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u 21 di Marzu 2013 - scrittu dà - lettu 315 volte

Phare


Victor Hugo : Le Phare des Casquets, 1866, plume et lavis d’encre brune
Victor Hugo : Le Phare des Casquets, 1866, plume et lavis d’encre brune
Jean bourre sa pipe, quelques brins de tabac parsèment son pull rayé. Des embruns fouettent la vitre à vingt-cinq mètres au-dessus de la mer .
Les volutes de fumée se fondent dans le gris ambiant.
Il fait chauffer son café dans la petite casserole. 
 la tempête va être terrible, Il le sait,  et les pierres vont hurler.
Il sera là où il aime être, dans sa tour d'ivoire à l'abri, et au cœur, du déchaînement. 
Les lentilles de Fresnel entament leur ballet de lumière.
La mer est grise et lourde comme du plomb liquide, sa colère sourde commence à gronder.
Les masses plus noires du ciel vont bientôt se lier à elle. Le faisceau de lumière y est absorbé comme l'eau par le sable. 
Il se cale dans son fauteuil, la radio diffuse une interview de Louis-Ferdinand Céline:
- « Depuis qu'on a planté la vigne, environ quatre siècles avant Jésus-Christ, on peut considérer que l'histoire de l'Europe est finie, n'est-ce pas....
-Quel est le peuple qui fera l'histoire?
- Ah ce sera difficile, ce sera celui qui pourra s'abstenir de boire, de bouffer, vous comprenez ?.... Les chinois se rempliront, y a qu'à voir comment ils font, le bouddha il est énorme n'est-ce pas! Un commissaire du peuple chinois il a un gros derrière, comme un archevêque ... ils commencent tous par avoir des gros derrières, après ils ont des excédents partout, des fanons des bajoues… après ils sont prêt à tout, c'est effrayant, vous comprenez ?... Et ils aiment bien maaaaanger! D'ailleurs c'est bien simple, quand un chef d'état en reçoit un autre, les journaux publient le menu, bah qu'est-ce que c'est que le menu? Bouffer? Bah c'est de la crotte n'est-ce pas? C'est pour fabriquer des crottes, alors ils sont très fiers de fabriquer des crottes!... Alors le public regarde : - Ah voilà des crottes admirables..... L'instinct de conservation prend le dessus n'est-ce pas... nous sommes plus mal élevés que les cochons, beaucoup plus mal élevés que les vaches, les canards, les poules... »
Jean se laisse bercer.
Du coup, il va chercher "Voyage au bout de la nuit", au cas où.
Des vagues monstrueuses heurtent le phare. 
Jean aime ce chaos, il s'y sent vivant ;  un sentiment puissant de braver les forces indomptables. Ici, il oublie tout le reste.
Il espère la revoir, la messagère, une morue polaire (Boreogadus Saida), comme la dernière fois, il y a trente ans! Ruisselante, elle frappait en haut de la tour. La tempête était semblable....
Il sait qu'aucun bateau ne peut braver cette tempête, même pas un bateau fantôme ; alors, les lentilles de Fresnel sont le prolongement de son esprit .
Pierre apparaît dans la pièce, il était là au XIXe siècle ; un être délicat, un solitaire.
Pierre : Victor Hugo voudrait revenir quelques instants, avec ton accord. Il avait passé quelques jours ici quand j'étais le cœur du phare. Pour l'inspiration.
Jean : Ce serait un grand honneur pour moi! J'admire les sculpteurs du vide. C'est grâce à eux que j'ai pu rêver hors du phare.
 
Des pas lourds dans les escaliers en colimaçon, Victor Hugo entre. Il va directement à la fenêtre.
Il verse des larmes, peut-être sur tout ce qu'il n'a pas écrit, ou sur son bonheur d'être libéré de cette prison qu'est la vie. Nostalgique, sûrement, de retrouver le phare, ce lieu entre deux mondes. Il se tourne vers Jean et lui dit: "Vous écrivez, et pour vous même en plus!
D'abord vient l'émotion, puis vos mots...."
Il repart.
Jean est ému. Il le sait, ici seulement,  il y a du sens.
 
Pierre est parti, lui aussi, un galion décharné disparaît. Un albatros hurleur, avec ses trois mètres de circonférence, s'écrase en mer. Les tendons brisés il dérive les yeux remplis de désespoir.
Jean détourne le regard, c'est bien trop triste. L'heure qu'il redoute arrive, l'heure des cris. Ceux des pêcheurs disparus, des soldats déchirés, des femmes aux cœurs brisés tombées des falaises abruptes. Devant eux un noir infini, vertical et glissant. 
Alors, il lit le Voyage et s'apaise.
Un autre café. L'air s'emplit de la même couleur, la même atmosphère qu'il y a trente ans.
Un fracas soudain. Il tombe à genoux de soulagement. La morue messagère est à la fenêtre, ruisselante et agitée de soubresauts.
Jean descend à la rencontre de  L.
Elle est dans une barque fleurie. Toujours cette robe aérienne rouge et flamboyante, sa chevelure volant au vent invisible.
Tous les deux sont en larmes.
Il fallait ces retrouvailles, pour permettre à Jean de tenir le restant de sa vie.
Et à L, pour l'attendre dans l'autre vie.
L'embarcation dérive dans la grotte, entre les stalactites et les stalagmites verts et roses, oranges et violets.
L. était dans un couvent. À 20 ans, un jour qu'elle se rendait à la ville, deux pourritures la violèrent puis la balancèrent par la falaise. Seul l'humain est capable de barbarie gratuite.
Son guide fut le poisson polaire.
Un jour de désespoir, Jean balança à la mer le plus beau cri d'amour jamais écrit.
La morue recueillit les mots, pour L.
Et ce fut l'évidence. Ils glissèrent sur la vague à l'âme jusqu'au phare, avec les yeux brillants des premiers émois amoureux.
Ainsi commença l'odyssée.
 
Des années plus tard…
 
Le phare a rejoint la terre ferme.
Jean y habite à temps plein ; il n'éclaire plus les mers, c'est lui qu'on éclaire.
Une grande plaine fleurie et une plage à perte de vue, une eau verte aux ondes apaisées....
Un phare abandonné, une bonne sœur oubliée 
Une pipe cassée, un poème envolé 
Sur le sable doré, la houle en un ourlé
A ramené une robe et un pull rayé.
 


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...