Bloggu litterariu corsu

u 10 d'Aprile 2014 - scrittu dà - lettu 252 volte

Une femme libérée


Peut-être qu’elle aurait du s’en douter lorsqu’il était resté au club après le match, et qu’il avait téléphoné pour dire qu’il serait en retard. Il avait raccroché immédiatement.
Pierre était ce qu’on appelle un bel homme. Mince, musclé, le pull ou le t-shirt, selon la saison, mettait ses pectoraux en valeur. Il n’était pas très grand mais l’énergie qu’il dégageait attirait le regard. Lorsqu’il regardait une femme, elle se sentait belle et désirable. Les hommes comme lui sont des séducteurs. Peut-être que c’est de la faute des femmes. Ils n’y sont pour rien si elles sont prêtes à se mettre au lit avec eux sans discours préalable.
Ce jour-là, il n’était pas rentré de la nuit. Il avait dit qu’il avait rencontré un vieil ami, qu’ils avaient trainé dans une boite et qu’ils n’avaient pas vu le temps passer.
 - Fais-moi du café, tu veux bien.
Il était monté se raser et il avait mis ses lunettes de soleil, celles dont les verres sont presque noirs, avant de se rendre au bureau.
Plusieurs fois il n’était pas rentré de la nuit. Il lui servait toujours le même discours : le vieil ami rencontré, le bar, le temps qui passe sans qu’on s’en aperçoive. Et il lui demandait de lui faire un café fort.
Elle le fit suivre. Pour se tranquilliser, se dit-elle.
Il rencontrait une jeune femme blonde qu’il emmenait à l’hôtel pour quelques heures après qu’ils aient dîné. Elle prit une décision irrévocable.
 - Je sais tout, Pierre. Ca ne peut plus durer.
 - Tant mieux. Je ne devrai plus te mentir. J’ai horreur de ça.
Il ne chercha plus d’excuses lorsqu’il allait voir sa maitresse du moment. Isabelle était au lit quand il rentrait. Il arrivait qu’il lui fasse l’amour, et elle le recevait avec la fougue d’une femme amoureuse et sensuelle. Elle l’aimait, elle cessa de se plaindre. Lorsqu’il téléphonait, il détournait la tête et plaçait la main devant le téléphone. Isabelle sortait de la pièce.
Un jour elle l’aperçut au volant de sa Porsche qui stationnait devant un ministère. Elle s’apprêtait à le rejoindre lorsqu’il sortit de la voiture, le bras levé pour un salut, et se dirigea vers une jeune femme, elle n’avait pas plus de vingt-cinq ans, qu’il embrassa longuement.
Ce jour-là elle l’avait haï mais à la douleur qu’elle ressentit, elle aurait voulu mourir sur le champ devant les yeux de Pierre, elle sentit qu’elle l’aimait toujours. Elle ne le haïssait pas. Elle était jalouse.
 - Je pense que nous devrions nous séparer.
C’est lui qui le dit, et qui le répéta la semaine suivante.
 - Tu peux trouver un appartement meublé en attendant.
 - En attendant quoi ?
 - Nous sommes des adultes, Isabelle. Nous allons nous séparer. En attendant le divorce, je vais te verser une rente. Mais, ne tardes pas.
Elle n’avait pas tardé. La semaine suivante elle occupa un appartement dont ses parents étaient propriétaires. Elle reçut une lettre de l’avocat de son mari. Il avait introduit une demande en divorce et voulait connaitre le nom de celui qui représenterait Isabelle. Pierre, son mari, souhaitait que la procédure soit la plus courte possible. Il avait ajouté par téléphone, il y a des phrases qui ne s’écrivent pas:
 - Votre mari prétend que c’est par amitié pour vous. Il aurait pu, comme d’autres, vous tromper et néanmoins continuer de vivre avec vous. Il espère que vous n’interfèrerez pas dans sa vie privée comme il ne le fera pas dans la vôtre. Désormais, vous êtes une femme libre.
Désormais, elle était une femme libre. Mais elle ne savait pas encore ce que cela signifiait. Il n’est pas facile d’être libre. Peut-être même que ce n’est pas nécessaire.
A la fin du quatrième mois elle ne reçut pas sa rente. Elle téléphona la semaine suivante. Pierre avait une réponse toute prête.
 - J’allais t’appeler. J’ai besoin de te voir. Il ne faut pas m’en vouloir, j’ai eu quelques problèmes ce mois-ci.
Quand il était entré, il l’avait embrassée sur les deux joues.
 - Tu n’as pas changé. Tu es toujours aussi séduisante. Et moi, est-ce que j’ai changé ? Tu veux que je reste avec toi ce soir ?
Il mit les mains sur ses épaules. Elle secoua la tête pour dire non mais il l’avait serrée contre lui, et elle eut envie de lui dire oui.
Le lendemain elle avait préparé le petit déjeuner.
 - Nous allons faire comme si rien n’était arrivé.
Elle était en slip et en soutien gorge.
 - Tu es toujours aussi appétissante mais ce n’est pas possible, Isabelle.
Elle avait retenu ses larmes. Elle était allée s’habiller.
 - Je suis trop bête, se dit-elle.
 Elle se mit au lit. Elle voulait dormir le plus longtemps possible. Elle ne dépendrait plus d’aucun homme. Si elle avait besoin de coucher, oui coucher, c’est elle qui choisirait l’homme avec lequel elle se mettrait au lit.
Sans le vouloir sans doute son mari l’avait libérée.
Se maquiller, mettre sa poitrine en valeur, enfiler une jupe qui moulait ses fesses dans la perspective de séduire physiquement donnait à son visage une gravité qu’elle ne s’était jamais vue. Qui lui plaisait. Son visage exprimait ce qu’elle était prête à offrir. Beaucoup.
C’est souvent de cette manière que les choses se passent. Elle n’avait plus rencontré Marc depuis la fin de leurs études. On eut dit un clin d’œil du destin. C’était un dimanche matin. Tous les deux faisaient la file dans la boulangerie proche de leur domicile.
 - Isabelle !
 - Marc !
Dans le café où ils s’étaient attablés, il avait tout dit presque tout de suite. Sa femme l’avait quitté, il était seul depuis six mois. Il avait deux enfants, des adolescents à charge une semaine sur deux du père ou de la mère. C’était la semaine de la mère. Il était médecin, cela marchait bien pour lui.
 - Et toi ?
Il était un peu empâté. Elle par contre était toujours aussi séduisante, elle n’avait pas changé, avait-il dit. Ils disent tous la même chose. Il avait été surpris d’apprendre qu’elle n’était plus avec Pierre. Pierre aussi, il l’avait connu adolescent. Il se souvenait qu’elle était folle de lui.
 - On mange ensemble ?
Ils ne se quittèrent pas de la journée. Mais le soir, pour le dernier verre, il la ramena chez elle, il l’embrassa sur la joue, et il rentra chez lui. Il éprouvait pour elle quelque chose de sérieux. Il ne voulait pas qu’elle pensât qu’il s’agissait d’une simple coucherie parce que l’occasion se présentait. Elle fut déçue.
Deux jours plus tard elle l’invita à rester, et ils ôtèrent leurs vêtements, lentement, avant de se mettre au lit.
Ils étaient ensemble depuis neuf mois environ. Le divorce avait été prononcé. Elle se répétait qu’elle était libre. Elle n’avait plus de nouvelles de Pierre mais elle avait le sentiment indéfinissable qu’elle souhaitait le revoir.
Elle fut surprise quand elle vit sa voiture, c’était toujours une Porsche, à proximité de son domicile. Il sortit. Il leva la main pour un salut, comme il faisait d’habitude, et s’avança en souriant.
 - On s’embrasse. Tu es toujours aussi séduisante. Tu ne changes pas. J’ai appris que tu étais avec Marc. C’est un garçon formidable. Il a beaucoup de chance.
Elle n’avait pas encore dit un mot qu’il lui prenait le bras.
 - Allons prendre un café.
Durant près d’une heure ils n’avaient parlé que de Marc.
 - Tu peux difficilement imaginer à quel point il est attentif à mes moindres désirs.
 - J’imagine très bien. Déjà jeune, il cherchait à qui rendre service. Il avait une âme de bonne sœur. Médecin, c’est une vocation qu’il avait dans le sang. Spontanément, Isabelle énuméra toutes les qualités de Marc. Et d’autres dans la mesure où elles étaient à l’opposé de celles qui pouvaient être attribuées à Pierre. En avait-il d’ailleurs ?
Elle parlait de Marc à Pierre et, en même temps, c’est à Pierre qu’elle pensait et non à Marc. A croire que deux couples se trouvaient assis à la même table.
Dans ce couple imaginaire, la personnalité de Marc était floue. Gentil. Très gentil. C’est une formule idiote que de dire de quelqu’un: il est très gentil. Avait-elle besoin de se justifier devant Pierre ? C’est elle à présent qui menait les opérations lorsqu’elle était avec un homme. Elle fit glisser ses chaussures et, tout en parlant, posa ses pieds sur les jambes de Pierre. Ils se retrouvèrent au lit.


              



Dà leghje dinù

Quercus ilex - 20/04/2017

Le savoriste - 22/02/2017

La Madonne Sibilla - 29/01/2017

Le Patriote - 21/06/2016

Le reflet - 29/05/2016

La boîte à mutisme - 18/05/2016

La tour - 23/07/2015

Février 1769 - 16/06/2015

Vertige - 27/04/2015

A rivredda di Natale - 07/01/2015

Love kamikaze - 19/11/2014

Pointure 38 - 11/11/2014

Ses yeux noirs - 07/11/2014

L’enlèvement - 17/09/2014

Académique maraude - 12/09/2014

Polpa Vaccina - 08/09/2014

Le secret - 30/08/2014

Lettre de son moulin - 05/08/2014

Prédatrice - 01/08/2014

Bertrand - 17/06/2014

1 2 3

Negru | Rossu | Biancu | Ghjallu | Critica | Feuilleton




Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...