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u 5 di Maghju 2014 - scrittu dà - lettu 252 volte

Un grand-père


Un grand-père
Pépé Paglieta (prononcez Paillet'a), surnommé ainsi parce qu'il ne quittait jamais son chapeau de paille, n’ôtait jamais non plus son costume clair bien qu'il résidât au village. S'il avait vécu plus longtemps, il y a fort à parier qu'il aurait adoré faire la fête avec ses petits fils devenus adultes.

Pépé Paglieta s'était marié très jeune, contre sa volonté, et contre celle de sa promise,  avec Annonciade, une femme laborieuse et taillée pour l'effort. Jamais ces deux-là ne s'aimèrent et avec le temps, ils en vinrent à se détester. Trop différents, ils vivaient à côté l'un de l'autre plutôt qu'ensemble.

Paul aimait faire la fête. Annonciade, le jardin. Ils se croisaient souvent au petit matin, elle, une bêche à la main, lui, une bouteille sous le bras, vestige de sa nuit loin d'elle.

Il lui fit 5 enfants, il fallait bien assurer la descendance, et ne s'y intéressa que modérément. Il n'était pas fait pour la vie rude du village, travailler la terre lui faisait horreur. Sa confortable pension de guerre lui permit de ne jamais suer au dessus des sillons. Une coriace tuberculose eut l'heur de se déclarer la veille de sa montée au front. Il y aurait laissé la vie, il y perdit un poumon.

Alors que rien ne le présageait, il manifesta beaucoup d'intérêt envers ses petits enfants, principalement quand ceux-ci devinrent adolescents. Ce qu'il aimait par dessus tout, c'était leur prodiguer des conseils de séduction. Il leur expliquait comment plaire aux femmes, leur conseillait d'ôter jeans et t-shirts au profit d'un beau costume qu'un vieux tailleur d'Ajaccio pourrait leur confectionner.
Il les mettait en garde contre l’homosexualité, un fléau qui touchait la jeune génération. De son temps à lui, ces choses-là ne se faisaient pas. Il en parlait beaucoup. Souvent. C'était un peu son cheval de bataille et il n'hésitait pas à se montrer cru afin de choquer les jeunes esprits des adolescents amusés qui l'écoutaient. Lui qui aimait tellement les femmes ne pouvait comprendre qu'un homme puisse être attiré par un autre.

L'été avec ses amis, il écumait les bals de village ! Excellent danseur, il avait un succès fou. Les femmes faisaient la queue pour avoir l'honneur d'une danse avec Paul. Il rentrait au petit matin, ivre d'alcool et de bonheur. Il croisait alors Annonciade, la mine maussade qui s'en allait biner les tomates. Il était cigale, elle était fourmi.

Après la belle saison, l'ennui le gagnait. Fort heureusement, il adorait les cures thermales ! Il s'y rendait chaque année, grâce au poumon qui lui restait et qui manifestait des signes de fatigue. Ces cures annuelles, lui donnaient l'occasion de quitter son village, où décidément, l'hiver, il ne se passait rien, et de faire de savoureuses rencontres.

A Saint-Honoré-les-Bains, il devint rapidement l'ami du maire d'un petit village du sud de la France, venu prendre les eaux avec sa femme, et n'eut pas grand effort à faire pour devenir l'amant de cette dernière, la délicieuse Berthe. Comment aurait-elle pu résister aux roucoulades de Pépé Paglieta, susurrant des "Berrrrrthe" enflammés dans le creux de son oreille ?

Quand le couple achevait sa cure, Pépé Paglieta la poursuivait car Marthe le rejoignait enfin. Cette solide veuve bretonne, blonde dans sa jeunesse, grande et fessue à souhait, le comblait au delà de toute espérance. Comme elle était loin, la brune et besogneuse Annonciade ! Comme il serait toujours temps de la retrouver !

Au retour pépé Paglieta était épuisé et se montrait très déprimé. Les joies de Saint-Honoré-les-Bains n'étaient plus qu'un souvenir qui le faisait sourire dans l'obscurité de sa chambre, et puis il vieillissait. Alors que la vaillante Annonciade continuait de cultiver son jardin avec ardeur, sarclant ses pieds de tomates avec entrain, Pépé Paglieta rongeait son frein dans le lit d'où il sortait de moins en moins.

L'année suivante, il ne put aller en cure. Trop affaibli pour cela. Sa maladie pulmonaire avait gagné du terrain. Il prit soin de prévenir ses chères Berthe et Marthe de son absence. " Berrrrrthe (Marrrrrthe) je ne pourrrrai pas venirrrrr cette année "annonça-t-il avec tristesse.

L'agonie de pépé Paglieta ne fut pas longue. Annonciade, toujours consciente de son devoir, le soigna jusqu'à la fin.

Le jour de son enterrement, la maison était pleine de monde. Les gens venaient se recueillir une dernière fois devant la dépouille de pépé Paglieta (toujours vêtu d'un costume mais noir cette fois-ci) et présenter leurs condoléances à la famille.
Comme les personnes parlaient du défunt autour d'un café, Annonciade, en grand deuil, s'approcha de la fenêtre où quelque-chose avait attiré son attention et s'exclama:

" Mi, chi ci hè un ghjattu rossu in i pumati ! (Oh, il y a un chat roux dans les tomates !)


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...