Bloggu litterariu corsu

u 21 di Ghjenaghju 2013 - scrittu dà - lettu 283 volte

Paradis blanc


Paradis blanc
Tout est blanc. Un manteau de neige enveloppe toute l’île. On ne reconnaît les lieux que par les formes spécifiques.
Les montagnes, les ponts, les routes, les côtes, les villes et villages, blancs. Un ciel perpétuellement bas, sombre, une épaisse brume froide. La mer, une étendue grisâtre. Cette situation dure maintenant depuis des mois, la terre entière est sous la neige, ou pire, la glace. Les pouvoirs publiques étant dépassés, les femmes et les hommes ont du s’organiser, palier au plus pressé. Mais la situation se dégrade de plus en plus. Le ravitaillement n’est plus assuré, plus d’électricité, difficile de se procurer du bois, et, désormais, de la nourriture. La population est désespérée, les grandes surfaces ont été pillées. Les cuves des stations-services sont vides. La beauté initiale de cette marée blanche est depuis longtemps oubliée. Elle est devenue un manteau de désespoir, et de mort.
 
Antò est dans sa vieille bergerie, isolé en montagne, sur le plateau du Cuscionu. Il remet du bois sec dans la cheminée. Le groupe électrogène, il ne l’allume qu’une heure le soir. Ça lui permet de regarder les infos. Sa provision de gasoil devrait durer un bon mois. Ses réserves alimentaires se réduisent comme peau de chagrin. Pour ce qui reste de son troupeau de chèvres, n’ayant que peu de foin, il a dû se résoudre, la mort dans l’âme, à en tuer quelques-unes, ainsi que des cabris. Il creuse et ensevelit le dernier cabri dans la neige. Au moins sa réserve de viande est assurée, pour celles qui restent, il a calfeutré au mieux leur abri, et distribué un peu de foin. Il jette un œil aux alentours, avec ses jumelles, rien ne bouge, juste des nuances de gris. Le soir tombe, il rentre un beau stock de bois, allume le groupe, allume la télé, la neige a envahi l’écran. Il met sur la grille une belle épaule de cabri, puis va chercher dans un placard une vieille radio, pas de piles. Il tourne la viande, pose sur la table rustique assiette et couverts, un bocal de champignons, des sanguins, conservés dans l’huile d’olives, et un de ses fromages. Fouillant dans un tiroir, il trouve des piles pour la radio. Ça grésille, il tourne le bouton, ça grésille… Il boit un verre d’eau de vie, il tombe sur une radio arabe.
 - Che tù piglie bastunate è ùn pudelle cuntà !
Il retourne la viande. Ouvre le bocal, commence à manger des champignons. Tourne le bouton, enfin, une chanson corse. La viande est cuite, il mange. Toujours de la musique. Il s’agace.
 - Che tù ne sia a manghjà e scatule di i fulminenti !
 
Antò éteint le groupe, se cale près de la cheminée, avec une couverture et la radio sur ses genoux. Enfin! Un flash info.
 - C’est la dernière fois que nous émettons. La situation est sans espoir. C’est la loi du plus fort, des groupes armés ont raflé les biens de personnes isolées, des groupes se sont formés pour riposter, un peu partout sur le territoire c’est la guerre. D’autres meurs affaiblis par la faim et le froid. AAARGHH ! Je suis attaqué…
 - Putain de merde !
Il tourne le bouton. Plus rien.
Des semaines ont passé, Antò n’a plus de gasoil, ces réserves alimentaires s’épuisent, il a tué les dernières chèvres voilà quelques jours. Un mois plus tard, quand il voit son reflet dans la rivière gelée il prend peur, sa longue barbe, son visage creux, ses habits indignes d’un épouvantail. Il marche en pleurant, tombe à genoux, épuisé. Une lueur lui fait dresser la tête, un pâle rayon de soleil filtrant du sommet de la montagne. En haut un mouflon, il n’avait pas souri depuis des mois, il est radieux, il retrouve des forces insoupçonnées. Plus il grimpe, plus ce rayon le réchauffe. Plus il approche, plus la neige est clairsemée. Arrivé à quelques mètres du mouflon, il y a de l’herbe et des fleurs, celui-ci le salut majestueusement d’un signe de tête. Antò pleure, de joie.
En 2050, par un grand soleil, un jeune faisant parti d’une expédition tombe sur un bloc de glace isolé, dans la végétation, c’est avec des larmes d’émotion qu’à l’intérieur il voit un homme, barbu, enlacé avec un mouflon.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...