Bloggu litterariu corsu

u 21 di Ghjugnu 2013 - scrittu dà - lettu 144 volte

Les anges gardiens


Les anges gardiens

    Dans ce petit bar, sous un éclairage cru au néon, il méditait devant un verre de cognac. La télé débitait ses informations habituelles : guerres, crise, manifestations, violences.... La routine. Cette routine d'une civilisation en déclin qui arrive en bout de course, de ce monde fou et déprimant que l'on quitte sans regrets. Le barman lui fit remarquer qu'il devrait arrêter de boire, surtout s'il devait prendre le volant. Mais il n'avait plus de voiture. A quoi lui aurait-elle servi depuis qu'il était au chômage ? Il promit que c'était le dernier verre. Et il ne mentait pas. C'était décidé. Jamais plus il ne boirait un verre d'alcool.


     Madeleine et lui étaient mariés depuis quelques mois. Lui, avait décroché un boulot de chef de rayon dans une grande surface. C'est là qu'il avait connu sa femme qui y travaillait comme caissière. Avec leurs deux salaires ils avaient pu trouver un petit F3. Ils y aménagèrent avec amour la chambre de leur futur bébé. Quand ils avaient su qu'ils attendaient une fille , ils décidèrent de l'appeler Audrey.


     Et puis ce fut le drame. Ce genre d'évènement dont on ne se remet jamais. Quand ce putain de camion avait tué sa femme et le bébé qu'elle portait, il se réfugia dans l'alcool. D'abord pour oublier, ensuite par habitude, enfin par addiction. Une descente de 17 ans aux enfers, dont il avait essayé, en vain, de sortir à plusieurs reprises. Il ne s'était jamais remarié. Il avait gardé son boulot et son appartement, et la chambre d'Audrey était restée telle qu'ils l'avaient aménagée.

 

     Mais il n'avait plus aucun goût pour quoi que ce soit. Dès la fin de son boulot, il passait au bar du coin de sa rue boire quelques verres , puis il rentrait, cassait la croute, s'affalait dans son canapé et s’endormait devant sa télé. Il avait bien essayé de se trouver une activité, pour penser à autre chose. Il avait voulu faire du syndicalisme espérant y trouver l'esprit de camaraderie et de solidarité, mais il fut vite déçu par l’égoïsme qu'il y rencontra.


     Ainsi se déroulait sa triste vie sans but depuis ce funeste jour où tout s'était écroulé autour de lui.
 

     Dans la rue, à cause de la crise économique qui frappait ce monde déboussolé, il croisait de plus en plus de SDF, de paumés, d'écorchés de la vie. Quand la grande surface qui l'employait décida de licencier une dizaine de salariés, il fut du lot. Son addiction pour l'alcool avait certainement joué dans ce choix. Non seulement sa vie était devenue un champ de ruines, mais en plus il se trouvait au bout d'une impasse. Plus de boulot, le Pôle Emploi, bientôt la rue. Et à cause de cette saleté d'alcool, jamais il ne pourrait remonter la pente. Il était fini, au bout du rouleau. A quoi bon retarder cette fatale échéance ?


     Alors il prit sa décision. Cette nuit de décembre était froide et sombre. C'était le jour anniversaire de la mort de Madeleine et d'Audrey. Il s'avança sur le pont, jusqu’au milieu, à l'endroit ou le fleuve est le plus large et le le courant le plus rapide. Il n'aurait donc aucune chance de s'en tirer dans cette eau glaciale. Il regarda les lumières de la ville, le ciel chargé de gros nuages noirs, l'eau tourbillonnante qui malaxait les couleurs. Machinalement il jeta un coup d’œil autour de lui. Il ne voulait pas de témoins à son geste irrémédiable. Par pudeur. Par respect.


     Quand il l'aperçut.


     Elle devait avoir 16 ou 17 ans. Elle s'approcha du parapet, alluma une cigarette. Elle semblait attendre quelqu'un. Un amoureux ou des copines. Il attendrait qu'elle s'en aille pour sauter. Il vit son visage triste dans la lumière du réverbère. Des larmes brillaient sur ses joues pâles. Un visage à peine sorti de l'enfance. Elle posa son sac, enleva sa parka. Là il comprit.


     Il se précipita et l’attrapa alors qu'elle franchissait le parapet. Elle lui hurla de la laisser partir dans un sanglot bouleversant. Elle était trop jeune pour s'en aller. Elle avait l'avenir devant elle. Elle n'avait pas le droit.... Il ne la lâcha pas. Elle se débattit un moment, puis se calma et se mit à pleurer dans ses bras.


     Il la prit tendrement par les épaules. « Allons boire un chocolat chaud »... dit-il simplement. Il savait qu'elle avait besoin de parler à quelqu'un, de dire ce qu'elle avait sur le cœur, d'expliquer son dégoût pour la vie.


     Ils entrèrent dans le premier café rencontré, s'installèrent dans un coin discret. Tout en dégustant son chocolat, elle racontait. Les disputes de plus en plus violentes de ses parents quand elle était petite et qu'elle se réfugiait dans sa chambre en se bouchant les oreilles et en pleurant en silence. Puis, quand elle avait 11 ans, le divorce, à la fois souhaité et craint. Deux années de répit en tête à tête avec sa mère. Et puis le cauchemar avait repris avec l'arrivée d'un homme sous leur toit. Cet homme qu'elle détestait, parce qu'il lui prenait sa mère, parce qu'il avait à son égard une attitude ambiguë.


     Un soir, alors que sa mère était de garde à l'hôpital, il pénétra dans sa chambre. C'était il y a trois mois. Il avait bu. Il se montra violent. Elle ressent toujours ses mains moites sur son corps, son haleine empestant l'alcool. Elle avait honte d'évoquer ce viol. Le lendemain elle quitta la maison. Elle erra dans les rues, se retrouva dans un squat, avec d'autres jeunes paumés. Sa vie avait basculé aussi. 


     Un pote d'infortune lui proposa un peu de drogue... pour oublier. Et ce fut l'engrenage. A en devenir folle au point de ne plus avoir de jugement, de ne plus pouvoir envisager d'avenir. Sa vie était dans une impasse. Elle ne voyait plus qu'une solution. Partir. Quitter définitivement ce monde pourri. Et c'est ainsi qu'elle se retrouva sur ce pont.

- « Vous m'avez sauvé la vie, dit-elle après un long silence... Croyez-vous aux anges gardiens ? »
Ne sachant trop quoi répondre il dit :

- « Moi aussi j'ai rencontré mon ange gardien, non ? Alors, il faut y croire..... Au fait, ça fait bientôt deux heures que nous sommes ensemble, et je ne connais pas ton prénom. »

- « Audrey... », répondit-elle.

 

     La télé du café passait un reportage sur des jeunes gens partis pour aider des enfants dans un orphelinat d'un village misérable du centre de l'Inde. Le générique défilait sur le visage souriant d'une fillette de 5 ou 6 ans, dont les grands yeux noirs mangeaient la moitié du visage.

     Audrey eut un sourire. Dans ses yeux bleus il crut distinguer une lueur d'espoir.


- « Eux ils ont su donner un sens à leur vie. J'aimerais bien aller aussi dans un pays pauvre aider des plus malheureux que moi »

- « En effet, il y a toujours plus malheureux que soi. Il suffit d'ouvrir les yeux, et son cœur ».

 

     Ils quittèrent le café tard dans la nuit. Les gros nuages noirs s'étaient dispersés, et un magnifique clair de lune faisait briller mille lumières sur les pavés mouillés.
 

- "Demain il fera beau", dit-il....


Carlu B.



              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...