Bloggu litterariu corsu

u 2ndu di Ghjenaghju 2014 - scrittu dà - lettu 140 volte

Renaissance


Lisière de la cité, un banc de sable perdu entre un ciel et une mer éteints et une ville saturée, une famille ramasse ce qu’il reste de coquillages, ils les percent et les aspirent à la paille, la connerie élevée à un certain niveau est une vertu…
Un temps au souffle chaud et sec s’installe, Artz n’en a rien à foutre. Il n’a jamais digéré que la liberté soit liée à la consommation – plus on consomme plus on est libre – il pense exactement l’inverse. Ça lui rabote les amygdales de voir des associations grassement subventionnées par le pouvoir, créer des centres où l’on apprend à des minorités d’immigrés sous-prolétaires à taper sur des tambours – on se fout de qui ? Une manière condescendante de montrer où est la place de chacun, en beurrant les culs on entretient l’ordre des choses. « Comme c’est méprisant ! » pense-t-il. Les autres, indigènes ductiles, ne sont qu’esclaves cocus jusqu’aux moignons.
 
Les structures des immeubles sont en acier, les murs en verre épais recouverts de fientes, le flou c’est chou.
Un grand nombre d’immenses temples pyramidaux sans sommets parsèment la ville, en son centre la réplique en deux fois plus grand de la mythique statue de la liberté, dont le concepteur fut le Franc-maçon français Frédéric Gustave Bartholdi, elle tient la « flamme de l’illumination ».
Les voitures, avec leur grand œil sur la partie avant, sur coussins d’air, appartiennent à tous ceux qui ont la carte – il faut s’asseoir, elles font le reste.
Dans un bureau d’une chaîne de télévision 4D publique :
 - J’ai balancé Gérix au directeur, il avait critiqué les patrons, il est viré !
 - Gérix le chroniqueur ? Ah oui, c’est toi l’animateur, j’aurais pas aimé être caché dans ta cave pendant l’occupation ! Fais gaffe, si un jour t’es viré, vu le talent que tu as, tu mangeras du caca sur le trottoir, personne ne voudra de toi !
C’est ainsi, pour s’élever socialement, certains, non contents d’exercer la plus rampante des allégeances, éliminent la concurrence en la souillant jusqu’aux plus enfouies des fibres légitimes – vendre son âme pour être un esclave de luxe.
La ville est perpétuellement illuminée ; les nuits sont bleues, ou roses, c’est selon.
Sur l’avenue translucide, quelques vieux viennent le soir chercher de la poésie. Les lumières artificielles se reflètent sur les pavés vitrifiés et les sculptures font illusion, on dirait des arbres. Si un quidam meurt par terre, des capteurs le signalent illico, des jets d’arômes poudrés sont diffusés en boucle, il est rapidement transporté au centre de prélèvement d’organes et de sang. Des jeunes passent la tête en bas en flottant, le sang à la tête les fait planer plus loin :
 - Il n’y a plus de respect ! Disent les vieux. À l’époque ils se contentaient de passer avec des chaussures automatiques de bonne marque.
 
Artz est autodidacte, un sage – le seul ? Il sait que la technologie a incroyablement explosé par rapport aux âmes restées sensiblement les mêmes, l’écart est abyssal. Chapeau, sa clairvoyance est de l’intelligence pure comme une fraise sauvage.
La ville est malsaine, en s’y baladant il ressent probablement le même malaise que ressentaient les personnes à la conscience éveillée, comme dans le passé ces clients des parcs d’attractions genre Disney : mensonge, obscénité…
Artz vent du bon rêve, il empoche dix pour-cent des crédits car il en est l’unique auteur ; le reste est pour le pouvoir – ses êtres biens nés, formatés dans les écoles et des loges prestigieuses – des cuistres mités du bulbe qui se prennent pour des chevaliers des temps modernes. Des vermines suceuses de sang, quand vous n’en avez plus, ils vous en injectent, du rouge épais s’il vous plaît !
Les rêves qu’il fait vivre sont simples et inaccessibles – une cheminée – un sapin – une barque sur une mer d’huile – une crèche – un violon – un moineau – un pain – la lune – le soleil – un poème – des livres… Assez pour ne plus ressentir l’espace d’un instant, même inconsciemment, de n’être qu’un consommateur pucé ; la pesée, l’analyse, la consistance de leurs crottes font parties de leurs croyances. Pas d’esclandres voilà la règle, de bons abrutis consommateurs compulsifs, voilà le deal ; sinon on vous détruit, d’abord un séjour dans la cité des culs en l’air, à la merci des perversités les plus incongrues – introduction de fumigènes, de pyramides clignotantes, de vrais ou de faux sexes, de vraies ou fausses mains… Puis pour ceux des classes moyennes c’est la mise à mort sociale, la plus perfide, pour les sous-prolétaires et leurs enfants c’est l’enfer, les rites sataniques avec tortures, viols, exécutions, cannibalisme…
« Putain mais ils ne se rebelleront donc jamais, ces abrutis ? » Pense Artz.
Lui a sa part d’échanges sains avec ses perroquets, dans son petit refuge en bord de mer – pertinents, antisystème, insoumis, poètes, amoureux du beau:
 - Croaa, le livreur de globules est un con, Croaa, il met des chaussettes blanches avec des pantalons courts, Croaa !…
 - Tu as raison Champollion, il n’y a pas plus belle parure que celle formée par tes phanères, qui diffractent la lumière à la manière d’un prisme…
 - Phanèèère, nique sa mèèère, à l’aut’nain de gouverneur…
 
Des sphères volantes, bondées de citoyens, farandoles vers les reliefs de la périphérie, c’est la journée de congé mensuel de la zone 17. Ça va festoyer dans les règles.
Ça expose fièrement les derniers achats, très bling-bling / poy-poy, comme ces robots mouches volants, qui coiffent ces dames vêtues de tailleurs verts pomme ou jaunes citron ; les chignons sont parfaits, les franges bien effilées, les dégradés équilibrés, les couleurs mates ou brillantes. Des hommes font combattre leurs chiens mécaniques (pas de soucis, des pièces de rechange sont vendues dans les commerces) d’autres tourbillonnent comme des pantins désarticulés sur le lac d’apesanteur, ou bien paradent devant de fraîches enchignonnées.
Puis l’on glace le lac pour que des soucoupes y glissent, ballet de titane, de cuisses à l’air, d’amants d’un après-midi de faux chien.
 
Artz n’aime plus son épouse, une fille de diplomate, elle fout sans cesse sur la table de la sphère privée ses justificatifs assumés de domination :
 - Mais réfléchis, Ségolène, rien ne justifie ce mépris envers le peuple !
 - Mais tu es dans quel caaaaamp ? À cause de ta manière de penser je suis obligée de laisser nos enfants à la communauté !
 - Je n’ai plus envie de toi Ségolène, tu n’es pas plus attirante qu’une patte de poulet pour moi !
 - Je divorce, tu n’es plus chez toi ici Artz, je ne te causerai pas de problèmes mais prends tes affaires et pars immédiatement !
Artz s’en trouve soulagé, il n’en pouvait plus de cette vie au cœur détraqué.
Ségolène est de ces femmes qui voient toujours la tâche sur la nappe, mais jamais le bouquet au milieu de la table. Il va se retirer sur la bande de sable en lisière de la ville, il l’a acheté.
 
Il s’y installe à temps plein pour le bonheur de ses perroquets. Il fait venir le père Iscope et Labbé Rézina pour bénir les lieux, des clandestins, vu que c’est interdit.
Et puis il y a Frida, quand il la croise elle lui fait toujours un bisou sensuel, ils s’effleurent les lèvres d’une joue à l’autre, elle colle ses seins contre son buste et son cœur, après il en rêve la nuit en bandant. Mais maintenant il est libre, et elle?
 - Croaaa, et puis il y a Fridaaa qui est belle comme un soleil Croaaa, et qui m´aime pareil que moi j´aime Fridaaa Croaaa…
 - Oui Cléoptile, elle serait bien avec nous ! Pour l’heure, j’évalue mon idiosyncrasie !
 
Son abri en bois est devenu un beau chalet, le sable est ocre et fin, par temps trouble on ne voit plus la ville, juste un ciel plein et sombre et une mer animée par des rouleaux à ourlés blancs ; agréable sensation d’être seul au monde et au cœur des éléments. C’est en ce jour opaque que débarque d’un superbe trois-mâts le peuple de la brume, majestueux, humain, bienveillant, ils vont à une source du gaz avec des récipients sophistiqués.
Artz se rend sereinement à leur rencontre, ils ne sont pas soupçonneux. Depuis très longtemps, ils y ont décelé un gisement de gaz révolutionnaire, non polluant, ne provenant pas de la désagrégation d’anciens organismes vivants. De quoi fournir une énergie propre et illimitée. Ils lui apprennent qu’ils ont nommé cet endroit « la bande de Gaz A ». Artz leur dit qu’il en est le propriétaire et qu’il la laisse entièrement à leur disposition.
Le contact passe très bien, ils l’invitent, avec ses perroquets, à venir sur leur territoire.
 - Croaaa vive l’aventure, adieu les illiminati, Croaaa !
 - Croaaa, oui Chérie, on va visiter l’île fantastique, Croaaa !
 
Le trois-mâts fend la mer toutes voiles déployées, il n’y a pas de chef à bord, tout le monde participe dans la bonne humeur. Artz est à la proue du navire, les embruns iodés le fouettent délicieusement, jamais il n’aurait cru vivre un tel bonheur, il l’associe à une renaissance. En discutant avec un ancien, il apprend que ce peuple n’a ni dieux ni maîtres, son mode de fonctionnement est basé sur la confiance, l’harmonie, l’effort commun, la solidarité et l’égalité. Ils se sont basés sur des valeurs anciennes, paysannes, chrétiennes, des valeurs de petites communautés ou de certaines civilisations…
Artz plonge son regard dans celui de Marie, il est envoûté, elle vient contre lui :
 - Je suis seule, tu me plais, accepterais-tu de partager ma maison ce soir ?
 - Oh oui !
 
Non loin de la grande île, plusieurs bateaux de pêche évoluent en cercles, les pêcheurs saluent chaleureusement les occupants du trois-mâts, Artz est subjugué par cette fraternité naturelle chez ce peuple.
Le port est bordé de petits immeubles aux façades crépies à la chaux blanche, ici le ciel est bleu, on parlait de peuple de la brume, c’est un peuple au-delà des brumes.
Les façades blanches se reflètent sur le plan d’eau bleu ciel et bleu profond, les mouettes répètent inlassablement leur ballet; sur le quai des étals de fruits et de légumes, des jarres d’huile d’olive et de vin…
Artz et ses perroquets sont accueillis chaleureusement, des avions tigres de chasse rentrent de leur patrouille… Artz en a pris plein les yeux, il a enfin vu le soleil, la vraie mer avec des poissons, des fruits des légumes, des gens libres, non bridés.
 - Croaaa qu’on m’arrache les plumes du cul si je repaaars d’ici, Croaaa !
Artz apprend que ce peuple est en sécurité car il a une force de frappe indiscutablement létale.
Personne ne leur cherche des poux, ils en font de même.
Artz et ses perroquets, s’ils choisissaient de s’y installer, seraient les seuls étrangers à intégrer cette civilisation.
Ils vivent en harmonie et ne veulent pas prendre le risque de tout déséquilibrer en accueillant des gens venus d’ailleurs.
Eusèbe (le seul vêtu d’un costume, noir, piqué d’une rose à la boutonnière, avec un chat dans les bras) :
- La pire des souffrances est celle qu’on ne peut pas nommer. Il faut bien comprendre que notre société rejette le mode de gestion satanique du monde d’où tu viens. À force de manipulations spectaculaires ils ont réussi à pervertir, inverser les valeurs, et dominer les peuples !
Nous avons étudié tout cela, notre conscience politique est élevée, incorruptible, et au service du bien commun !
Artz :
 - Je suis heureux de vous avoir rencontré, vous m’offrez les mots qui manquaient à mes ressentis, j’aimerais rester ici, être des vôtres !
Eusèbe :
 - Tu es le bienvenu, nous savions qu’un homme choisissant de se retirer sur la bande de Gaz A était en porte-à-faux entre deux mondes ; en plus avec des perroquets pleins d’humour, tu es le bienvenu mon frère !
Artz :
 - Vi saluto Don Eusèbio, come si dice, j’ai un caillou dans ma chaussure, mes enfants sont chez ces dégénérés!
 - Je vais leur faire une offre qu’ils ne pourront pas refuser !
 - Le bacio la mano Don Eusèbio…
 
Début de soirée, Artz est sur une terrasse qui surplombe le vieux port, les reflets orangés dans l’eau sont superbes, et la lune, il la voit pour la première fois, il est hypnotisé, il sait que ses enfants vont bientôt le rejoindre. Marie arrive avec un plateau de petits légumes crus à tremper dans des sauces, lui qui ne mangeait que des globules… Et ce vin ! Les perroquets chantent du Elvis Presley, Marie est belle, simple, sensuelle, heureuse…
 - Croaaa, Cléoptile ce soir tu passes à la casserole, Croaaa !
 
L’autre perroquet mâle, Saturnin, est en froid avec la Goulue, sa femelle. Il est en pleine dépression, il passe la soirée seul devant une coquille de noix vide, le bruit qu’elle émet quand il la fait bouger sur la table ne l’amuse pas, il le trouve même déprimant, la lune qu’il voit à travers la petite lucarne est sans magie. Il se renferme sur lui-même, comme si ça avait du sens, il se complet dans un faux confort victimaire et ravageur, il se ment.
Il se dit que si la coquille était une boîte de pâté (il sait que dans les temps anciens cela existait), il aurait pu se trancher la gorge avec ses rebords tranchants ; et puis non, après tout dans ce nouveau monde il y a des fruits, Croaaa.
La Goulue rêve de se produire sur scène, être connue et reconnue, et le décor de ce magnifique port correspond à l’idée qu’elle se faisait d’un grandiose théâtre à ciel ouvert.
Saturnin repense à leur première rencontre, il se perche sur la petite lucarne, voit la Goulue sur une barque de pêche, les yeux larmoyants, son plumitif ne l’aime plus…
Quelques coups d’ailes maladroits et il se pose à ses côtés :
 - Croaaa, j’ai de nouveau envie que l’on regarde dans la même direction, je repense au petit oiseau que tu étais, je me suis menti trop longtemps, Croaaa !
Les deux amoureux, tête contre tête, regardent les arabesques effectuées par les dauphins…
Marie chevauche Artz, â son tour elle dirige les ébats, des coups de reins avec variation de rythme, circulaires, il lui caresse les seins, sa renaissance est merveilleuse.
Artz pense au lendemain avec enthousiasme, partir pêcher, travailler la terre…


              



Dà leghje dinù

Mambo Italiano - 01/11/2017

Pace hè pace - 13/07/2017

Le miroir - 13/04/2017

Barbares - 29/03/2017

La chasseresse - 03/01/2017

Voile de soie - 18/06/2016

Stronzu Maé - 02/05/2016

Amour dévidé - 17/04/2016

Pour le bien de tous - 27/03/2016

Un train vers le sud - 17/03/2016

Passé antérieur - 27/12/2015

Scalpel - 14/07/2015

Trader démasqué - 27/11/2014

La guerre du Brocciu - 25/11/2014

Offrande - 10/10/2014

Sammy Lebienheureux - 12/07/2014

La mort de Thérèse - 13/06/2014

La répétition - 29/05/2014

Gentleman driver - 28/05/2014

1 2 3

Negru | Rossu | Biancu | Ghjallu | Critica | Feuilleton




Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...