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u 13 di Farraghju 2013 - scrittu dà - lettu 228 volte

Le visage

Cet été là, il avait choisi pour thème les belles demeures du Cap Corse, celles que l'on appelait « les maisons des Américains », construites au XIX° siècle par des Capcorsins partis faire fortune aux Amériques.

L'une d'elles allait lui réserver une étrange surprise.


Le visage
Passionné de photo et de vieilles demeures, Antoine consacrait chaque année une semaine du mois de juillet à parcourir la Corse à la recherche de maisons typiques. Equipé d'un matériel haut de gamme, il aimait photographier les petits détails architecturaux pour compléter les vues d'ensemble de chaque maison.

Cet été là, il avait choisi pour thème les belles demeures du Cap Corse, celles que l'on appelait « les maisons des Américains », construites au XIX° siècle par des Capcorsins partis faire fortune aux Amériques.

L'une d'elles allait lui réserver une étrange surprise.

C'était une grande bâtisse de 3 étages, visiblement à l'abandon depuis plusieurs années, mais relativement en bon état. Construite au milieu d'un vaste parc, aujourd'hui envahi de ronces, elle comportait un grand escalier double qui accédait à un premier étage. Toutes les fenêtres étaient fermées par des persiennes, sauf les trois mansardes du grenier qui donnaient vers le sud. Mais aucune vitre n'était cassée, et le toit de lauzes semblait ne pas avoir trop souffert des années.

Elle se situait en dehors du village, isolée tout au bout de la route d'environ 500 mètres en cul de sac qui y menait. Il prit quelques clichés, mais ne put avoir une vue d'ensemble. Il dût donc se rendre sur l'autre versant en face, pour la cadrer en entier dans son objectif.

En ce 6 juillet, à 13 heures 30, elle était très bien éclairée par le soleil.

Comme il le faisait pour chaque maison, il interrogea les gens du village. Ce qu'il apprit aiguisa sa curiosité. Vers 1920, un drame s'y était déroulé. Le meurtre d'une femme par son mari. On racontait aussi dans le village que la maison était hantée. Ne pouvant lui donner plus de précision, on lui indiqua qu'elle avait été abandonnée depuis ce triste évènement, puis habitée par une dame à la retraite à partir du milieu des années 80, pendant une vingtaine d'années. Cette dame, ancienne professeur agrégée de lettres classiques, était depuis 1999 dans une maison de retraite de Bastia.

Antoine décida d'en savoir plus sur cette maison, et alla trouver la vieille dame. Malgré son âge, elle avait encore une excellente mémoire, et l'esprit très clair.

Ce qu'elle lui raconta le sidéra.

Don Jean avait hérité de cette maison au début du XX° siècle, et y habitait avec sa femme Mathilde. Leur fille Louise y naquit.

Quand éclata la Grande Guerre, Don Jean, comme la plupart des hommes du village, fut mobilisé. Lors de l'attaque d'une colline, à Verdun, il vit ses camarades déchiquetés par un obus. Lui-même fut blessé par des éclats à la jambe gauche, ce qui lui valut d'être ramené à l'arrière, et lui sauva certainement la vie. Bien que grave et handicapante, cette blessure n'était rien à côté du traumatisme psychologique qu'il avait subi.

Lorsque la guerre se termina, ce n'était plus le même homme qui rentra à la maison. Lui, si jovial, si malicieux, toujours prêt à plaisanter, s'était muré en un silence maladif. Il ne pouvait évoquer l'horreur qu'il avait connue au front, la boue des tranchées mêlée de sang, cette odeur tenace de mort, les cris des blessés, le râle des mourants, les corps déchiquetés, le bruit assourdissant des canons, la cruauté des corps à corps à la baïonnette. L'enfer. L'indicible. Il gardait en lui toute cette violence, prête à exploser.

Ne pouvant plus travailler, à part s'occuper du potager et des poules, il passait son temps à ruminer ses visions d'horreur. Chaque nuit il se réveillait en sueur, parfois en hurlant, assailli par ces images de guerre, dont il n'arrivait pas à se débarrasser.

Alors, pour essayer d'oublier, il se mit à boire. Et quand il buvait, il perdait tout contrôle de lui-même, et la violence contenue en lui se déchaînait. Contre lui-même d'abord. Il donnait des coups de poings dans les portes, dans les meubles. Des coups de tête aussi.

Puis contre sa femme. Mathilde se réfugiait alors dans le grenier où elle s'enfermait en attendant que la crise de violence s'apaise. Un jour pourtant, elle n'eut pas le temps de fermer la porte, et Don Jean la rattrapa devant la fenêtre d'une mansarde. Il lui asséna un grand coup sur la nuque. Elle s'effondra, sans vie.

Louise, la fille, le trouva penché sur elle, sanglotant. Il tourna vers elle ses yeux rougis, lui montra ses mains, celle de l'assassin qu'il était devenu. Puis il alla se livrer à la gendarmerie.

Le procès eut lieu quelques mois plus tard. Il fut condamné au bagne de Cayenne. Lui qui avait survécu à l'enfer de la guerre, ne put survivre plus de trois mois à celui du bagne. Louise fut confiée à la sœur de sa mère, qui l'éleva et l'aima comme sa propre fille Marie, qui avait le même âge. Mais Louise ne put jamais être heureuse. Elle ne se maria pas et mourut en 1938 emportée par la tuberculose.

La vieille dame retraitée essuya une larme et poursuivit son récit. Marie était sa sœur aînée. A la mort de leurs parents elles héritèrent de leur maison, et de celle de Don Jean et Mathilde. Elles se partagèrent l'héritage. Elle reçut la maison du drame. Mais comme elle était née après, elle éprouva moins d’appréhension. Ce ne fut pourtant qu' à sa retraite en 1982 qu'elle vint s'y installer, jusqu'en 1999. Comme elle était vieille fille, la maison reviendrait à sa mort à ses deux neveux, les fils de Marie.

Antoine voulut savoir ce qu'elle pensait des rumeurs sur la maison hantée. Elle hésita un moment. Puis elle confirma qu'en effet, une fois par an, le jour anniversaire du meurtre, à la même heure, elle entendait des pas et des cris de femme dans le grenier. Mais jamais elle n'osa y mettre les pieds. Le reste de l'année, c'était une maison tout à fait normale. Mais peut-être que tout cela était l'effet de son imagination.

Antoine demanda alors à la vieille dame quand s'était passé le drame.

C'était au début de Juillet 1920. Exactement le 6 juillet, vers 13 heures 30.....

Il y eut alors comme un flash dans l'esprit d'Antoine. Quelle coïncidence ! Il avait pris les photos de la maison hantée le jour anniversaire du meurtre de Mathilde..... Et si.... Si en regardant de plus près les clichés il découvrait quelque chose ?

Revenu chez lui, il visionna sur son ordinateur toutes les photos. Sur l'une d'elles, représentant une mansarde prise au téléobjectif, il aperçut comme un visage derrière la vitre de la fenêtre. En l’agrandissant au maximum, il vit en effet un visage assez nettement, le visage d'une jeune femme avec un regard d'épouvante....

Carlu B.
le_visage.mp3 le visage.mp3  (3.1 Mo)



              



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