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u 1mu d'Aostu 2014 - scrittu dà - lettu 404 volte

Prédatrice


Prédatrice
Condamnée à mort. Pas une simple exécution, mais celle assortie de tortures diverses qui réjouiront le public. Leur vengeance sera dans la contemplation de mes souffrances.
Priez, me dit-on. Des prêtres venus m’exorciser. « Sorcière ! » Crie-t-on à mes oreilles. « Repends-toi ! » Le crucifix est brandi telle une arme, crucifix que l’on me fait baiser, afin que Dieu daigne jeter un regard de commisération sur ma personne. Je ne veux aucun pardon. Je hais ces gens. Les voir mourir me réjouis. J’en ai tué et si je pouvais en tuer encore, sans distinction de classe ou d’âge, sans même savoir leur nom, leur caractère leur sentiment, je le ferai encore. Je les hais. Autant qu’ils me haïssent, et même plus encore. Ils m’ont détruite. Je ne fais que les tuer, ce qui est moins douloureux. Ils pensent qu’en me torturant de mille manières je vais souffrir. Mais la douleur physique ne m’est rien. Mon âme est morte il y a deux ans. Tout comme ma patrie, tout comme mon fils et nos hommes.
Je les hais. Je vais souffrir dans ma chair. J’appréhende mais rien de ce que je vais ressentir ne dépassera en intensité ce que j’ai pu subir par le passé.
Ils ont commencé d’ailleurs. Comme tout assassin, il me fallait avouer mes crimes. Ils n’ont pas eu à frapper bien fort. Je n’avais aucunement l’intention de mentir, j’ai avoué sans détour. J’ai fait le récit avec la précision nécessaire de tous mes exploits. Je n’ai rien omis, rien. Ni le sang, ni les battements de mon cœur, ni la peur dans leurs yeux, ni la joie et l’excitation qui m’étreignaient… ça les répugnait. Et moi, je revivais cela, encore et encore… Il a fallu que j’avoue aussi mon commerce avec les démons. Peut-être ont-ils raison après tout. Je dois être une sorcière. Je connais l’utilisation de certaines herbes, d’imprécations variées, des prières pour retirer l’ochju… ou bien de le jeter. Nos croyances sont pour eux sorcellerie. Même nos prêtres sont pour eux des hérétiques. Surtout quand ils tiennent un fusil et qu’ils se mélangent au peuple pour défendre leur terre. Ils ne nous comprennent pas. Ils veulent nous exterminer à défaut de nous faire plier et obéir à leurs lois. S’ils le veulent, je serais aussi une sorcière, même si cela implique des souffrances supplémentaires lors de ma mise à mort. J’aurai aimée mourir comme un soldat, face aux fusils, mais on ne m’accordera pas cette grâce, ni l’honneur d’être un simple combattant. De toute façon, ils n’accordent à personne le statut de combattant, mais celui de rebelles ou mieux, de bandits.
J’ai étonné pourtant un des enquêteurs. Le fait que je m’exprime parfaitement en italien et je sache lire et écrire l’a visiblement surpris.
Je croupissais, faible et sale, au fond de mon trou, couverte de vermine et de pissat, mais il m’a offert un peu de suif et de quoi écrire, ces quelques feuilles que je noircis, avec une mine de plomb dans une écriture serrée et désordonnée. Je ne sais ce qu’il compte faire de ce témoignage après ma mort. Ils ont déjà noté les descriptions de mes guet-apens, de la manière dont j’ai tué chacun de leur soldat.
Mon île a perdu, notre chef tant respecté, que j’ai aimé de manière inconditionnelle, sa prestance, sa force persuasive, personne ne pouvait résister à son regard bleu inquisiteur. Il m’avait jaugé de la sorte la fois où je l’ai vu. Et ma fidélité lui fut acquise. Nous nous vîmes à plusieurs reprises et je me flatte de croire qu’il a apprécié commercer avec moi, que nos conversations parfois légères et badines lui faisaient oublier les soucis de l’état. Nous pouvions parfois deviser avec plus de sérieux, mais je devenais alors une élève attentive, car irrémédiablement, je finissais par lui poser mille questions et il me répondait avec la patience d’un maître face à un enfant en bas âge.
Mais il est parti dans cet exil forcé, et nous devons, nous ses enfants, nous battre seul et nous montrer digne de ses leçons.
Et puis la guerre et la férocité de nos ennemis m’a fait perdre mon âme. Ce qu’ils m’ont fait, alors que je n’étais fidèle qu’à mes idéaux, m’a fait perdre toute compassion, et un désir de vengeance inextinguible s’est emparé de moi. A chaque homme tué, je versais leur sang avec une rage incontrôlable.
 Je me souviens encore… Ma maison si paisible naguère, envahie par leur petite troupe, ils étaient entrés, fouillant partout pour extirper les rebelles, nos miliciens, que je pouvais cacher. Ce qu’il ne savait pas, c’est que j’étais une de ces soldats. Comme chacune des femmes de cette île, j’étais capable de combattre pour défendre nos maisons. Nous devenions des louves. Alors je m’étais battue. Sauvagement, avec obstination. Mais ils étaient trop nombreux. Alors face à mon fils de huit ans à peine, ils m’ont salie.
Les officiers s n’ont pas hésité, ils m’ont laissée enfermée avec six soudards, ivre de sang, ivre de sexe. Posséder les femmes de leurs ennemis était une sorte d’humiliation suprême. Je me souviens encore de leurs mains calleuses, de leur souffle rauque et puant, de leur sexe immonde entre mes cuisses. Ils me mordaient les seins avec cruauté, s’enfonçant en moi encore et encore, alors que je perdais mes forces, ma capacité à lutter et à crier, ils ne laissèrent aucune partie de mon corps intact, me sodomisant sans vergogne, m’arrachant des hurlements silencieux et des larmes qui les faisaient rire. Je pensais qu’ils allaient me tuer. Je voulais qu’ils me tuent. Mais alors que mon corps perclus de souffrance réclamait sa fin, ils furent monstrueux. Mon petit garçon, cet enfant si doux, ses yeux bleus pleins de larmes, ses mèches rousses collées sur le front, était agenouillé et les suppliait en latin en espérant ainsi se faire comprendre. Alors d’un rire stupide, l’un d’eux enfonça son épée dans son corps si fragile. Tombant à la renverse près de moi, le sang qui s’échappait de sa bouche ouverte, cherchant à être rassuré par mes paroles, cherchant à comprendre pourquoi. Il est mort, en cherchant encore à me protéger.
Ils sont partis. Me laissant nue avec le cadavre de mon fils. C’est à partir de ce moment où je suis devenue une bête. Après l’avoir enterré de mes mains, au milieu de la forêt, loin du regard des hommes. J’avais peur que les renards ne le dévorent, je suis restée à veiller sur sa tombe pendant des nuits. Puis le désir de tuer à mon tour m’a saisie.
 
J’interromps ici son récit, écrit dans une de nos prisons sises en la cité de Corti. J’ai essayé de comprendre ce qui pouvait amener une personne éduquée et à priori saine d’esprit à commettre des atrocités épouvantables. Il est indiscutable que les souffrances causées par la guerre, où nos soldats comme tout soldat lors de ses manœuvres dans un pays hostile, se comportèrent inhumainement. Le viol suivit du meurtre de son fils ont certainement bousculé sa raison probablement fragile.
 
Une question me tarabuste. Qu’en est-il du père de l’enfant ? Elle ne le cite jamais. Elle se faisait passer pour veuve, mais aucun acte de mariage ne fut retrouvé à son nom. Pourtant il s’agit d’une femme éduquée, et il est étonnant qu’aucun contrat, aucun acte ne fasse part d’une telle union. Je l’ai interrogé à ce sujet. Elle est restée définitivement muette.
Autre élément intrigant, cette relation avec le « chef » de la Nation, c’est-à-dire le rebelle Pasquale Paoli assurément. Était-ce une de ses amies ? Peut-être sait-elle plus de choses sur les réseaux impliquant les exilés qui continuent de comploter contre le pouvoir royal. Serait-elle une espionne ? La torturer plus avant pour obtenir plus de renseignements me semble hasardeux. La suite de son aventure me prouve qu’elle agissait seule.
Je me postais, dans le maquis. Mon but était de les suivre silencieusement, sans même remuer l’air autour de moi. J’agissais toujours de la même manière. Je savais ce que j’avais à faire. Il fallait pister des petits groupes, des hommes un peu isolés, comme les éclaireurs, de ceux qui se pissaient dessus quand ils entendaient siffler un merle. Ils craignaient les milices. Mais il y avait pire que les milices : il y avait moi. Mais ça, ils n’en avaient pas conscience.
Ils chantaient pour se donner du courage, bousculant le maquis, dérangeant l’ordre immuable des choses par leur présence incongrue, par leurs uniformes bleus si voyants. Je m’habillais de brun, de la couleur de la terre, des arbres, des feuilles de châtaigniers qui jonchaient le sol. Ma jupe battait mes chevilles dans un bruit familier. A une certaine époque, j’avais préféré un pantalon. C’était plus pratique pour les pister, mais cela l’était moins pour la suite. Non. Une jupe, c’était mieux.
J’attendais patiemment. Je pouvais les suivre pendant des jours, s’il le fallait. Je sais me nourrir d’un rien. Je sens leur peur. Je peux sentir l’odeur de trouille qui les environne. Dans ces moments d’attente, je ne pouvais m’empêcher de compter les encoches gravées sur la crosse de son arme. J’aimais les sentir sous mes doigts. Un, deux, trois, quatre, cinq…
Ah oui le cinquième. Un gosse. Il semblait si heureux l’instant d’avant. J’en étais presque désolée. Mais il n’avait pas à être ici. Rien à faire. Qu’ils aillent tous en enfer. Je vais les suivre là-bas, probablement. Mon âme est morte et mon corps aussi. Il ne restait plus rien, sauf cette vengeance et cet instant de plaisir qui se renouvelait à chaque fois. Un plaisir puissant, que je ressentais uniquement en cet instant. Pour le numéro un, je ne m’y attendais pas, je ne savais même pas ce que j’allais faire. Puis les choses s’étaient déroulées de cette manière. Depuis, je cherchais à les reproduire. Leur regard… Leur regard, surtout me faisais jouir. Je me délectais. Mais c’était si facile ! Aucun d’eux ne s’était jamais méfié. Quels abrutis. Ils ne comprennent rien à mon pays ni à ses habitants.
 
J’aime choisir mes proies. Je faisais mon marché, je voulais de la belle marchandise, un bel animal plein de force et de vie. Je désirais me mesurer à cette virilité et y mettre fin. J’y arrivais toujours.
J’attendais que l’un d’entre eux s’éloigne. Il y en avait toujours un étourdi qui oubliait toutes les règles prudence. Il suffisait qu’il soit pris d’un besoin urgent, qu’il pisse, qu’il chie. Je m’en fichais, l’essentiel, c’était qu’il s’éloigne suffisamment.
 
Je me rappelle de ce traînard qui semblait hésiter, il n’avait eu aucune chance. Il avait sifflé, et par geste, avait signalé à ses compagnons qu’il devait s’arrêter.
L’homme n'avait pas trente ans, il était assez grand et portait avantageusement l’uniforme. Il devait faire sûrement pâlir les Françaises qui minaudaient et qu’il culbutait sans remord… Croyant se taper des dames de la haute, il s’enfilait des putains. Sa moustache avait encore l’air fier. Et évidemment un seul fusil. Abruti ! Si les patriotes les tuaient, c’était parce qu’ils avaient tous plusieurs armes. Fusil, deux pistolets, couteau… C’était le minimum. J’aimais mes pistolets, de manière presque charnelle. Ils étaient toujours chargés, j’étais précautionneuse… Une fois, je n’avais pas pu m’en servir et j’avais dû utiliser ma dague. La jouissance avait été quand même au rendez-vous. Le troisième ? Oui c’était le troisième. Juste un râle.
 
J’avais surgit devant le soldat comme une apparition venant de nulle part. Je m’étais jetée au sol, les mains jointes. J’avais murmuré quelques suppliques, mélangeant sa langue et les quelques mots de français que j’avais acquis. Monsieur, Monsieur… Les larmes dans les yeux surtout. Perdre sa coiffe. Être désirable. Je me sais belle et j’en ai usé. Les jupes à moitié relevées, mes jambes en vue, ma poitrine se soulevant, comme celle d’une grive blessée. Mes mains s’étaient tendues.
L’homme s’était reculotté. Et il s’était penché. «Je ne vous ferais pas de mal… Non non… » J’avais baisé ses mains. « Monsieur, Monsieur pitié… » Dans mon émoi, j’avais relevé mes jupons un peu plus. J’avais placé ses mains rugueuses sur mes seins, comme pour lui montrer ma peur. Il s’était agenouillé, me caressant le visage. Alors, elle je m’étais pliée à son désir. C’était là ce qu’il voulait pour qu’il me laisse la vie sauve ? Je faisais semblant de céder au chantage. Le soldat avait laissé ses mains errer un peu, cherchant à atteindre mon entrecuisse, que j’offrais. Ses doigts fouillèrent dans mon intimité humide. L’un d’eux m’avait fait jouir une première fois comme ça. Il avait su me caresser longuement. Je m’en étais délectée. Mais nous avions eu le temps. Ils étaient en campement. C’était lequel déjà ? Le quatrième… Il savait y faire lui. Un véritable esthète. J’espère avoir été aussi douée que lui.
 
J’avais en mire son sexe, déjà dur, prêt à l’action. J’avais l’œil. Il était pas mal celui-ci… J’avais ouvert alors mes cuisses, l’homme me pénétrant, il n’osait croire en sa chance, une femme, après ces semaines d’abstinence. Je m’étais laissée aller à gémir. Ce n’était pas feint. J’aimais ça et il semblait apprécier lui aussi. Je l’avais laissé s’agiter. Son sexe allant, venant, frottant, cherchant à aller au plus profond. Je l’avais aidé activement. Je m’étais offerte un peu plus en donnant à mon tour des coups de reins. Je cherchais un maximum de sensations en m’agitant de droite à gauche, Puis j’avais basculé sur lui, le dominant. Il avait accepté le changement de position. J’avais pris mon temps, en ralentissant le rythme. Je voulais qu’il jouisse, mais quand j’en avais décidé. Il avait fermé les yeux. J’avais ri, intérieurement, alors que mon ventre était secoué de spasmes de plus en plus violents. Mon plaisir augmentait. Je n’avais cessé de gémir, mon corps répondait. C’était un pur bonheur.
 
Je m’étais alors saisi de mon arme. Je ne devais pas trop tarder. L’homme ne voyait rien. Il était concentré sur sa future éjaculation. J’ai accéléré un peu. L’esprit était en alerte mais mon corps était en feu, mon sexe palpitait, mes entrailles hurlaient de jouissance, je savais que c’était le moment. J’avais appliqué le canon lourd et glacial sur sa tempe. Il ne comprit même pas, je le regrette encore aujourd’hui. J’aimais quand il y avait un éclair de compréhension dans leurs prunelles. La balle partit. Sa tête aussi.
 
Me saisissant de mes quelques affaires éparts, j’avais plongé dans le maquis aussi vite que possible. Je jouissais encore quand je m’étais enfin écroulée.
 
J’avais fait une sixième encoche sur la crosse de mon arme 
 
Son manuscrit cesse ici. Comme vous pouvez l’imaginer, le temps lui a manqué pour écrire la suite. Elle est morte en hurlant un prénom, celui de son fils probablement.
Je t’avoue que je m’interroge sur les raisons qui m’entrainent à traduire ce récit et à vous le confier. Cette histoire me hante, et cela fait plusieurs nuits que je ne dors plus, mon esprit est obnubilé par cette malheureuse. J’entends ses cris et me réveille paniqué et en sueur…
Oh mon ami, votre bienveillance à mon égard vous fera certainement pardonner mes instants d’égarements, mais sachez cependant que je suis épuisé et proche de tout abandonner et fuir ce lieu et ces hurlements qui me poursuivent chaque nuit…
Que Dieu vous garde, mon très estimé compagnon, et saluez pour moi votre épouse qui veille sur votre doux foyer.
Votre ami

Jean de la Grenadière


              



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