Bloggu litterariu corsu

u 12 di Maghju 2014 - scrittu dà - lettu 258 volte

Une réunion d’anciens


Je n’avais pas eu de leurs nouvelles durant vingt-cinq ans. Une carte postale de José à chaque fin d’année me souhaitait une heureuse année "de tout mon cœur". J’imagine que c’était à ce point mécanique, et que ça lui était à ce point indifférent, qu’il recommençait chaque année sans même s’être rendu compte que je ne lui avais jamais répondu.
Ils sont quelques uns, je suppose, dont la vie est réglée jusque dans les plus infimes détails. Petits ou grands, ils constituent l’ossature de la vie de la plupart d’entre nous. Sinon les incertitudes du destin, ce que j’appelle le sel de la vie, on pourrait en écrire le scénario du début à la fin. Plusieurs même, ils se ressembleraient tous.
 
Il y a trois mois, José m’a envoyé une lettre. Lucien avait eut l’idée de réunir tous ceux qui avec le jeune Juan qui s’était suicidé parce qu’il refusait de vieillir avaient été de ces révolutionnaires disposés à donner leur vie pour contribuer à la chute du franquisme. Y compris le jeune Français, avait-il ajouté, qui avait transporté les armes à travers la frontière. Celui qu’ils avaient surnommé saint-bernard. Saint-bernard, c’était moi, Bernard Lepoivre.
A l’époque, il y a vingt-cinq ans, j’étais membre de la cellule Bergère du Parti. Aujourd’hui encore, je ne me suis pas départi de cette propension que j’ai à dire le Parti lorsque je veux désigner le parti communiste.
Le soir où nous nous étions réunis pour la première fois chez José, nous étions six. Il y avait José bien entendu, Isabelle avec laquelle j’avais passé la nuit il y a vingt-cinq ans, Jordan, un étudiant en Architecture si je me souviens bien, Lucien qui faisait des études de médecine et le jeune Juan qui avait cherché à tuer un garde-civil le jour où le franquisme avait basculé définitivement.
C’est long vingt-cinq ans. J’ai écris à José que je viendrais.
 
Barcelone avait bien changé. Elle avait conservé cette atmosphère austère que je lui avais trouvée en dépit du caractère fantasque de la cathédrale de Gaudi. Je ne voyais pas ce qu’on lui trouvait de fou. C’était espagnol. Pas très différent de Don Quichotte, une histoire toute ordinaire dès lors qu’on n’oubliait pas qu’il s’agissait d’une histoire espagnole.
Dans le centre de la vile, dès qu’on s’éloignait des Ramblas pour se diriger vers les avenues qui font de Barcelone une étoile de béton, on pouvait se trouver n’importe où.
José avait un appartement à la lisière de la ville sur les hauteurs de Monjuich. Il était célibataire.
 - Cela n’empêche rien.
Il me tendit un doigt sévère.
 - Si tu me vois accompagné d’une femme, ne lui fais pas de compliments à la française. Tu ne la verras peut être jamais plus, et tu auras rendu plus pénible notre séparation.
Curieux garçon. Il me parlait comme si nous nous étions quitté la veille. Je l’ai souvent remarqué, les liaisons qui datent de l’adolescence, si elles ont eu caractère particulier, en tout cas différent de celui qu’on peut attendre de jeunes gens de vingt ans qui n’ont rien de commun entre eux ou avec l’évènement qui les réunit, créent entre eux des liens étranges. Ils ne sont pas faits pour durer mais ils sont profonds comme s’ils avaient toujours existé.
 - Tu te souviens d’Isabelle ? Isabelle de feu, disions-nous.
Il me fit un clin d’œil.
 - Elle a divorcé depuis trois mois.
 
José était le chef d’une administration qui dépendait du Ministère de l’Intérieur. Proche des renseignements généraux. Pour le dire simplement, il était un ponte de la police. De ceux qu’il combattait lorsqu’ils étaient les chiens franquistes comme il disait.
Au début, il s’était promis d’en faire le tri. D’éliminer sans pitié les moins honorables d’entre eux. Hélas, il faut bien le reconnaitre, c’était les plus habiles. Peu leur importait le chef qu’ils servaient, ils le servaient bien.
Jordan, l’élève un peu fou des étudiants en architecture était à la tête d’un bureau d’urbanisme que la municipalité interrogeait avant d’entreprendre le moindre travail. Quant à Lucien, directeur d’un important service médical de l’Hôpital Régional de Catalogne, il était professeur à l’Institut de médecine. De sa jeunesse, il avait conservé le souci du malade quelle que soient ses revenus ou sa position sociale. En prêtant serment, il avait eu la sensation que le froid le saisissait. Même le jour de son mariage, il n’avait pas ressenti cette impression.
Mais tous, hauts fonctionnaires ou non, enrichis ou non, personnages en vue ou non, les jeunes gens qu’ils avaient été restaient des modèles dont ils étaient fiers.
 - Et Isabelle ?
José pointa le doigt vers moi pour la seconde fois.
 - Elle t’a laissé des souvenirs, non ? Elle a divorcé il y a trois mois. Tu la verras jeudi, elle a promis de venir.
 
Jeudi, nous étions tous chez José, et je regardais avec curiosité ces hommes, et cette femme, que j’avais connus l’espace de quelques jours il y a vingt-cinq ans. A l’exception de José, ils me regardaient eux aussi.
Le premier qui ouvrit la conversation qui devint vite générale, ce fut Jordan.
 - Comment vas-tu saint-bernard ? Je l’avoue, j’ai été surpris lorsque José nous a dit que tu serais parmi nous aujourd’hui. Je crois que je peux le dire au nom de tous. Bonjour mon frère.
J’avais les larmes aux yeux. Nous nous sommes mis à rire. Je me suis rendu compte que c’est à cet instant même que l’atmosphère venait de se détendre. Notre aspect physique ne comptait plus. Vingt-cinq ans venaient de s’écouler en un instant.
 - Juan a laissé une lettre avant de se tuer. Il y disait qu’en vieillissant nous deviendrions comme tous ces gens que nous méprisions lorsque nous avions vingt ans. Il s’y refusait.
C’est Lucien qui s’exprimait en montrant une lettre que tous, à l’exception de moi, semblaient connaitre.
 - Nous avons décidé que le jour anniversaire de sa mort, nous nous réunirions en pensant à lui. Voir, s’il avait eu raison.
Jordan avait rempli nos verres d’un vin de Rioja. Nous levâmes nos verres et nous les avons vidés d’un seul coup.
 - Santé !
 
Nous avons vidé quelques bouteilles en bavardant de tout et de rien. En réalité, nous marquions que rien n’avait changé en nous. L’âge, la corpulence pour Jordan, nous déformait mais l’idéal romantique de notre jeunesse restait intact. Vive la Révolution permanente !
Je suppose que nous étions ivres. Jordan était parti. José, ça se voyait attendait, de nous voir partir.
Isabelle s’était levée. En me serrant la main, elle me dit :
 - J’ai ma voiture, je te dépose ?
Dans la voiture, elle s’est tournée vers moi.
 - C’est pour eux que tu es revenu ? Ou c’est pour moi ?
 - C’est pour toi.
Elle a garé sa voiture devant chez elle. Nous sommes montés dans son appartement. Elle a écarté les draps, et elle s’est déshabillée avec simplicité.
 - Tu viens ?
 
Je me suis déshabillé à mon tour. Nous nous sommes glissés sous les draps. Une mince lueur émergeait de la fenêtre. Nous étions étendus côte à côte sans dire un mot. Je devinais que l’un et l’autre nous avions les yeux au ciel.
A un certain moment de la nuit, je me suis glissé sur elle.
 - Pénètre-moi, dit-elle.
Puis, nous nous sommes tournés le dos.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...