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u 3 di Maghju 2014 - scrittu dà - lettu 228 volte

Un jeune homme ordinaire


Un jeune homme ordinaire
Jean Fournier, j’avais fait sa connaissance à l’Université. C’était un garçon assez quelconque d’aspect dont le visage fiévreux d’adolescent était marqué d’une imposante paire de moustaches aux extrémités relevées, identiques à celle que portait le chancelier Bismarck.
Un jour, au cours de biochimie, alors que le professeur s’apprêtait à entamer son cours, un élève est entré dans la classe avec fracas, bloqua brutalement, et retira ses rollers.
 - Ouf, j’ai cru que je serais en retard.
Il souriait à monsieur Renard, le professeur. Monsieur Renard ne souriait pas.
 - Dehors !
Une autre fois, à la sortie des cours, quelques dizaines d’élèves s’étaient rassemblés pour manifester leur opposition à la politique du gouvernement en matière d’immigration.
Jean Fournier criait le plus fort. A un certain moment, il remonta les quelques marches qui menaient à l’entrée du bâtiment de la faculté des Science Politiques et, face aux élèves qu’il dominait d’une hauteur de trois marches, il cria:
 - C’est facile de parler. C’est devant le parlement qu’il faut aller. Et tout de suite. Allons-y.
Tous les élèves machinalement s’étaient placés derrière lui en rangs par quatre, et avaient commencé de marcher.
 - Ce n’est pas vrai, me dit-il plus tard. Il suffit que quelqu’un crie pour qu’on le suive ? D’être devant. J’ai cru que j’allais m’évanouir.
 - C’est comme ça.
Nous n’étions pas des amis à proprement parler mais j’éprouvais de la sympathie pour lui. Il était toujours d’accord avec ce que je disais et au début de nos relations j’en étais flatté. Mais depuis l’incident qu’il avait provoqué il était toujours d’accord avec tout le monde. Jamais plus, il ne se mettait en avant. Et quand des condisciples politisés l’interrogeaient du regard, il souriait d’un air niais.
 
Je l’ai revu dix ans plus tard au hasard d’un contrôle fiscal de l’entreprise dans laquelle je travaillais. J’ai mis quelques minutes à le reconnaitre. Il n’avait plus les moustaches provocantes de son adolescence mais le visage lisse de la plupart des gens.
Après avoir travaillé très peu de temps dans le privé, il avait cherché un poste de fonctionnaire pour la stabilité que conférait leur statut. Grâce à l’appui d’un ami de sa mère, il avait été engagé au ministère des finances.
 - C’est un bon job. Et à cinq heures, tu peux profiter du beau temps pour te promener.
Quand je prendrai ma retraite, je serai sûrement chef de bureau. C’est super, non ?
J’ignore s’il plaisantait ou non.
 
Plus tard, c’est un ancien condisciple qui m’avait parlé de lui. A la sortie de l’université, il avait été engagé en même temps que d’autres universitaires dans une firme de consultance. Ils étaient deux qui, dans une banque, compilaient des tas de documents que le chef de projet aurait à analyser.
Jean avait accompagné son travail de nomenclature de conclusions pertinentes. Il se demanda si son supérieur n’en serait pas heurté. Après tout, ce n’était pas son rôle de tirer des conclusions. Son collègue de travail partageait son avis. Il ne fallait jamais faire plus que ce qu’on demandait.
 - Laisse à tes chefs le soin de dire ce qui est juste.
Quelques jours plus tard, son supérieur félicitait son collègue pour son travail, et les quelques conclusions dont il l’avait accompagné.
 - Preuve de votre esprit d’initiative. Je vous félicite, jeune homme.
 
A cette époque, Jean était amoureux de Cécile, une jeune femme très libérée, disait-elle, qui n’éprouvait aucune gêne à avoir un amant pendant quelques temps, puis un autre, puis un autre encore. Elle les choisissait selon ses fantaisies du moment mais avec soin. Il y avait beaucoup de provocation dans ses attitudes.
Elle avait couché avec Jean sans un attachement plus grand que pour d’autres mais Jean s’était épris d’elle au point qu’il avait osé lui demander de l’épouser.
 - Je n’ai pas envie de me marier. Ni avec toi ni avec un autre.
 - Mais je t’aime.
 - Moi aussi, je t’aime.
L’après midi de ce jour-là, il la vit aux bras d’un autre.
Ce fut une journée difficile. Lorsqu’il sentit durant la nuit que le sommeil allait prendre le dessus, il se leva pour se mouiller le visage. Il ne voulait pas dormir. Il voulait penser à Cécile.
Il avait d’autant plus conscience de l’aimer qu’il en souffrait. Et de l’aimer lui donnait des droits sur elle que personne ne pouvait lui denier. C’est une conviction assez répandue.
Une autre vie commença dont le théâtre s’ouvrait la nuit. La nuit, il pensait à Cécile et à son corps. Il la devinait avec un autre mais il était persuadé que s’il pensait à elle suffisamment fort, c’est à lui qu’elle penserait en faisant l’amour.
 - Pense à moi, pense à moi. C’est avec moi que tu fais l’amour.
Il s’efforçait de ne pas dormir pour ne pas rêver. Il prétendait penser sa vie. Il en imaginait le déroulement comme il le souhaitait. Qui peut dire si les personnages de la nuit étaient moins vivants que ceux qu’il rencontrait durant le jour ? Le jour, au ministère, il ne se liait avec personne.
Son chef disait :
 - Il manque de personnalité. Si vous dites blanc, il dit blanc. Si vous dites noir, il dit noir. Il n’a pas l’âme d’un chef.
Mais la nuit quand il faisait l’amour avec Cécile, c’est avec maîtrise qu’il l’amenait à la jouissance.
Un jour qu’il l’avait croisée avec son amoureux du moment, il avait eu le sentiment que c’est en rougissant qu’elle l’avait regardé. Il le savait. Comme lui, elle devait avoir conscience de leur relation nocturne. Quel était celui qu’elle trompait ? Lui ou l’autre ? Elle devait être imprégnée de son odeur comme il était imprégné de la sienne. Quand il faisait sa toilette, le matin, il ne lavait que son visage.
Il était trop tendre. En amour, il faut dominer. Il décida de la prendre autrement. C’est en gémissant qu’elle se trainerait à ses pieds.
 
Elle était devenue folle de lui. Un jour, elle l’avait attendu toute la journée. Lorsqu’il était rentré du bureau, elle lui avait arraché les vêtements.
Jean ne se préoccupait plus de savoir si pendant qu’il la caressait en imagination, c’est d’un autre qu’elle partageait le lit. Il était devenu l’acteur d’une autre vie que celle que vivaient la plupart des mortels destinés à la subir.
Au bureau, lorsque ses collègues évoquaient des histoires de coucheries, souvent des histoires de cocufiages dont certains d’entre eux étaient les protagonistes triomphants ou les victimes, il était heureux. Cécile, elle, ne le trompait pas, trop contente d’être un objet entre ses mains. Il décida de leur parler d’elle. Il ne s’agissait pas de ces histoires qui font s’esclaffer les hommes autour d’un verre de bière. Ou les femmes lorsqu’elles sont entre elles. Il leur montrerait ce qu’est l’amour véritable.
Il leur parla de Cécile pendant qu’il lisait un rapport que personne d’autre ne lirait. Il leur dit tout. Tout. Leurs visages reflétaient de la jalousie, et chez certains d’entre eux, les plus médiocres, de la haine. Ils vendraient leur femme pour jouir de Cécile. Bien sûr, pensa Jean, ce n’était que son imagination qui s’était manifestée mais où est la différence ? C’était aussi excitant que s’il l’avait fait à voix haute.
 
Au bout de quelques temps, il ne trouva plus dans sa vie parallèle les excitations qu’il y trouvait auparavant.
Le rêve devint tout aussi fastidieux que les réalités de l’existence ordinaire.
La vraie vie commence à l’heure de la mort quand tous les événements de la vie s’enchainent définitivement. Sa cohérence ou ce qui en tient lieu, ses ombres et ses lumières est un livre irrémédiablement écrit. Mais qui le lira, pensa-t-il.
Cécile habitait à l’étage d’une étroite maison au balcon constitué par un arc de fer forgé. Durant la nuit, il devait être facile d’y grimper en s’aidant du tuyau d’évacuation des pluies. Jean avait un couteau dans la main.
Tout s’était déroulé trop vite. Le couteau était tombé. L’occupant du rez-de-chaussée était sorti en criant. Jean avait à peine vu la silhouette de Cécile derrière le rideau.
A la clinique psychiatrique, il restait prostré, assis, le visage enfoui dans les mains.
Il n’est pas donné à tout le monde de vivre ou de mourir pour de vrai. Un suicide raté c’est courant, avait dit le psychiatre.


              



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