Bloggu litterariu corsu

u 10 di Ghjenaghju 2014 - scrittu dà - lettu 211 volte

Un révolutionnaire


Un jour, lors d’une manifestation comme il y en avait de nombreuses en France en 1968, il était à côté d’un garçon qui avait jeté un pavé sur la tête du policier étendu devant eux.
 - Arrêtes, arrêtes. Tu vas le tuer, avait crié Henri.
Le garçon était hors de lui. Il avait repris le pavé, et l’avait asséné sur le visage du policier. Quand les autres CRS les avaient entourés, l’un d’eux, leur chef, avait crié :
 - Qui a frappé ? C’est toi ?
Le garçon avait secoué la tête. Il était transi de peur.
 - C’est toi ?
Henri avait tendu le doigt. Le garçon s’était mis à pleurer.
 - Je ne voulais pas, je ne voulais pas.
Plus tard, Henri apprit qu’il s’agissait d’un jeune métallo qui croyait que la révolution avait éclaté. Il était allé au bout de ses convictions. CRS-SS avait-il crié.
 
Henri avait son diplôme de philo-lettres. Il balançait entre une carrière de chercheur dont il disait en riant : chercheur de quoi, ou un travail de traducteur plus proche de ses goûts. Il soulignait, sans rire cette fois, que ça l’obligerait à mettre les mains dans le cambouis des tâches terre à terre.
Il n’y avait plus de vingt ans que la guerre s’était achevée, et dans l’esprit de beaucoup de jeunes, il était temps qu’on transformât le monde. Derrière le Parti Communiste, le Parti de la classe ouvrière, le Parti des Fusillés.
 
C’est à la fête de l’Huma qu’il avait demandé sa carte du Parti. Le stand était tenu par des jeunes gens. L’un d’eux lui avait crié :
 - Salut, camarade.
Henri avait compris qu’il se trouvait parmi les siens.
 - Salut, camarade.
Le jeune homme qui l’avait accueilli se nommait Simon Deltenre. Il lui avait demandé son nom et son adresse.
 - Tu feras partie de la section Est. La cellule Bergère, c’est la mienne aussi. Ta carte te sera remise par le camarade Chauffier. Tu devras lui payer ta cotisation. Tu es étudiant ? Il n’y a pas de honte, camarade.
Mais Henri avait rougi. Ce sont les travailleurs qui sont les bâtisseurs du Futur. C’est drôle, même le discours oral avait ses majuscules.
 
En sortant d’une réunion de cellule, il s’était trouvé face à Juan Moralès, le fils d’un de ces républicains espagnols qui avaient rejoint la France à l’avènement de Franco. Juan avait été son condisciple à Philo-Lettres. Le hasard sans doute, ils ne s’étaient plus rencontrés depuis la sortie de la Fac. Juan et lui avaient été de bons amis qui pouvaient parler des heures durant de politique et de philosophie.
 - Nous avons besoin de toi, Henri.
 - Nous ?
Ils s’étaient attablés à la terrasse d’une brasserie du Boulevard Montmartre.
 - Tu veux nous aider, Henri ?
Le cœur d’Henri s’était mis à battre plus vite. Un seul instant avait suffi pour que la vie de Juan, une vie secrète, il l’avait deviné, celle d’un militant, prenne un relief aussi marquant que celui des personnages de l’ombre qui naissent lors des bouleversements de l’histoire.
On était en 1975. Franco était fort malade. Certains disaient qu’il était aux portes de la mort, d’autres disaient qu’il était déjà mort mais que la nouvelle, pour des raisons de haute politique, était dissimulée au peuple espagnol.
Il y avait comme une césure dans le cours de l’Histoire. Rien ne bougeait. Même le parti communiste, le fer de lance de la lutte, se taisait.
Juan et ses camarades refusaient d’être nés trop tard.
Tout le monde le sait. L’Histoire, c’est aussi l’histoire de chacun d’entre nous. Il y a deux histoires, aussi séparées l’une de l’autre que le sont les planètes: celle de ceux qui traversent leur existence sans savoir qu’ils en sont les maîtres mais qui l’ignorent ou qui veulent l’ignorer, celle de ceux qui se l’approprient tant qu’ils en ont la force.
Henri, soudain, se rendait compte qu’il n’attendait qu’un signe. Dieu ou le destin, ce n’étaient que des mots pour justifier une soif inexplicable de vivre autrement ou autre chose.
Juan faisait partie d’un groupe de jeunes révolutionnaires, des élèves de l’école d’architecture de Barcelone, qui voulaient contribuer à la fin du régime avant que la monarchie ne remplace la dictature. Seuls des coups de feu pouvaient attester de leur existence.
 
Juan avait acheté des armes, des pistolets, dans une maison située en banlieue parisienne qui alimentait en armes ceux qui en avait besoin pourvu que ce soit contre argent comptant.
 - J’ai payé, j’ai mis les armes en lieu sûr. Mais j’ai le sentiment d’être surveillé, Henri. Ces armes sont dans un sac de sport, à la consigne. Il faut les acheminer à la frontière. Quelqu’un t’attendra à Perpignan.
Juan n’avait pas demandé à Henri s’il était d’accord. Peut être qu’il l’avait deviné en le regardant. Peut être que Henri était d’accord avant même que la question ne lui ait été posée. Qui sait ce qui motive les gens au delà des apparences. Qu’il s’agisse de vie ou de mort.
 
A Perpignan, Henri était attendu. Par un jeune inconnu et par Juan qui souriait. Il y a, paraît-il des poignées de main qui valent de grands discours. Henri avait les larmes aux yeux.
Il avait eu peur durant tout le voyage. Il avait fait semblant de ne pas regarder le sac qu’il avait hissé sur le filet, en face de lui. Son regard l’y ramenait constamment.
 - Ne dis rien, Juan. Ce n’était pas grand-chose.
Je veux vous accompagner.
 - Il faudra traverser la montagne à pieds.
Ils traversèrent la frontière à la hauteur de Figueras dès l’aube. Le soir, ils étaient à Barcelone.
 
La première fois, ils s’étaient retrouvés, Juan, son ami et lui dans un petit appartement situé entre la Cathédrale et les Ramblas. Ils étaient six. Cinq garçons et Manuela. Ils regardèrent les armes et Victor, le plus jeune d’entre eux, fit semblant de viser une statuette qui se trouvait sur la cheminée comme il l’avait vu faire dans des films policiers.
 - Dès demain, nous devrons décider de la cible.
Ferdinand, c’est lui qui les recevait, avait sorti d’une armoire la bouteille de Xérès, et rempli les verres. Puis, chacun prit congé. Henri avait accompagné Manuela chez elle.
Manuela se voulait une passionaria qui vouait sa vie à la classe ouvrière. L’image de la révolution. Elle faisait l’amour avec passion.
 
C’est le jeune Victor qui bouleversa tous leurs plans. Il n’avait pas pu attendre. Il avait tiré sur un garde-civil sans l’atteindre, et il s’était fait arrêter. Une histoire lamentable et banale qui le mena en prison non pas comme un révolutionnaire mais comme un délinquant ordinaire. Franco venait de mourir officiellement, l’Histoire de l’Espagne se remettait en route.
Par prudence, le groupe s’était dissous et leurs membres s’étaient dispersés. Manuela avait quitté Barcelone. Henri n’avait pas cherché à la retrouver.
Un an plus tard, il avait revu Juan qui s’efforçait d’être engagé comme fonctionnaire à la municipalité. Il avait des qualités de leader et saurait diriger un service sans difficulté.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...