Bloggu litterariu corsu

u 15 di Maghju 2014 - scrittu dà Stella Angeli - lettu 298 volte

Vertigo


Vertigo
Le ciel, couleur rouge sanguin, nous annonce que la tempête noire s’est levée et se rapproche dangereusement. Les avions, par dizaines, en formation de combat, inquiétants, menaçants, volent au-dessus de nos têtes, les sirènes nous hurlent de nous mettre à l’abri, de protéger nos vies dans les sous-sols, des endroits improbables car dans les heures à venir, tout sera détruit. Ravagé. Balayé par un orage de feu.
Je me suis réfugiée dans le cimetière, cet endroit à la fois mystique et dérangeant, emprunt de silence, de matière morte, de marbres froids et de mémoires familiales rappelant les drames passés et subis. Pourtant, brisant l’anathème de toutes mes croyances, je me sens ici à l’abri des vivants, restant persuadée que les morts nous protègent. Dans la nuit qui beugle la guerre, je m’enfonce dans le bruit de l’existence, invitée par le silence fantomatique des trépassés.
Je me suis allongée au bord du gouffre, la lave rouge aboie sa soif de sang, sa soif d’amants. Le tunnel sombre tourne sur lui-même faisant taire toutes les colères qui autrefois m’agitaient.
Allongée au bord du gouffre, allongée sur la tombe d’une jeune inconnue, mes peurs s’entrechoquent ; je ne veux pas tomber, tomber à en mourir dans les bras d’un enfer, brasier dévoreur d’âmes.
J’ai décidé de combattre, d’abattre le mal à coup de prières. Les miracles existent, et si je ne connais que la Bible, alors, sous le bruit des bombes qui n’épargneront pas certaines vies, je décide de me confier, cœur et âme au Créateur.
Je ressens l’écoute, pendant que je crie ma terreur, je sens une présence penchée sur mon désespoir, et je vois dans l’avenir, dans la fumée et la noirceur de la guerre, l’amour qui m’attend.
Et si l’âme que j’aime, attirée par le brasier de fureur, basculait subitement, trouverai-je le fil d’Ariane salvateur ?
Je crois bien que oui.

Le cimetière, illuminé comme une petite ville, se réveille enfin, laissant les feux-follets s’approcher de moi, et ils dansent autour de moi comme de petits animaux enchantés.
La guerre n’est pas de ce monde. En tous cas, pas du mien.
Les ombres prennent forme, elles délient leur langue, s’adressant à moi, comme si j’étais déjà l’une des leurs. Mais l’œil omniscient en a pour l’instant décidé autrement, et je ne peux que constater et dénoncer mon incrédulité ; je vais vivre, oui, je vais vivre, encore un bon bout de temps.
Autour de moi, les ombres reprennent forme humaine ; qu’ils sont beaux et lumineux, se tenant l’un l’autre par la main, reformant le cercle de la vie, m’envoyant ce fil d’Ariane que j’attendais.
Noyée dans cette nuit sans étoile, dans cette nuit sans lune, le bruit des autres vies qui s’assassinent, se mutilent, me déstabilisent, soudain, j’ai peur de flancher, de tomber, bas, si bas.
Mais mon amour s’est accroché à l’adiposité d’une pierre de puits, mon amour tend tout son être vers moi ; entre mes mains, le fil d’Ariane s’est muté en corde, corde solide et pure grâce à la magie des ombres de ce cimetière.

Oh mon amour, je ne te jetterai pas la pierre ; avant de tomber, tu as simplement trébuché devant tes frayeurs. La mort spectrale te hantait, te poursuivait, et toi courant, cherchant à fuir les bombes, le bruit, l’odeur des sangs mêlés aux pierres et à la terre, te voilà devant moi, poussiéreux et haletant ; toi qui ne crois ni ne vois les ombres, te retrouves face à moi, ton amour, comme si l’union de nos cœurs était plus forte que le fracas infernal des batailles, petits symptômes de guerre.
La sentence divine a stoppé ta chute, t’épargnant la fosse commune, la pierre à laquelle tu t’es accroché n’est que le reflet d’un ange, de ce lien si fin et si fort…
Je te lance la corde afin de te ramener à moi, je ne peux te laisser dans la fosse des nouveaux trépassés, croulant sous les mouches, les blessures et les munitions épuisées.
Pendant que je panse les plaies de ton si beau visage avec des lambeaux de ce qui reste de ma robe, tu délires, tu n’arrêtes pas de répéter, que nos ancêtres veillent sur nous, tu me demandes d’observer les ombres dansantes courant sur les tombes, et les croix qui s’illuminent grâce aux petites flammes des cierges allumés avec foi et espoir.
« Notre amour est comme une bulle de savon, ça sent bon le savon, tu sais, quand nous nous allons respirer dans un bain au lavoir, avec toutes ces mères de famille qui s’emploient à ôter la crasse du linge intimidé par la poussière des combats. Vois-tu, pendant que tu soignes mes blessures, cette bulle irisée qui nous abrite du regard des envahisseurs, des bruits de la mitraille, du fracas des bombes explosées au sol ? Ici, la beauté de notre amour nous protège grâce à sa transparence, ici, nous sommes dans une zone neutre où seule persiste la foi dans l’au-delà, notre confiance réciproque. »
Il s’évanouit, je réalise soudain que lui, l’homme pragmatique, aux pieds bien ancrés sur terre, dans un délire, a vu le monde, son influence invisible et ses protections douces et sages. Il n’en sera pas de même pour beaucoup d’autres…

Il se repose, la tête dirigée vers le marbre de la tombe de cette jeune inconnue, et je sens la force des spectres de lumière, qui nous élèvent dans leurs prières vers le ciel.
La bulle survole la lave rouge sang, rouge horreur, rouge incandescent, rouge mouroir, ce rouge odieux ne nous avalera pas, ce soir, elle a déjà d’autres âmes à dévorer, d’autres âmes qui s’y précipitent, dans ce couloir de mort.
Notre destin nous pose de l’autre côté du précipice avide, bras et maisons de Thanatos. Il s’est réveillé, sorti de sa douleur et moi de mon angoisse ; nous regardons cet en-bas, l’enfer, boucherie humaine à ciel ouvert. Nous savons que nous avons échappé à la mort, mais ce soir, le mauvais sort ne pouvait s’accomplir, ce n’était pas l’heure.
De l’autre coté du brasier carnassier, infâme bouche d’un dieu maudit, les spectres de lumières s’éteignent doucement dans des variations de bleu ciel, bleu nuit, bleu repos ; elles ne meurent pas, non, elles s’endorment de nouveau dans un message télépathique « Les morts veillent sur vous, respectez-les, honorez leur mémoire, et si aucun aïeul ne vous suit de sa bienveillance, adressez-vous aux Saints, eux, sont toujours vivants et pour l’éternité. Nous sommes les Veilleurs de l’Humanité. »
De l’autre côté du brasier, le cimetière se met à briller d’une lumière Divine. À l’abri d’un rocher, où notre instinct de survie nous a conduits, nous observons les bombes, nous entendons la mitraille, les cartouches tombant au sol dans un fracas assourdissant, tentant d’assassiner le peu de vivants restants.

Mais bien avant la noirceur de la guerre, la Dame en blanc et bleu, la petite Madone, avait consulté les spectres de lumière, appelé à l’aide ses anges bienveillants, ayant entendu les supplications des vivants, dans un élan de foi. Tous les vivants, morts au combat, tous les innocents tombés sous les balles et le feu des explosions seront dorénavant ses anges, ses petits protégés.
Le cimetière s’embrasant soudainement, nous courrons jusqu’à en perdre le souffle pour sauver nos peaux et notre amour, subitement nous nous sentons libérés de la violence ambiante et de notre peur de mourir.

Dans la cité des Cieux, les anciens avaient prédit la deuxième guerre mondiale, les sages de notre monde sont restés sourds aux avertissements célestes, n’y croyant pas, mais le doute a persisté, et dans un élan de lucidité, ils ont préconisé de demander la protection des ancêtres et d’illuminer notre cimetière. Ils ont devancé le respect de la tradition de la Toussaint, et le cimetière s’est révélé être un havre de paix, un abri, un sauveur de destins.
L’horloge de la mort, n’a pu sonner toutes ses heures grâce aux doigts d’anges, petits grains de sable dans l’immense rouage temporel, magie divine laissant, par obligation, d’autres heures, d’autres minutes, pour que restent des survivants ébahis par un miracle de vie.
Les bombes ont été dupées, certaines, pas toutes – le bruit infernal des impacts terrestres s’est tu, le silence en est presque effrayant, étrange, imbibé de douleurs et de drames, mais symbole d’espoir, aussi… La guerre sera bientôt terminée.
Main dans la main, mon amour, nous aurons juste à combattre le présent de tous les jours futurs à venir, et si l’enfer est grand, alors l’Éden est infini.
Alors ? Que choisirons-nous ? Combattre quitte à mourir debout mais libres ? Ou bien nous laisser abattre, esclaves des décisions d’autres ? Les grands hommes.

Libres comme deux oiseaux de paradis tout juste libérés d’une cage aux barreaux de frayeur, nous nous abritons sur le haut de la colline, près du grand chêne et l’amour suit son cours, les battements de cœur s’unissent à éclairer la nuit sans étoiles, la nuit punie de l’absence d’une lune pleine et rebondie.

Nous avons rejoint le ciel et ses astres, touché l’amour et son velours. Une à une, nous avons rallumé les étoiles afin de redonner l’espoir aux plus petits, à ces enfants qui regardent encore la voûte céleste ; les rêves endormis se sont réveillés, animés. Dans l’union, l’amour de deux anges peut faire beaucoup, essuyer vos déceptions, éteindre vos frayeurs et vous accorder un souffle nouveau…


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...