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u 3 di Marzu 2013 - scrittu dà - lettu 411 volte

Valentine's Day


Valentine's Day
Bonne Saint Valentin !

« C'était la Saint Valentin.
Que je vous raconte. Chez nous, point de bouquets de roses rouges ourlées. Non plus les longues flûtes emplies de champagne (je m’en fous, je n’aime pas le champagne). Encore moins les sanglots étirés d’une mélodie toute dédiée à l’amour et ses chaleurs. Non.
Nous, c'est thé Earl Grey, qu’on se le dise. Et baise enflammée. Oui, ça, nous avons longuement et fougueusement baisé ce matin-là.

J’ai quitté le lit et, campée sur mes pieds nus, j’ai décrété : « la Saint Valentin est fêtée par les gens qui ne baisent plus ou qui baisent très mal ». Il m’observait, alangui, les yeux plein de sommeil. Il souriait.
Et quoi ? La rose religieusement offerte, le restaurant dument payé par Chouchou n’avaient-ils pour vocation ultime d’occulter une certaine misère sexuelle ? Et le champagne n’aidait-il pas Chouchou (ou Chaton, ou Nounours) à honorer consciencieusement Minette, pendant qu’il pensait au petit cul aperçu hier, devant lui, à la caisse du supermarché ? Je déclamais cela, arpentant sa chambre de mes longues jambes, sourcils froncés et doigt levé, dans l’attitude académique du chercheur qui énonce une théorie révolutionnaire sur le Big Bang et l’expansion de l’univers : « Quoi, je n’ai pas raison ? Hein ? Dis ? » J’avais très envie qu’il me conforte dans l’idée que nous étions, lui et moi, exceptionnels, en tous points. Que nous ne vivions pas l’Amour comme les autres. Comme tous ces pauvres cons, dépourvus de grâce et d’élégance, qui ne comprenaient rien à la passion et à ses fulgurances. Et que dire de ceux qui usaient du langage délibérément puéril du type "je t’aime-mon-choucou-loulou-viens-me-faire-un-gros-poutou-et-des-câlinous-mon-bébénou" et qui s’ébattaient avec des moues ravies dans la soupe tiède de l’infantilisation ? Qu’en dire ? « Mais qu’on m’explique, à la fin, ce que ce vocabulaire qui suinte le marshmallow a de commun avec la force brute de l’amour ? Hein ? Qu’on me parle de « peau », de « langue », de « lèvres » mais pas de « poutous » ! Merde ! »
Je m’agitais et ergotais devant mon amant pour l’impressionner. Je me sentais un peu ridicule, à vrai dire. J’avais maintenant l’air d’une actrice dramatique sur le déclin forçant ses gestes et sa voix. Et quand je m’y mets, que je vous dise, je monte dans les aigus, c'est proprement insupportable. J’ai pensé :" Calme-toi ma fille, tu vas le faire fuir en un rien de temps, et après on t’entendra chouiner pendant six mois ! Alors tais-toi ! "

Notre rencontre était neuve, et aucune fausse note n’était encore venue troubler l’harmonie des prémices. C'étaient les débuts. Vous voyez ce que je veux dire ? On se regardait, béats, les yeux frits, totalement épris. C'étaient les débuts. Il me contemplait comme on contemple un Tanagra, et régulièrement, s’enthousiasmait de « l’érotisme dément » qu’exprimaient mes fins poignets. Je ne savais même pas qu’un poignet pouvait exciter un garçon. Vous le saviez, vous ? Ca vous situe à peu près son degré d’exaltation !
Bref, cette matinée du 14 février était la toute première que nous passions chez lui. Y a-t-il plus important qu’un premier matin ? Non, je ne crois pas. Le premier matin est crucial. Déterminant. Il valait mieux qu’il voie en moi la sylphide aux caresses enchanteresses plutôt qu’une espèce de théoricienne post-soixante-huitarde hystérique libérée. Autant vous dire, que d’un coup, d’un seul, passablement refroidie, j’ai cessé de remuer, je me suis tue et, gracieusement, j’ai regagné un coin du lit, tout en lissant le drap avec une expression de femme sereine et accomplie.

En ce lundi radieux nous nous sommes levés de bonne humeur, fatigués mais repus. Ou presque. Après le thé pris ensemble (nous déclinions à l’envi, ces étranges breuvages, où l’on trempe un sachet herbeux dans une tasse d’eau. Thé, tisane, thé, etc. Oui, que voulez-vous ? Notre histoire avait débuté avec le breuvage ancestral et peut-être finirait-elle aussi dans une tasse de thé, qui sait ?), nous nous sommes frôlés et caressés, enjôleurs. Puis, il a pressé quelques instants son ventre contre mes fesses tendues et l’envie pressante nous a repris. Nous avons convenu, alors, qu’une douche prise ensemble constituerait un excellent compromis. « Laisse-moi deux minutes, il faut que je rase cette barbe puis je te rejoins » m’a-t-il lancé, avec clin d’œil appuyé. J’ai commencé à ôter la toute petite nuisette que je portais puis je me suis ravisée. Tandis que je l’observais, amusée – il tondait sa barbe sur le balcon ensoleillé – je me promenais dans l’appartement clair, impatiente et heureuse.
Je déambulais ainsi, entre cuisine et salle de bains, les fesses nues sous le léger tissus, lorsque j’ai entendu un bruit familier : cliquetis de clés, serrure que l’on contrarie, soupir de porte qui s’ouvre, talons qui claquent. Quelqu’un entrait dans l’appartement, tout bêtement. Quelqu’un qui détenait les clefs venait de franchir le seuil de l’entrée. Et moi, j’étais plantée là, dans le couloir, derrière à l’air.
La stupeur m’engourdissait les neurones et péniblement, j'égrenais :" Sa maîtresse ? Son chien ? Le facteur ? Sa cousine ?" Puis j’ai compris. Mue par une intuition soudaine, j’ai compris que l’être qui allait sa matérialiser sous mes yeux ébahis n’était autre que la mère de mon amant. "Mon Dieu! Aie pitié de moi !" Tétanisée, je fixais l’espace ténu au sein duquel allait se jouer la tragi-comédie : Madame Mère était sur le point d’entrer et de me voir dans toute ma crudité. Heu, nudité, je veux dire.
Je réalisais que toute tentative de repli était vaine. Je n’avais plus le temps. On me verrait m’enfuir, croupe au vent et cheveux fous… De quoi aurais-je l’air ? Ca n’était plus envisageable. En quelques secondes, j’ai fait mon choix : j’allais rester et affronter le dragon, tel Saint-Michel. Ou Saint-Georges. Ou Saint-Sébastien. Je ne sais plus trop bien.

Une femme est apparue. Une femme est apparue et son allure n’avait d’égal que la joliesse de ses traits. Une brune véritablement impériale, aux larges yeux noirs étirés, savamment maquillés. Dans les lignes harmonieuses du visage, j’ai tout de suite reconnu celles de mon amant : pas de chance, c'était Madame Mère. Et de la plus belle espèce : élégamment vêtue, délicieusement parfumée et talons aiguilles sonnants. Elle avait beau être belle, elle n’était pas moins sévère. J’ai tout de suite pensé à une beauté grecque, grave et intimidante.
Elle s’est avancée dans le vestibule et a aperçu la pauvre créature que j’étais. J’essayais avec des mouvements poussifs de cacher mes bras, mon buste et mes jambes nus dans l’encadrure d’une porte. Rouge de confusion, mes épaules ployant sous le poids d’une insondable gêne, j’ai vainement tenté d’articuler quelques mots sensés : « ‘jour Madame, je m’appelle Marie ».
Je n’étais plus Marie, non. J’étais Marie-couche-toi-là. Ou Marie-Madeleine la Désolée. Toutes les Marie-Salopes du monde étaient incarnées en moi, en cet instant. Une véritable souillonne. Ma tignasse de lionne ahurie dégoulinait sur ma gorge blanche et demi-offerte (mes seins s’escrimaient à déborder du décolleté avec une incroyable volonté), tandis que le déshabillé que je portais, petit chiffon de gaze, dévoilait, plus qu’il ne les dissimulait, les pleins et déliés de mon corps. Un joli tableau ! Un tableau préraphaélite dévoyé. Et raté. Voilà. Je ne suis pas bien certaine que ça existe, mais bon, ça vous donne un aperçu. Ajoutez-y une bouche enflée de baisers, rougie et râpeuse, des lèvres de pécheresse auquel répondait, dans des tonalités similaires, le cerne pourpre de mes yeux.
La Reine Mère a souri. Genre, le sourire du Sphinx, en pire. Ca vous parle ? Les yeux perçants, cependant, n’ont pas réussi à atténuer leur rayonnement, où la curiosité le disputait à l’amusement. Elle me dévisageait, implacablement silencieuse. Moi, j’essayais de rentrer péniblement un sein sous le léger tissu. C'était peine perdue. Et dire que l’on avait qu’une chance de faire première impression ! Hélas, trois fois Hélas ! Ma future belle-mère et moi n’oublierons jamais cette rencontre du troisième type ! ""Raté, raté, raté, ma fille ! C'est loupé ! je me répétais, sur le rythme d’une infernale litanie .

La mère, la maman, la Mamma. Sacrée, sacralisée, révérée, adorée. Corse, sicilienne, tunisienne, grecque, juive. Tout un poème que cette mère méditerranéenne. Ne parlons pas du rapport quasi-incestueux qu’elles entretiennent avec leurs fils prodigues. Je m’égare, pardonnez-moi ! Bref… Et moi, Marie, chouette fille, cultivée, un peu preppy, un peu bobo, bonne bouille et bonnes manières, cheveux châtains lustrés, moi, Marie, je suis apparue à la Mamma, toutes mamelles dehors. Ne parlons pas même pas de mes fesses. Non, n’en parlons pas. Je me suis exposée aux feux des yeux pénétrants de la Mère, dans toute mon impudicité et ma lasciveté. Marie, première dauphine de Miss Débauche.

Une pensée lancinante envahissait mon esprit embrumé de honte : j’imaginais l’ex-petite amie - enfonçant ainsi, un peu plus avant les épines de l’indignité dans ma chair souffrante - l’EX, toujours regrettée, charmante et de bon goût, ses cheveux lisses soulignant son ovale de madone blonde ; l’ex, spirituelle et élégante, qui avait certainement réussi haut-la-main la confrontation avec Mummy. "Pas comme toi, Miss Luxure, pas comme toi." Je comptais désespérément sur l’effet lénifiant de mes grands yeux, bleus de détresse candide. Autant essayer de faire fondre un iceberg avec petit chalumeau de jardin.

Lui. Mon "amant-amoureux-passionné". Parlons-en ! Tandis que Queen Mum me toisait, s’appesantissant sur chaque détail de mon allure dépenaillée, il est apparu, et avec une mine égrillarde à souhait et m’a jeté : « Je te préviens, tu ne vas plus pouvoir marcher, tellement je vais t’épuiser ! » J’ai ouvert la bouche pour tenter de le faire taire, mais aucun son n’en est sorti. "Foutu, foutu, foutu, c'est foutu", je chantonnais, intérieurement. Dans son élan impétueux, il avait déjà attrapé mon bras. Au même instant, littéralement foudroyé par la présence maternelle, il s’est immobilisé. De ses lèvres blafardes, quelque chose comme un couinement de nourrisson souffrant s’est échappé : « Gniiiheuuu ». Ca donnait à peu près ça. Penaud et immobile, ridicule de confusion, son T-shirt enfilé à grand-peine, une moitié de menton rasée, il était pareil à un petit garçon pris en faute. Il ne cessait de répéter « c'est critique, c'est critique ! » dans un rire nerveux et tremblé. J’avais une puissante envie de le gifler. De lui balancer une belle mandale jusqu’à ce qu’il la ferme. Qu’il la ferme, merde !

Joli trio que nous formions. Vraiment. Voyez plutôt : Madame Mère Impératrice Altière, son fils le petit Prince confus, et moi, Maria de La Lubricidad y Desnuda. Nous ne pouvions demeurer figés indéfiniment dans nos postures respectives et, comme dans toutes les bonnes comédies, le mouvement a repris le dessus. C'est Madame Mère qui a donné le ton. Elle s’est dirigée vers la cuisine de son pas majestueux, a posé son séant royal sur la chaise, lentement s’est tournée vers moi et m’a dit, avec un onctueux sourire : « Vous restez avec nous ?
- Je vais vous laisser, ai-je rétorqué. »
"Entre amoureux", ai-je pensé.

J’ai ramassé prestement mes affaires, je me suis habillée en un temps record, j’ai adressé un sourire poli à Benita Mussolini et à son rejeton qui se tenait debout derrière elle, sage et obéissant, puis je suis partie.

Du fils prodigue, je n’ai jamais eu de nouvelles. Jamais plus.
Je fais moins la maligne, depuis, avec mes discours plein d’emphase sur la passion.
Pensée consolante : cela aurait pu être pire. Et les visions assenées à Madame Maman autrement plus traumatisantes.

A bien y réfléchir, ce jour-là, j’aurais du l’ôter, cette foutue nuisette quand il est parti se raser. On aurait foutrement rigolé.

Bonne Saint-Valentin !


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...