Bloggu litterariu corsu

u 5 di Dicembre 2013 - scrittu dà - lettu 109 volte

Un souvenir


Un souvenir
C’est dix ans après la libération que Gaston nous avait réunis tous les cinq pour la première fois. Il disait que c’était rendre hommage à Fernand qui avait été fusillé deux jours avant que la guerre ne soit achevée.
Nous devons faire notre devoir quoiqu’il nous en coûte.
Il nous avait installés autour de la table ronde qui leur servait, à son épouse et à lui, à recevoir leurs amis sans qu’une préséance quelconque irritât l’un ou l’autre de ses invités. En réalité, c’était la seule occasion que Juliette avait de sortir de l’armoire la nappe ronde qu’ils avaient achetée près d’Avignon.

Il y avait six chaises. L’une d’entre elle était inoccupée, celle qui était censée être celle de Fernand. C’était symbolique ; disait Gaston. Symbolique ou non, Fernand était bel et bien mort et n’existait que dans nos mémoires. Et durant la comédie que nous nous jouions.
Chacun de nous aurait pu être celui que ses amis honoraient aujourd’hui. Tous nous aurions pu être de ceux que les survivants évoquent en disant : nos morts.
Je ne me souviens pas du jour où Gaston nous avait proposé de nous réunir afin d’évoquer la libération de notre pays. Pas de notre pays seulement mais celle de tous les pays qui s’étaient trouvés en guerre contre les Allemands et qui avaient étés occupés par eux.
Gaston aimait à se souvenir pour de vrai si je puis dire. Ce jour-là, il avait revêtu le costume qu’il portait durant la guerre. Moins fripé parce qu’il le conservait dans une housse après l’avoir délicatement repassé. C’est une tâche qu’il ne confiait pas à Juliette. Repasser son pantalon l’aidait à se souvenir.
Quant aux autres, il avait bien fallu qu’ils mettent leurs vêtements habituels. Les années avaient passé, ils étaient plus corpulents, les matières textiles utilisées n’étaient plus les mêmes et, après la guerre, ils avaient repris sans regret leurs occupations habituelles.
Finalement, seul Gaston était mentalement bousculé. Il contemplait avec complaisance les pinces-pantalons qu’il conservait pieusement. Ces pinces-pantalons qu’il utilisait pour se déplacer à vélo durant la guerre pour transporter des tracts à la barbe des policiers allemands. Des policiers qui se moquaient de lui lorsqu’il enfonçait son béret jusqu’à hauteur de ses oreilles. Nous l’appelions : Gaston la pincette.

Nous étions âgés d’une vingtaine d’années. Pas beaucoup plus pour l’aîné d’entre nous. Je ne sais plus si le courage de nous opposer à l’occupant nous guidait ou le sentiment de participer à un jeu plus excitant que d’autres. De toute manière, chacun de nous avait le sentiment qu’il était immortel. Ceux qui ne l’étaient pas, nous ne l’avons appris que plus tard.
Les jeunes aiment à jouer au grand amour mais nous n’avions pas de liens réellement sentimentaux. Seul Fernand qui était presque marié. A Juliette précisément. Juliette qui avait épousé Gaston après la guerre.
Ce que Gaston voulait évoquer en nous réunissant, je ne l’ai su que plus tard. Nous pensions que c’était Fernand qu’il voulait honorer. En fait, il voulait évoquer la dernière image qu’il en conservait.
Fernand avait rendez-vous avec Gaston à la petite imprimerie qui imprimait leurs tracts. Ce jour-là, le texte qu’il avait écrit, il voulait le soumettre à Gaston avant de le remettre à l’imprimeur. Le texte appelait à la lutte armée. En gros, il disait : à chacun son allemand.
Était-ce le moment ou non ? Les jeunes gens que nous étions ne mettaient pas toujours en balance ce qu’ils préconisaient par rapport aux risques encourus. Fernand pensait que c’était le moment, c’est la raison pour laquelle il attendait Gaston chez l’imprimeur.
Gaston de son côté était au lit avec Juliette. Après qu’ils se fussent aimés, ils avaient pris la décision de dire à Fernand qu’ils s’aimaient, qu’ils avaient l’intention de vivre ensemble et de se marier.
Lorsque Gaston était arrivé à proximité de l’imprimerie, une voiture de la police allemande stationnait devant la porte. Trois militaires en sortaient et parmi eux Fernand et l’imprimeur.

Si Fernand n’avait pas attendu Gaston, si Gaston n’avait pas fait l’amour à Juliette, si… si. Avec des si, dit-on, on peut mettre Paris dans une bouteille.
Nous avons cessé de nous réunir.


              



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