Bloggu litterariu corsu

u 6 d'Aostu 2015 - scrittu dà - lettu 290 volte

Un poisson dans le désert


Steve allume son ordinateur, ouvre le dossier "Recueil de textes courts", termine sa canette de bière en fixant l’écran où apparaît son dernier texte en chantier :
 
Il lui faudrait peu de choses pour être mieux, une falaise, une nuée de mouettes, un marché avec des truites fraîches du Colorado, le parfum d’une femme dans ses draps.
Igor Vinci allume la télévision, un bruit de fond pour être bien, le ton mielleux d’un animateur de téléachat.
Il ne veut pas quitter ses quatre murs jaune clair.
La ville est sous la pluie, de sa fenêtre, au vingt-troisième étage d’un immeuble inerte, il aime voir sa rue illuminée par les reflets des enseignes sur les trottoirs.
Marc est réceptionniste dans un hôtel délavé jusqu’au cœur de ses pierres invisibles. Il est en congé.
Il boit un café en se réjouissant d’avoir du temps devant lui, le temps d’attendre ; d’assouvir sa nouvelle passion dévorante… attendre.
 
Il ferme le store, éteint la lumière, se met devant son écran et lit des nouvelles en ligne :
Il gèle à pierres fendre, peu de chance de voir des culs alignés faire le trottoir.
Il faudrait écouler toute cette merde ; l’égout et l’écouleur ça ne se discute plus quand ça pue.
"Putain ! J’ai plus d’inspiration, j’écris du vent !" Se dit Steve.
 
Ayant besoin de s’aérer, il monte dans sa caisse.
Des montagnes à perte de vue, entre elles des intervalles. Dans ces intervalles, des vallées au sol d’argile, ou de sable, ou des terrains plats de sel.
Les montagnes en piles de roches sèches s’élèvent au-dessus des vallées. Leurs versants sont ornés d’arbustes, herbes et cactus. Seuls les pics et arêtes les plus élevés reçoivent assez d’humidité pour alimenter de petites forêts.
Dans ce désert orange écrasé de soleil, Steve dévore l’espace sur l’US 50 Nevada, la route la plus désolée d’Amérique. Sa Ford Mustang II rouge est couverte de poussière, à l’intérieur, des canettes de bière vides s’entrechoquent.
Dans le rétroviseur, un camion-citerne Peterbilt 281 des années 1950 apparait au loin. Au bout d’un moment il lui colle au train. Son poste radio crache de l’AC/DC saturant l’habitacle.
Steve sort son bras et fait signe au camion de se ranger.
Il ne voit pas le chauffeur dans cet engin sans couleur, on pourrait croire être en présence d’une créature issue de ce foutu désert. Le chauffeur coupe les gaz.
D’abord, Steve voit des bottes de cowboy, puis un grand gaillard à la peau brûlée par les réverbérations, trouée par la petite vérole, il se dit qu’il va s’en inspirer pour incarner un plombier dans son histoire.
Steve est petit et rond, son Marcel toujours maculé de sauce, de cambouis, sa couronne de cheveux hirsutes met en relief le dessus lisse de son crâne ; rajoutez-y un sourire mi-figue mi-raisin, et, de prime abord, l’on croit voir un ringard con à bouffer du foin.
Puis, ceux qui le regardent enfin sont transpercés par ses yeux gris clair métalliques, un regard profond ébréchant la raison…
Il invite le chauffeur à boire une bière fraîche, un luxe dans une pareille fournaise.
 - Ouvre mon coffre Max, il y a des bières dans la glacière !
 - Oh ! Il y a aussi une tête de coyote dans la glacière !
 - J’aime bien les coyotes cowboy !
 
Steve a de la tendresse pour les vieux camions, une nostalgie régénératrice. Le chauffeur est un ancien Marine, il avait servi en Irak comme sniper, il transporte de la bave d’escargots dans sa citerne, de quoi réduire les rides des vieilles peaux fortunées de l’état tout entier, il y en a pour une fortune.
Après deux ou trois bières, Max se lâche – il dit avoir tué des femmes et des enfants en Irak – se vante de cogner sur son épouse pour l’éduquer – dit qu’avec trois ou quatre dents en moins l’envie de faire "sa coquette" lui passe pendant qu’il va bosser dur et ramener le bifteck.
L’inconscient, il ne sait pas à qui il s’adresse ; Steve déteste ceux qui violentent femmes et enfants.
Il a six maîtresses. Il les respecte et a des attentions raffinées à leur encontre.
Hier soir, avec Grace, ils ont fêté l’anniversaire de leur rencontre.
Tout y était. Décors romantique avec chandelles plantées dans des orbites de coyotes fraîchement décapités, vin californien, beignets de pommes de terre à la farine de maïs, barbecue de serpents.
Steve avait enfilé une belle chemise hawaïenne, Grace portait le jean et le haut noir qu’elle avait le jour de leur rencontre, c’était quand il avait encore sa station.
Après l’avoir honoré par divers trous, il la replaçât délicatement dans le congélateur numéro 1, aligné avec les cinq autres, en se réjouissant qu’elle ne soit plus en froid…
 
STEVE
Arrête de déverser ton flot de saloperies cowboy, si tu ne veux pas finir en sac à os pilés !
 
MAX
Calme-toi gros nain ! Ou je te souffle au cul pour te transformer en montgolfière !
 
Max balance une droite lourde et rapide. Steve esquive, reçoit le coup sur l’épaule, pivote instantanément et profite de l’énergie cinétique pour ficher un long tournevis cruciforme à dix centimètre de profondeur dans l’œil gauche de l’outrecuidant Max. Celui-ci ne couine pas longtemps, Steve l’assomme d’un uppercut d’une grande fluidité, puis le balance dans le coffre de sa voiture.
Il ouvre une vanne de la citerne, l’énorme flot de bave s’écoule, ça le rend fou l’indigence de cette société de consommation.
Une voiture arrive et s’arrête à hauteur du camion-citerne, il s’agit d’un ressortissant allemand, Herman, c’est un mec droit et discret, Steve l’aime bien.
 - Hallo, Steve !
 - Muskatnuss Herman !
 - Was ist es ?
 - C’est de la daube Herman !
 - Ouaf Ouaf ! Auf Wiedersehen Steve !
 - Gateauuuuuu !
Il redémarre, s’estompe dans le flou de l’air torride, torride comme une suée d’angoisse, une menace déraisonnable…
 
Steve est un expert de la mise en scène, Max ouvre les yeux, il est allongé dans le sable, ses membres sont écartés et solidement attachés à des piquets rouillés. Il est aux premières loges pour profiter du spectacle.
Devant lui, un long monolithe noir coiffé par le soleil levant. Tout autour, en cercle, des coyotes en transe. Des sons étranges descendent du ciel
http://youtu.be/GtM0_QJbtrk
 
Steve apparaît tel un ange perdu, ses yeux voyant ailleurs. Il a dans ses mains un énorme fémur de bison. Alors que retentit "Ainsi parlait Zarathoustra" de Strauss, la massue s’abat sur le pied droit de Max. un hurlement déchire l’invisible, c’est déjà beaucoup…
 - Je t’avais prévenu ! Tu deviens un sac à os pilés !
 
C’est le soir, un poisson lune lumineux vol dans le désert, le silence est minéral. Steve, et les coyotes, regardent voler Max gonflé à l’hélium, enroulé dans des guirlandes LED. C’est apaisant – il vit… Steve est un génie. Max a encore un souffle de vie, quelques grammes de conscience et une douleur effroyable…
Un hibou au bec acéré le crève, Max part en zigzag dans un long pet fétide, ses os pilés s’entrechoquent, les coyotes suivent la baudruche pour la bouffer. Steve regarde sereinement les étoiles filantes, il va rentrer, boire un bon whisky, écouter Beethoven et se remettre à écrire…
http://youtu.be/jZ8tmkDLkLs


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...