Bloggu litterariu corsu

u 1mu di Nuvembre 2013 - scrittu dà - lettu 112 volte

Petit meurtre par amour


Je travaillais chez Gérard Leroy depuis six mois. C’était une entreprise de vente et d’importation d’épiceries diverses située Boulevard Albert. L’entrepôt et les bureaux se trouvaient au fond d’une cour pavée qui tenait lieu de parking.
Gérard Leroy était à peine plus âgé que moi. Son père, veuf, atteint d’un infarctus, était mort un an auparavant. Il avait tout juste eu le temps de dire : nom de dieu !, en s’affalant, la tête en avant, sur son bureau. Il venait de marier son fils à la fille d’un petit imprimeur de la ville qui lui confectionnait les étiquettes colorées de ses flacons. Julie était jolie et lui ferait, pensait-il, un beau petit fils. Il pensait aussi que Gérard, sans l’aide paternelle, n’était pas capable de se trouver une épouse. C’est Madame Belain, la secrétaire du père de Gorges qui me l’avait raconté.
Gérard était fluet, un grand maigre aux yeux bleus qui ne vous regardait jamais en face. Il était maladivement timide et sujet à de continuelles migraines. C’est la raison pour laquelle il m’avait engagé. J’étais censé avoir les contacts avec les fournisseurs et avec les clients tandis qu’il s’occupait de la gestion de l’entreprise.
Julie était plus que jolie, elle était belle. Les hanches un peu trop rondes, peut-être. Mais les hommes, jeunes ou moins jeunes, les appréciaient du regard. Elle, au contraire, durant de nombreuses années avait marché, droite et presque raide, les cuisses serrées, pour empêcher ce balancement des fesses qui, elle le voyait, suscitait l’attention. Sa poitrine, par contre, était celle des filles androgynes. Des seins petits, hauts placés, qu’on devinait durs.

Un jour, Gérard m’avait demandé d’accompagner Julie à Francfort pour y rencontrer un fournisseur. Francfort était le siège d’une foire commerciale importante. Gérard se sentait trop fatigué pour effectuer un trajet de quelques heures en voiture, et il avait les pieds qui s’échauffaient à marcher sur le tapis des stands. Il y était venu à deux reprises avec son père, mais il n’avait pas supporté les saucisses trempées dans la choucroute que les visiteurs pressés dégustaient entre les halls. L’odeur envahissait l’atmosphère. La première fois, il avait vomi, et son père l’avait renvoyé à la voiture garée dans le parking de la foire.
Ce devait être le déplacement d’une journée. Mais le soir, Julie avait téléphoné à Gérard pour lui dire que nous ne rentrerions que le lendemain parce que le fournisseur ne pouvait lui remettre les échantillons attendus que le lendemain.
Il n’y avait plus aucune chambre de libre à l’hôtel Intercontinental.
- Il faut retenir comme la plupart des visiteurs de la foire le font. Aujourd’hui pour l’année suivante.
Le concierge était désolé. Il téléphona à la réception d’un hôtel situé près de l’autoroute, à vingt kilomètres de Francfort.
- Vous avez de la chance, il reste une chambre.
- Ne vous en faite pas, Julie. Je trouverai une chambre. Il suffit d’un bon pourboire. Au pis des cas, je dormirai dans la salle de bain.
- Je vous retiens une chambre pour l’année prochaine ?
Elle m’avait regardée. Elle hésitait.
- Il est plus facile d’annuler. Retenez-en deux.

L’année suivante, à l’époque de la Foire, c’est encore ensemble que nous sommes partis.
- Ne revenez que le lendemain, c’est plus sûr. Tout n’est pas important. Mais quand on est trop pressé, on risque de rater quelque chose qui peut le devenir.
- Tu es certain que tu ne veux pas y aller à ma place ?
- Non, Julie. Tu fais ça très bien. Pour le reste, je fais confiance à Pierre.
Il avait dans la voix une pointe d’amertume.

Le lendemain, autant l’année précédente nous avions bavardé durant tout le trajet, autant aujourd’hui, alors que nos liens s’étaient resserrés, le voyage nous parut long. Nous nous sommes rendus à la foire sans attendre.
Après avoir quitté la Foire, nous nous sommes promenés dans le vieux Francfort. Le temps était doux. Nous étions fatigués d’avoir déambulé dans les allées de la Foire. Par inadvertance, il arrivait que nos corps se frôlent en marchant. La première fois, j’avais dit :
- Pardon, excusez-moi Julie.
Durant le repas, nous avons bu une bouteille de vin toute entière. Elle en avait eu envie autant que moi. Puis, nous sommes montés nous coucher. Je l’avais accompagnée jusqu’à sa porte, et nous sommes entrés ensemble. La porte fermée, elle s’était laissé tomber sur le sol.

Lorsque nous sommes rentrés, Gérard avait ouvert la porte au moment même où la voiture s’était arrêtée. Il surveillait la rue à travers la vitre dépolie. Les phares éclairaient son visage. Il était blême.
- Je ne comprends pas le temps que vous avez mis pour rentrer.
- Mais Gérard !
- J’ai été malade toute la nuit. J’ai cru que j’allais mourir. Je n’ai même pas eu la force de vous téléphoner.
Il ne m’avait pas proposé d’entrer. Il avait rabattu la porte derrière Julie.
Sale con ! Je lui laissais celle qui était devenue ma maîtresse, et il la brusquait. J’aurais dû retourner, et lui dire :
- Ne la touche pas. C’est à moi qu’elle appartient depuis hier soir. Et à Julie, j’aurais dû dire :
- Viens, Julie. Il n’est rien pour toi.
Un souffle étrange m’envahissait.
- Crève !
J’ai marché durant près d’une heure, et répété : crève en imaginant comment je saisissais Gérard par le cou.

Le lendemain après-midi, au bureau, Julie portait des lunettes sombres, de celles que l’on porte en plein soleil. Elle les avait ôtées un instant. Elle avait une ecchymose à l’arcade sourcilière.
Elle avait chuchoté :
- Ce n’est rien, je n’ai pas mal. Je t’expliquerai.
Deux jours plus tard, ni Gérard ni Julie n’étaient venus au bureau. Vers la fin de la journée, Gérard avait téléphoné à madame Belain.
- Est-ce que monsieur Pierre est là ?
- Il est en face moi, je vais vous le passer.
- Ce n’est pas la peine. Qu’il m’apporte les documents ou le courrier à signer.
Madame Belain me répéta :
- Il demande à ce que vous lui apportiez le courrier à signer. Il n’y a rien à signer aujourd’hui. Vous voulez que je le rappelle pour le lui dire ?
J’ai levé la main.
- Non, madame Germaine. Il y a des questions que je veux lui poser pour le travail de demain.
- Madame Julie n’avait pas l’air très en forme, ces derniers jours.
Je n’ai pas répondu. J’ai glissé des documents dans ma serviette, et je suis parti.
C’est Julie qui a ouvert la porte. Elle ne portait plus de lunettes. J’ai voulu lui caresser la joue mais elle a retenu et serré très fort ma main entre les siennes.
Je ne savais pas ce dont je souffrais le plus, ce qui exacerbait le plus mes frustrations. Ne pas pouvoir toucher cette femme dont le seul souvenir de notre nuit à Francfort me tordait le ventre. De ne pas pouvoir ne serait-ce que lui parler ?
- C’est Pierre ? Fais-le entrer.
Gérard, dans le petit salon, était assis dans une bergère que Julie avait poussée près de la table.
Près de l’endroit où à nôtre retour de Francfort, dès que la porte se fut refermée derrière elle, il avait tirée Julie. Il lui avait saisi le bras, et de l’autre main, il l’avait giflée de toutes ses forces.
- Putain ! Vous avez dormi ensemble, avoues-le.
Il n’avait pas pu se retenir.
-Il m’a giflée du dos de la main. J’ai prétendu devant toi que j’avais heurté une porte durant la nuit, mais c’est lui qui m’avait frappée. Tu te souviens ?
C’est peu de temps après que Gérard se mit à tousser.

Depuis que Gérard était malade, Je venais presque tous les jours, et presque tous les jours, Julie et moi, nous pouvions nous toucher. La santé de Gérard se dégradait, ce n’était pas de la comédie. Il toussait, et se plaignait d’avoir mal au ventre. S’il n’avait pas la force de s’asseoir dans le petit salon, je montais lui parler dans sa chambre. En descendant les escaliers, j’entourais la taille de Julie. Elle me chuchotait qu’elle ne voulait pas. Je ne savais pas ce qu’elle ne voulait pas. Peut-être que ce n’était que pour me tenter davantage.
Julie avait fait venir le docteur Meurisse qui prescrivait les médicaments. Le docteur Meurisse avait été le médecin de la famille Leroy, père et mère. C’était un médecin soucieux de la santé physique et mentale de ses patients. Il était loin le temps où, jeune médecin, il pratiquait un combat acharné contre la maladie. Leur champ de bataille, à la maladie et à lui, c’était le malade. Quand le combat avait été trop violent, le malade n’en sortait jamais indemne. Même si le médecin criait victoire.
Depuis, il pensait davantage au bien-être de ses patients qu’aux victoires remportées contre la maladie.

Gérard allait de plus en plus mal. C’est dans sa chambre que je le voyais désormais. Le docteur Meurisse était passé le voir deux fois encore.
- Vous lui donnez tous ses médicaments ?
Julie secouait la tête.
- Il va guérir, docteur ?
Le docteur Meurisse lui dit qu’elle devait se préparer au pire. Ce sont les mots qu’il utilisait, chaque profession a ses phrases passe-partout.
Elle s’y préparait. Comme moi, elle pensait :
- Nous pourrons passer toutes les nuits ensemble.

Le jour des funérailles de Gérard, l’assistance avait été nombreuse.
En vouvoyant Julie, je lui ai présenté mes condoléances comme tous ceux qui étaient là. Elle avait auprès d’elle ses parents, un brassard noir autour du bras. Ils ne savaient pas comment se tenir. Ils assistaient à un spectacle incongru dont leur fille était la vedette.
Julie portait une robe noire qui soulignait la beauté sensuelle de son corps. Sur la tête, sur ses cheveux blonds que le coiffeur avait soigneusement peignés, elle avait fait poser un voile noir. Elle ne faisait pas semblant de pleurer. Son visage était grave. Ses yeux ne regardaient personne.

Le lendemain, je passais la nuit toute entière dans son lit…


              



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