Bloggu litterariu corsu

u 17 di Farraghju 2013 - scrittu dà - lettu 352 volte

Noir au sud

Je pense que pour qu’un roman noir soit noir avec naturel, il doit se situer au bon endroit, par exemple dans le sud.


Encre de Chine de Sylvestre Rossi
Encre de Chine de Sylvestre Rossi


La vérité d’un roman noir c’est d’être noir, absolument noir ; sinon à quoi bon ?
 
L’amateur de poésie noire aime que celle-ci transcende le genre ; et une certaine alacrité diabolique, si j’ose dire, sied à son écriture, tout comme la pourriture noble est l’apanage d’un excellent fromage.
 
L’absence totale d’illusions est la condition sine qua non qui régit l’atmosphère d’un bon roman noir.
 
L’apparente simplicité du style, aussi bien que celle des caractères, contribue à la pureté de l’œuvre. L’aspect de la simplicité est toujours l’aboutissement d’un parcours personnel et exigeant. L’écriture de Tchékhov aussi a l’aspect de la simplicité.
 
Et même si le lecteur goûte aussi les romans noir « fantaisie », tels qu’aiment à les écrire Elmore Leonard ou Ross Thomas, au fond, c’est le noir ton sur ton qu’il préfère.
 
A l’inverse de l’humour ou de la farce, l’aigreur n’a pas sa place dans le roman noir. Lire presque à chaque page, comme j’ai eu à le déplorer il y a peu: « la bière est trop froide » puis « la bière est tiédasse » puis « le déjeuner est dégueulasse » ce n’est pas être noir, c’est râler. Et tout comme moi, le lecteur se dira : « ce type ne sait rien ».
 
C’est en se confrontant à l’inhumaine profondeur des êtres, si j’ose encore ce paradoxe, que l’amateur de romans noirs peut retirer de sa lecture une troublante satisfaction.
 
 
Déjà, je pense que pour qu’un roman noir soit noir avec naturel, il doit se situer au bon endroit, par exemple dans le sud, n’importe quel sud, mais surtout dans le sud des états unis.
 
Si on connaît si bien le deep south, sa fureur et son éclat, sa mesquinerie et son extravagance, c’est que les écrivains, nombreux, qui en sont originaires ont rivalisé de génie pour le dépeindre.
 
Certes, une fois n’est pas coutume, et un bon roman noir pourrait aussi se passer au pole nord. Mais je me comprends.
 
Michel Audiard aussi avait son idée là-dessus. Il avait remarqué que Marcel Pagnol se taisait quand les discussions courraient sur Jean Giono. Le patron c’est toujours celui qui se met en danger, qui explore sans fard la part sombre des hommes. Personne n’admirait plus Giono que Pagnol, sinon Audiard.
 
Le sud c’est sympathique, c’est bourré de gens qui font leur show, les mythomanes et les hâbleurs courent les rues, les femmes sont fofolles et les hommes aussi. Mais c’est parce nous y sommes tous obligés, au fond.
 
Dernièrement, ma femme a eu besoin d’obtenir l’adresse du supermarché où elle se trouvait. Elle l’a demandée à une vendeuse, laquelle est une dame de sa génération. Celle-ci lui a répondu : « Je ne la connais pas ».
 
Ces comportements peuvent être pesants, si on est dénué d’humour.
 
Un sens de l’humour particulier au sud, généralement subtil et étrange, naît de ce sombre revers des choses.
 
Je me souviens aussi de cette journée de travail, avec un ami, dans un petit village perdu. Nous n’avions plus de cigarettes, et un vieux type passait par là, avec sa mule. Il hésite à nous dire où on peut en trouver, puis : « Il y en a plus haut à l’épicerie, chez Dumè, dans l’autre hameau ». Avant d’ajouter : « ma so infungade » ( mais elles sont moisies ).
 
Si on n’a pas le sens de l’humour, on ne peut tenir le coup dans le sud. Et ceux qui ne l’ont pas, justement, sont fichus. Au mieux, ils sont bizarres. Au pire, ce sont des fondus.
 
 
« Le noir au sud » matérialisé par un livre, ce pourrait être « Une poire pour la soif » de James Ross (Folio policier). Ross est l’homme d’un seul livre.
 
Bien qu’écrit en 1940, ce livre n’est ni surfait ni daté. Le sud y est consigné tel qu’on l’aime. On n’y fait qu’une chose : des affaires. Les plus simples donc les plus difficiles. C’est un impeccable roman noir.
 
Astor LeGrand ne prête pas d’argent à des pauvres types, c’est sot et compliqué, donc pas rentable, il le prête à taux usuraire à des types dangereux qui ont des idées sensées, lesquels le prenne très au sérieux, comme ce Smut Milligan. LeGrand agit aussi dans l’ombre pour que Milligan ne puisse faire face à ses échéances, dans le but de s’emparer de son Road house. C’est le jeu. Milligan le sait et paiera rubis sur l’ongle les mensualités, quitte à assassiner un briseur de grève en retraite, pour lui dérober son magot. Il commettra son crime avec l’aide de Jack, son employé ( et le narrateur du livre ), à qui il force la main et qui pourra toujours courir pour toucher sa part. C’est ce qui perdra Milligan. Et LeGrand ramassera le paquet, sans partage.
 
Ce chef d’œuvre de James Ross ne s’est jamais vendu, malgré les quelques rééditions. Il fait partie des mystères de la littérature. Il fut pourtant encensé par Raymond Chandler. James Ross était un vrai sudiste, un type sorti de nulle part, comme William Faulkner et Flannery O’Connor. Il adorait d’ailleurs parler littérature avec Flannery. La traduction de Philippe Garnier est épatante. En fait, Ross a écrit aussi des nouvelles, mais publiées dans des revues prestigieuses qui ne vous payent pas un clou (air connu). Encore aujourd’hui, des guignols de la côte Est lui disent que son roman appartient au genre du « Southern Gothic », à savoir que son cadre et ses personnages sont exagérés. Pourtant non. Ce livre est éminemment sincère, il déploie avec réalisme un sud qui existe. Je me sens en terrain connu, car si je me réfère à ce que l’on peut vivre en Corse, mon sud à moi, je trouve que Ross se retient. Et là aussi je le comprends. C’est comme ça qu’il faut faire. Toujours en garder sous le pied. Le réalisme, en art, est curieusement à ce prix.
 
J’ai relu aussi, pour faire bonne mesure dans la noirceur, « Cotton Point » (Point Seuil) de Pete Dexter (« Rage » au cinéma, avec Dennis Hopper dans le rôle de Paris Trout).
 
Pete Dexter, lui, ne retient pas ses ardeurs artistiques, et en ce sens son écriture parait parfois chichiteuse. Parce qu’ils sont très sourcilleux, ses dialogues épuisent un peu les choses. C’est le danger quand on s’escrime à vouloir bien faire, et à désirer tout dire. Trop de notes sont jouées, ça nuit, bien que toutes ces notes existent et aspirent à être dites. Mais « Cotton point » est tout de même un bon livre noir, qui du reste a obtenu le National Book Award.
 
Paris Trout est un personnage absolument antipathique. On en rencontre des comme lui dans le sud. Quiconque fait des affaires avec lui est forcément frustré. Il ne cède sur rien, jamais, et refuse d’écouter tout autre raisonnement que le sien. Parfaitement indigeste, Paris Trout est fou. Il a des biens et beaucoup d’argent à l’abri, là où il ne suffit pas de soulever une pierre pour le trouver. Sa principale activité est de prêter de l’argent aux noirs à des taux usuraires. A ce sujet il dit : « les nègres sont comme les autres, c’est ça le secret ». Et il récupère toujours ses créances, quitte à entrer sans frapper sous le toit d’autrui. Ce n’est pas un petit plaisantin. Il est flanqué d’un ancien flic qui s’est fait virer de la police pour brutalité. Paris Trout se fiche des pauvres, tout comme il se fiche des riches, des politiciens, des voyous et de Dieu. Si ça lui chante, il viole sa propre femme avec une bouteille. C’est le boss. Il ne rit en aucune circonstance, même quand il est seul dans le noir. Et s’il sourit, c’est que ça va chauffer.
 
Paris Trout, tout comme Smut Milligan, et désormais la plupart des figures modernes du roman noir, est un androphobe doublé d’un psychopathe.
Le sud avec tous ses prédicateurs illuminés, ses paysans bornés et ses voyageurs de commerce lubriques, est un terreau formidable pour les vocations d’androphobes. Les rapports de force sous tous prétextes, sont également propices à la psychopathie.
 
Du côté de Concord ou de Spartanburg, les androphobes vaquent à leurs occupations, avec parfois leur chemise boutonnée jusqu’au cou. Ils sentent la pisse et le ketchup, ça fait quelques points communs avec Céline et Houellebecq. Mais contrairement à ces derniers, ils n’ont pas peur de leur ombre. Entre le néant, le chagrin et le lard, ils choisissent le Colt.

 


              



Dà leghje dinù

Heure H comme Haine - 10/10/2017

Haro sur la miss - 22/09/2017

Panique - 05/04/2017

Cœur de pierre - 12/03/2017

L'esprit des lois - 02/08/2016

Gordon Evans - 20/06/2016

Triptyque - 26/05/2016

Alice - 31/03/2016

Alep I love you - 18/09/2015

Je l'ai connu - 29/05/2015

Ponte Novu - 15/05/2015

1981 - 18/03/2015

Section 84 - 10/12/2014

​Armistice - 14/11/2014

Le passant - 25/10/2014

Ponte Novu - 17/10/2014

Le demi-pas - 23/09/2014

Mada et Veè - 05/09/2014

Neptudi - 24/07/2014

Commis d'office - 21/06/2014

Ultime étreinte - 16/06/2014

La Fée verte - 14/06/2014

Le sniper - 26/05/2014

Amour explosé - 20/04/2014

La mort de mon père - 02/04/2014

Ursule Dupont - 01/04/2014

1 2 3

Negru | Rossu | Biancu | Ghjallu | Critica | Feuilleton




Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...