, on en a eu un très vite. Le Premier, en plus, venu se recueillir sur les cendres d’un bureau cramé par des manifestants. Liberté égalité Ligne Roset.
 
Je me suis mis en poste un peu avant la préfecture. Je sais qu’ils passent toujours à fond : la trouille d’un ministre, c’est sacré, et les lois c’est pour nous, les minables.
Quand les sirènes ont annoncé l’arrivée des huiles, je me suis préparé. Et puis j’ai avancé en boitant. Le mini-cortège arrivait vers ma mauvaise oreille et mon œil mort. Je savais que les motards allaient m’éviter, mais pas les voitures, tout au plus pourraient-elles freiner au milieu de la circulation interrompue. La première a pilé dans un bruit d’enfer et réussi à grimper sur le trottoir en renversant deux scooters garés devant un bateau. La deuxième m’a fauché, assez ralentie pour ne pas me tuer sur le coup. J’ai atterri sur le goudron dans un drôle de bruit sourd et craquant à la fois.
 
J’entends les voix, les cris. Je sens qu’à l’intérieur un paquet de trucs sont cassés, que des choses ont viré en bouillie, mais je m’accroche. La douleur, je connais, et je veux entendre la suite. Ça s’affole, des pas approchent, je reconnais la voix du sinistre. Salement emmerdé, l’important. Des cris, des insultes pleuvent. Il se fait agonir d’injures. Pour quelqu’un qui parle toujours de respecter les règles, il l’a dans le cul bien profond.
 
Dis adieu à ta carrière, crétin. Dégommer un handicapé sous le regard de la caméra, ça vous dégueulasse un pedigree bien plus qu’une carambouille dans le BTP. Je te baise en beauté, o baulò, et avec le beau rôle en plus. Tu es du mauvais côté, pour une fois… mais c’est la bonne. Avec un peu de chance ton patron va morfler aussi si un ou deux journaux ont gardé ma lettre. Je ne vous souhaite pas bonne chance, hein, tu le comprends sans doute, toi et lui vous êtes des gars super intelligents.
Allez, je te laisse, j’ai autre chose à faire. On va être quatre à nouveau, elles m’attendent…


              



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