Bloggu litterariu corsu

u 22 di Ghjenaghju 2013 - scrittu dà - lettu 270 volte

Un prophète


Un prophète
C’est décidé, Pierre, cinquante-cinq ans, a tout vendu. Il veut s’installer dans le sud et aider les autres. Au Luxembourg il était directeur d’une des banques les plus importantes d’Europe. La vente de sa maison, plus celle d’un fond de commerce, ses actions, ses économies, font qu’il est détenteur d’environ quarante millions d’euros. Intransigeant sur un plan professionnel, il a toujours été d’une grande humanité. Il lui arrivait de ne pas empocher son salaire, préférant le donner sous formes de primes providentielles aux employés les plus défavorisés de sa banque. Éternel célibataire il n’a jamais connu les plaisirs charnels, il s’est fait une raison. Il est vrai que son physique est pour le moins ingrat, un nez épaté et retroussé attire le regard sur deux grande narines, de sorte que les gens ne le regardent pas droit dans les yeux, mais droit dans les narines, occultant ainsi ses yeux trop petits et trop rapprochés, de plus, sa bouche en cul de poule et toujours un peu baveuse ne se referme jamais sur ses dents proéminentes, surtout les deux incisives centrales du haut, à faire pâlir un lapin de garenne. Mais il n’en a cure, il est animé par une force qui le pousse à faire le bien, améliorer le quotidien des gens, comme ça, sans rien attendre en retour.
Quand il débarque en corse, dans un petit village, les habitants qu’il croise dans la rue se demandent ce que peut bien faire en décembre ce touriste à tête de belge, avec sa banane autour de la taille et un air con, issu de trois générations de mariages consanguins. Il a trouvé une chambre d’hôte pas chère, chez, Toussainte, une vieille d’un autre temps, complètement sourde et toujours en train de maugréer contre l’humanité entière, qui se limite à son petit village.
Trouvant les autochtones complètement différents de ses congénères luxembourgeois, il fait des efforts, va au bar à l’heure de l’apéro.
 - Une verveine s’il vous plaît.
Quelques habitués le regardent de travers, des vieux avec un œil qui se ferme, dont la casquette s’incline de stupéfaction, un jeune en treillis, les cheveux frisottés, et qui n’a pas dû parler d’autre chose que de chasse au sanglier depuis des mois. Lui pour se rendre agréable et briser la glace lance un : patché hé salouta ! Oh belge de merde ferme ta gueule ! Reçoit-il en retour.
Les jours passent, à force d’entendre des bribes de conversations, il parvient à identifier certains des problèmes handicapant le quotidien des locaux. Église vétuste, école trop petite, pas d’abattoir, des nids de poule sur les routes, des poules en divagation, des vaches et des cochons aussi. Il commence à échafauder un plan pour palier à tout ça.
Mais d’abord, une idée lumineuse lui redonne littéralement goût à la vie, lui qui a toujours rêvé de faire de la scène, il se dit, mais quelle aubaine: Ces paysans n’ont jamais du assister à un spectacle, je m’en vais leur en monter un, et gratis en plus, et mieux encore, un dîner spectacle, je vais commander chez les meilleurs traiteurs, ces gens qui ne mangent que du sanglier et du saucisson d’âne ne vont pas en revenir ! Pierre n’a pas lésiné sur la qualité, du foie gras, des huîtres, du cabri, du chapon farci, des langoustes grillées, des grands vins, des bûches pâtissières d’une grande finesse, presque tout le village est là. Un personnel qualifié sert les gens attablés, au bout d’un moment, Pierre fait son apparition sur la grande estrade, devant le micro. Il débute son one man show par une blague qui, se dit-il, va mettre le public dans sa poche.
 - Cher amis, bonsoiiiiiiiiiiir (il se dit que pour un artiste soigner son entrée et sa sortie est très important), Savez-vous pourquoi les corses son petits ?
Un ange passe, c’est Ange Padovani qui va redresser un spot.
 - Parce que leurs parents leurs disaient : quand vous serez grands vous travaillerez.
Pierre a les joues écarlates tellement sa vanne est puissante à ses yeux. Le public est médusé, Toussainte rogne une cuisse de cabri jusqu’à l’os en maugréant contre les bergers. Et, beaucoup sont pris d’un fou rire nerveux énorme, monumental même, Pierre se dit : enfin, je fais rire les foules, j’ai trouvé ma voie. Désormais il est complètement désinhibé, pour la suite de son spectacle, il choisit d’imiter des oiseaux, des poules, des aigles, des autruches, des dindons… Il mime une poule qui marche en tournant la tête de manière saccadée, puis picore frénétiquement en poussant de terribles Cot cooooooot. Puis il glapit, cancane, turlutte, glousse… Le public est hilare, sauf Toussainte qui maugrée, et certains se disent déjà, voilà un beau pigeon à plumer.
Et plus le temps passe, plus Pierre est accepté. Pour faire plaisir à Toussainte, qui n’entend rien, sauf un coq en divagation, contre lequel elle ne cesse de maugréer, il le tue à coups de pioche devant des témoins médusés. Toussainte le prépare avec une sauce au vin divine, il est content de manger avec elle, elle n’entend pas les rots qu’il ne peut retenir en mangeant. Les jours suivants, il paie une entreprise de travaux publics pour goudronner les routes municipales, avec des fossés béton. Il donne régulièrement de l’argent à chaque habitant, environ cinq mille euros par personne et par mois.
Toujours de bonne humeur il pense à son prochain spectacle qu’il veut grandiose. L’abattoir, qu’il a financé pour ne plus que les éleveurs fassent des kilomètres, est terminé, flambant neuf, et aux normes européennes, Nunziu, un grand maigre, éleveur de porcs taiseux et plein de tics et de toc, est le premier à l’utiliser. Il tue sa bête, la découpe sur place et rentre chez lui pour la transformer. Quelques jours plus tard Pierre n’a toujours pas donné signe de vie, l’inspecteur qui questionne les gens du village s’arrête chez Nunziu, prendre de la saucisse et du figatellu, lui ne peut pas en manger, il a la goutte, mais sa grosse femme qui toute l’année va du canapé au frigo en tongs avec des chaussettes, adore la charcuterie. Ce sera la première et la dernière fois que ce bon Pierre entrera dans la bouche d’une femme. Nunziu n’avait pas digéré que ce "con de belge" tue son coq.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...