Bloggu litterariu corsu

l'8 di Farraghju 2020 - scrittu dà - lettu 124 volte

Humanité


La fuite

42ème jour de la 18ème année

J’ai quitté d’urgence les favelas avec Emma, des Bioniques sont arrivés au petit matin. Il y avait des morts partout, les drones ont pourchassé nombre d’entre nous. Heureusement que Papa avait récupéré un brouilleur nous assurant de ne pas pouvoir être suivis.
Les augmentés appellent ça les épurations, une sorte de régulation forcée des singes, ils font ça pour notre bien, « pour ne pas nous habituer à trop de confort » et forcer un peu la sélection naturelle. Enfin, ça c’est ce qu’ils se disent pour rationaliser. Je ne sais pas quoi en penser, c’est ma première épuration. Maman et Papa nous y avaient préparés dès nos cinq ans, mais je ne m’attendais pas à ça. Les Bioniques sont bien plus effrayants que ce qu’il m’avait décrit. Ils n’ont plus rien en commun avec nous, les singes, si ce n’est l’allure. Leurs yeux sont tels ceux d’une mouche, leurs lèvres ne bougent pas quand ils parlent, et quand ils s’expriment, leur voix est une rivière de métal.
Certains ont essayé de se rendre, s’agenouillant devant ces demi-dieux biomécaniques, la plupart ont eu droit à une exécution sommaire ; quant aux autres je ne sais pas s’ils feront des expériences sur eux, ou s’ils les augmenteront à leur tour. Maman m’a dit que la Constitution Intercontinentale reconnaissait comme droit fondamental l’augmentation de sa personne, ainsi que le transfert de sa conscience dans une interface biomécanique, assurance de l’immortalité de l’esprit sur la chair faible. La nuit de la veille de son départ elle m’a même fait promettre d’accepter d’être augmentée si on me laissait le choix. Je crois que c’était la première fois que je me disputais avec ma mère, et la première fois que je la voyais pleurer aussi.
Avec Emma nous avons trouvé une grotte de réfugiés de l’épuration de notre district de forêt. Je ne sais pas comment faire pour assurer sa protection, Papa m’a dit de me méfier des hommes en situation de crise, et c’est vrai que beaucoup d’entre eux nous regardent bizarrement. J’ai entendu dire que plus au sud il y aurait un havre de paix où les augmentés vivraient au milieu des singes, mais je n’y crois pas trop, ou je ne préfère pas y croire. Dans notre monde, l’espoir est une ceinture de plomb qui nous empêche de rester à la surface pour survivre, aurait dit mon père.

Bionique

50ème jour de la 18ème année
 
 – RECULEZ BORDEL DE MERDE !
Je n’en croyais pas mes yeux. Aux pieds d’un homme se trouvait le corps gigotant d’un bionique. La foule d’une centaine d’âmes rescapées venues des districts épurés s’amassait autour de l’individu, et de cette… chose ?
Un bionique était étendu au sol, bras en croix, les mains et les pieds transpercés par des lances métalliques.
Une dizaine d’hommes firent reculer à coups de bâton et d’invectives la masse humaine avide, vibrant d’une curiosité malsaine.
L’homme au centre de ce demi-cercle, d’une quarantaine d’années, les traits durs, un œil en scratch* et le crâne dégarni se tenait au-dessus du Bionique.
 – Alors fils de p*** tu t’attendais pas à te faire choper hein ?
 – Relâche-moi, sac de viande, et ta mort sera courte et indolore.
La voix métallique plaça la foule dans une torpeur morbide, certains homme et femme poussèrent même des sanglots, retinrent des cris de terreur. Deux énormes coups de poing résonnèrent sur le crâne en simly**.
Le Borgne reprit la parole :
 – Tu te crois supérieur ? Tu sais ce qu’il te manque ?! Les tripes ! Tu n’es pas humain, tu n’es même pas vivant, tu n’es qu’un programme de merde !
Je fis signe à Emma de m’attendre à l’écart. En approchant, aidée de ma petite taille, je pus enfin observer en détail la « Chose ». Je fus saisie d’une inquiétante étrangeté : il avait tout d’un être humain, si ce n’est l’absence de regard, car le haut de son visage était rempli de caméras et de capteurs rougeâtres. Étrangement il n’était pas musclé, contrairement aux hommes qui maintenaient par sécurité les lances enfoncées dans le sol. Seule sa bouche laissait trahir son ressenti : un sourire moqueur. Il avait l’air calme, ce qui le rendait encore plus inquiétant.
 – Vous ne pouvez pas nous tuer. Vous n’êtes que des animaux stupides qui avez refusé d’évoluer. Vous êtes même pire que les animaux car vous êtes égoïstes consciemment. Votre mode de vie primaire a failli le détruire , ce monde. Vous avez de la chance que le protectorat soit maintenu, vous devriez nous remercier de réguler votre population de parasites…
 – TA GUEULE !
Le Borgne s’acharna sur son visage à coups de poings, ses mains devinrent sanglantes, se mêlant au sang kaki du bionique. Essoufflé et sanglotant il se pencha vers l’oreille de la Chose :
 – Mes trois enfants … Vous m’avez tout pris, et tu te dis évolué ? Tu n’es qu’un monstre de fer. Il laissa échapper un rire dément et reprit : Tu crois que tu ne peux pas mourir hein ?! Tu penses vraiment que ta conscience va être téléversée dans le cloud ? Comment tu t’appelles ?
 – Marius 2137B
 – D’accord Marius… Il fit signe à l’un de ses hommes : Tu vois ça ? C’est une petite invention de mon cru.
L’objet ressemblait à une sorte d’antenne, fixée sur ce qui semblait être un micro-processeur bio-organique , une batterie-graphène puissante alimentait le tout.
 – C’est tout simple tu vas comprendre tout seul. Tu vois, je prend ce câble, je le connecte comme ça à ton cortex…
Il chercha au niveau de la nuque du bionique, qui essayait en vain de se débattre, et dont le sourire avait disparu.
 – Ah voilà… Maintenant je t’explique… Voyons ne gigote pas comme ça. Donc c’est un procédé très simple, tellement simple que vous n’y avez pas pensé du haut de vos tours nuages. Les rares fois où vous « mourez » votre conscience est téléversée dans un cloud, du moins la mémoire la plus récente, car d’autres sauvegardes existent bien entendu. Et vu que votre société « évoluée » ne permet la mort définitive que par consentement de l’individu… je me suis dit qu’envoyer cet accord au cloud serait une bonne idée. Ce petit bijou que tu vois là va juste se contenter de copier ta signature neuronale, et rajouter à ta mémoire récente la demande de suppression totale de ta conscience.
Il lui met la main sur la bouche avant qu’il ne parle.
 – Oui je sais, votre sécurité est inviolable, c’est dommage que pour le coup aucune infraction ne soit commise. Quand tu retourneras avec tes amis parle-leur de la guerre asymétrique… Ah j’oubliais… cette fois tu meurs pour de bon.
De sa botte il sortit un couteau et égorgea le Bionique, jusqu’à le décapiter. J’eus l’impression que cela durait des heures. Les cris métalliques étaient terribles, on pouvait y sentir la peur, c’était sans doute ce qui était le plus affreux – ils avaient des sentiments, des émotions. On m’avait pourtant toujours dit qu’ils n’étaient pas comme nous, ne ressentaient rien. Des câblages épais dépassaient maintenant de la tête coupée, la bouche du bionique était figée dans un éternel effroi.
Il était mort… ils pouvaient mourir.
 
 

* SCRATCH, NOTE DU JOURNAL : MORCEAU OUVRAGÉ APRÈS LA FONTE DE MÉTAL DE RÉCUPÉRATION EN TOUT GENRE. QUAND ILS SERVENT DE PROTHÈSES ILS PROVOQUENT GÉNÉRALEMENT UNE RÉACTION DE LA PEAU EN BORDURE, QUI PREND ALORS UNE TEINTE BLEU VIOLACÉE. LES SINGES APPELLENT ÇA « LA CORRUPTION DU DON MÉTAL. »
* * SIMLY, NOTE DU JOURNAL : COPIE DE CE QUI EST ORGANIQUE, NATUREL, QUI DONNE L’ILLUSION DE L’ÊTRE.

Doute

51ème jour de la 18ème année
Le Bionique n’était plus, empalé à l’entrée du camp de réfugiés, exposé là comme un trophée – une macabre victoire. Méritait- il une mort définitive, malgré le mal qu’il a sans doute causé à nos communautés ? Et si à lui aussi on avait dépeint le même genre de préjugé négatif à notre sujet ? Ou peut être qu’il ne faut même pas y voir un complot : qui a commencé ce conflit, qui a jeté la première pierre, impossible de le savoir. Je ne devrais pas douter, car « douter du bien fondé de la lutte sont les premiers pas vers la soumission » aurait dit mon père, mais force est de constater que ce Bionique était terrifié, autant que moi j’ai pu l’être face à la mort imminente. Qu’en est-il réellement de la vie derrière le mur
 
54ème jour de la 18ème année
La question m’obsède, je dois franchir le mur, je dois voir de mes yeux par delà la réserve des singes, par delà les préjugés. Finalement je me demande si nous mourrons vraiment libre ici, ou simplement prisonnier d’une illusion de liberté, à combattre sans cesse, à exister par opposition à un système, notre existence a-t-elle réellement une valeur ? L’histoire des réserves, répétée chaque soir au coin des feux nous raconte que nos premiers ancêtres se sont insurgés contre le dicta transhumain, et ont refusé l’aliénation Méca, que la plus grande victoire de notre peuple fut l’assassinat du E-leader, l’avatar de DEA, l’entité maléfique suprême, disait-on, entièrement machine.
Si ce Bionique n’était pas mort j’aurais eu tellement de questions à lui poser, qui était- il, qu’aimait- il, que pensait- il de la vie, de nous : Toutes ces questions pourraient permettre d’y voir plus clair, et surtout me construire une réelle opinion sur mon monde. Plus le temps passe, plus j’ai l’impression d’avoir été dépossédée de ma liberté, de mon monde, de la réalité même – toute ma vie j’ai fui un ennemi désigné, toute ma vie j’ai été porteuse d’un héritage sanglant, d’une guerre centenaire, d’un désir de survie et de vengeance, mais rien de tout cela ne m’appartient vraiment, je ne ne suis que l’ombre des fantasmes et de la haine de mon père et de ma mère, eux mêmes porteurs des mêmes scories de leurs parents…
-Où vas- tu avec toutes tes affaires ?
– Je pars pour le mur.
– Mais tu es complètement folle ?! Tu vas te faire tuer par les drones, ou pire, capturer par les bioniques, torturer… implanter !
– Et alors ? Tu penses que nous sommes mieux ici ? A vivre comme des reclus, dans la peur constante, dans la colère et la rage, l’amertume ? Je ne te forces pas à venir, au contraire, je pense que c’est mieux pour toi que tu restes ici, je ne veux pas t’entraîner dans quelque chose qui te dépasse.
– Je… mais je n’ai que toi, tu es ma seule famille
– Je sais, mais je ne serais plus d’aucune utilité ici, et je finirais par te mettre en danger : je ressens de l’espoir, et…
– « L’espoir est une ceinture de plomb qui nous empêche de rester à la surface pour survivre »… oui je me souviens de ce que disait Papa.
Alether, ma sœur
J’ai prévenu ma sœur, je dois partir pour le mur, et ce sera sans elle, je ne peux pas la mettre en danger – je fais peut être fausse route, mais je ne veux pas mourir sans avoir essayé d’y voir clair… nous sommes les singes du futur et nous mourrons aveugles.
 

Note du journal :
 
Alether : Au revoir solennel, prononcé dans des occasions graves, souvent par les guerriers des clans lorsqu’ils partent au combat face aux bioniques. Le mot reflète la croyance en l’Éther, un autre plan d’existence où l’âme humaine vivra après la mort de la chair, inaccessible aux machines, qui sacrifient l’essence de leurs âmes contre l’immortalité dans la matière.


              



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