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u 14 di Farraghju 2014 - scrittu dà Barbara Morandini - lettu 348 volte

Question de point de vue


Antoine

Question de point de vue
On est mardi et comme tous les mardis elle va arriver plus belle encore que les autres jours. Pourquoi le mardi ?
Parce que le mardi on a anglais et qu’elle est amoureuse du prof ! Putain !
De ce con là, qui la calcule à peine en public. Un vieux, genre trente cinq ou trente huit ans. Ce prof, capable de sortir en sous-marin avec une élève !
Marié et avec un enfant en plus !
Je l’ai vu avec sa femme et son gosse un jour. Ils se promenaient en ville.
Quand je lui ai dit à Serena, son visage est devenu sombre, d’un coup.

« Je sais ! Elle lui a fait un enfant dans le dos, pour le retenir. C’est pour ça qu’il ne peut pas la quitter tout de suite. Elle essaie par tous les moyens de nous séparer, mais elle n’y arrivera pas. »

Le plus pathétique c’est que je l’aime cette fille, comme un fou, et que je suis son confident, depuis le début.
Le jour de la rentrée je l’ai vu arriver et confiant, comme on peut l’être au retour des vacances d’été, je l’ai abordé. La "nouvelle", belle, fraiche, j’ai voulu me la jouer malin, ne pas faire le lourdingue en jouant la carte de l’amitié pour commencer. Le temps a passé et j’avais trop peur de la perdre en lui avouant mes sentiments.

Je nous revois, un jour, dans la cour de recréation :
- Antoine, il faut que je te dise quelque chose. Voilà, je suis amoureuse…
- Amoureuse ? De qui ? (A ce moment là, débile que je suis, j’avais l’espoir que ce fût de moi)
- Stéphane et moi, vivons une histoire extraordinaire, la plus belle des histoires.
- C’est qui ça, Stéphane ?
- Stéphane Poli.
- Stéphane Poli ? Monsieur Poli ? Le prof d’anglais ? Putain, tu déconnes là ?
- Non, on s’aime ! Ça fait six mois. Tout a commencé à la veille des vacances de la Toussaint. La CPE m’avait convoquée pour me rendre mon portable et le temps qu’elle me fasse la morale, je me suis retrouvée comme une conne devant le lycée, le car était parti. Il passait par là en voiture, il s’est arrêté, il m’a raccompagnée… C’est là que ça a commencé. Dans le silence de la voiture il y avait de l’électricité. J’avais des frissons à chacun de ses mouvements. Il a allumé le poste, "Furtunatu" passait, depuis, c’est notre chanson. On va partir ensemble, en Irlande pour les vacances de printemps.
- Ah ! C’est pour ça la leçon sur l’Irlande ? (j’étais dévasté)
- Exactement ! Dès que j’ai mon bac, on s’en va, ensemble, loin.

Les jours qui ont suivi, j’ai observé, plus attentivement.
Poli était vraiment très fort, un robot. Elle, se pâmait, multipliant les signaux. Lui, faisait son cours, passait dans les couloirs sans la calculer mais lui envoyait des lettres enflammées, écrites sur du papier bleu clair ridicule. Elle me les montrait après, sans se douter du mal que ça me faisait. Moi je ne pouvais pas m’empêcher de penser que quelqu’un qui se maitrisait autant en public ne pouvait être totalement sincère. S’il l’aimait vraiment, s’il était aussi fou d’elle comme il le disait, j’aurais capté un regard, une attitude. Mais là, rien ! Je pense qu’il la prend pour une conne, le salaud, il veut juste se faire une jeune.

Bon, faut dire qu’elle est bien Serena. Franchement, la mieux, de tout le lycée, mais ça se fait pas putain ! Ce type a un problème ! Même dans sa manière d’agir avec Marta, c’est abusé.

Marta c’est son assistante. Elle vient du Pays de Galles.
Elle est trop cool, elle nous donne les réponses quand on a des contrôles et que Poli a le dos tourné. Le weekend on la voit en boite, on boit des coups ensemble, elle se fait chier ici la pauvre. Elle est sympa, Poli supporte pas qu’on soit potes avec elle. Une fois, je me souviens, je l’ai entendu l’engueuler, elle était en pleurs. Il lui reprochait d’en avoir rien à foutre du métier de prof, qu’elle était venue ici en vacances bla bla bla…
Quand j’y pense, il est mal placé pour donner des leçons sur ce qui se fait ou ne se fait pas, ce con !

Hier, c’était la rentrée des vacances, Serena n’était pas là, j’ai eu peur qu’ils soient restés en Irlande, qu’ils aient avancé leur fugue.
Puis je l’ai vu, lui, dans les couloirs, alors je me suis dit qu’elle était simplement absente et que je la verrais le lendemain, le mardi, elle n’aurait jamais loupé un mardi.
Mais, pas de Serena mardi non plus. Durant les vacances elle n’avait répondu à aucun de mes messages. Ça me dégoutait d’imaginer ce que Dublin avait vu mais j’avais quand même hâte de la retrouver.
Marta non plus n’était pas là. Un élève a demandé où était l’assistante, Poli a répondu en rigolant froidement qu’elle était enfin rentrée chez elle. C’est le Diable ce mec ! Je m’inquiétais pour Serena. Fallait que je passe chez elle.

J’avais raison de m’inquiéter, il était arrivé quelque chose. Elle était dans une clinique, elle avait fait une tentative de suicide durant les vacances. J’ai séché les cours et je suis allé la voir, elle m’a expliqué ce qu’elle n’a pas voulu avouer à ses parents :
Il lui avait posé un lapin, ce chien !
Il n’était pas allé à l’aéroport, il ne lui avait même pas donné d’explication et elle avait voulu en finir. Elle a d’abord tenté d’avoir un accident en volant la voiture de ses parents mais elle ne sait pas ce qui s’est passé, elle s’est loupée et a opté pour se tailler les veines. Carrément ! Les pompiers l’ont retrouvée, dans le maquis, dans la voiture toute cabossée de ses parents, en train de se vider de son sang.
Dans cette clinique, alitée, elle faisait peine. Toute pale, avec ses bandes aux poignées, elle continuait à prendre sa défense, malgré tout, mais elle semblait avoir ouvert les yeux :

- Tu comprends, notre amour est impossible, c’est un type bien, sa femme est malade, il ne peut pas s’en aller comme ça. Le lendemain du jour où l’on devait partir j’ai su qu’elle avait été hospitalisée. Quelque chose s’est passé mais il ne peut pas me l’expliquer pour l’instant, je lui pardonne tout. Maintenant il faut que je pense à moi.

J’étais soulagé, mais j’avais la haine contre lui, je suis retourné au lycée directement, pour aller l’attraper. Il était là, aux lavabos, il se passait de l’eau sur le visage. Je lui ai dit :

- Ça va ? Vous arrivez encore à vous regarder dans un miroir ? Vous êtes une ordure ! On ne traite pas les gens comme ça ! Vous trouvez ça normal que ce soit un élève qui vous dise ça ? Vous êtes un minable Monsieur Poli !

Il m’a répondu, en me soulevant par le col, les yeux plein de colère :

- Effectivement, ce n’est pas "normal" ! Tu vas baisser d’un ton et ne pas oublier à qui tu parles petit merdeux ! Mes décisions ne regardent que moi et elle, éventuellement ! Elle savait très bien ce à quoi s’en tenir, en s’engageant avec moi ! Je ne suis pas là pour avoir un fan club de toute manière, j’en n’ai rien à foutre si tu ne m’aimes pas ! Tout ce que je souhaite maintenant c’est cette année scolaire se termine, dans les meilleures conditions possibles ! Cette conversation restera entre nous, parce que j’ai d’autres chats à fouetter en ce moment, mais désormais tiens toi à carreaux. Maintenant casse toi !

Je suis parti, sans rien ajouter, ça n’aurait servi à rien.

Stéphane

Non mais qu’est ce qu’il lui a pris à Antoine ? Il a toujours été un élève parfait… Il ne me manquait plus que ça ! Me faire agresser par les gamins au lycée ! Je ne pensais pas que Marta les eussent marqués à ce point.
Elle n’avait rien à faire dans ma classe cette conne ! Depuis la rentrée je supportais, son absentéisme, son incompétence, son haleine d’alcoolique… c’est bon oh ! Je ne suis pas l’abbé Pierre non plus ! Et puis merde, j’en ai assez en ce moment ! Au moins ça fait quelques jours que je n’ai plus de mots dans mon casier. C’était peut-être Marta finalement… Non ! Impossible ! Elle ne parlait presque pas français, alors le corse ! Non, ce n’était pas elle. Mais qui ?
Oh et puis je m’en tape. Ce qui est important c’est que je me reconstruise, qu’on se reconstruise avec Lætitia. Je n’aurais jamais dû lui cacher les mots reçus, dès le départ, j’ai été con mais je me suis dit qu’elle allait me soupçonner. Après c’était trop tard ! L’engrenage !
Un soir elle rentre, elle écoute le répondeur de la maison et là, le drame. Quinze messages, tous les mêmes, Furtunatu en boucle ! Elle se met à fouiller dans mes affaires et tombe sur la pochette dans laquelle je rangeais toutes les lettres de la folle, Nous avons eu ce soir là une dispute mémorable. La pire dans l’histoire de notre couple. C’était vraiment injuste d’être considéré comme un porc. Je crois qu’elle ne m’a jamais entièrement cru, je pense qu’elle a fait un peu semblant, pour le gosse. Après, y’a eu l’accident, j’ai failli la perdre ce jour là. Rien que d’y penser, j’en ai les larmes aux yeux, même si ça va mieux maintenant.
Le chauffard qui l’a percutée a bien failli la tuer, il a pris la fuite, la laissant là, à moitié morte.
Était-ce intentionnel ? Si oui, mon Dieu, mais pourquoi ? Je serais mort aussi si elle avait disparu. Tout le monde me semble suspect. J’ai peur qu’à tout moment ça recommence, risquer de tout perdre, encore.

Serena

Aujourd’hui c’est jeudi et comme tous les jeudis j’ai rendez-vous avec Patrick. Il y a deux jours mon ami Antoine est venu me voir. Ça m’a rappelé ma vie d’avant. C’est étrange, ça me semble tellement loin. Je ne regrette rien, c’est grâce à ça que j’ai rencontré mon Patrick.
Quel bonheur ! J’ai tellement hâte d’être en sa compagnie.
Patrick c’est mon médecin, mais pas que…
On s’aime avec Patrick, d’un amour infini.
On va partir ensemble un jour. Il m’a écrit de très belles lettres sur du papier bleu clair… Je les garde précieusement cachées dans un tiroir à double fond. Pour l’instant il est obligé de rester discret, parce qu’il n’a pas le droit de fréquenter une patiente, mais surtout parce qu’il est marié… C’est une espèce de harpie sa femme, elle ne le comprend pas du tout, il ne l’aime plus, il n’aime que moi, il va la laisser, il me l’a promis et je le crois…


              



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