Bloggu litterariu corsu

u 13 di Marzu 2014 - scrittu dà - lettu 265 volte

Le temps des retrouvailles


Cinq ans s’étaient passés mais Pierre se souvenait de tout. Comme si c’était hier, dit-on dans les romans d’amour. La grille n’était pas fermée, il n’avait eu qu’à la pousser. Elle devait attendre derrière la porte. Les nouvelles vont vite en province.
 - J’étais en ville.
 - Je sais.
Est-ce qu’elle avait changé ? Il lui semblait que son regard était moins brillant. Ou bien c’est la lumière jaune du hall qui lui assombrissait le visage. La lumière est un fard cruel.
Elle l’avait fait entrer dans le petit salon. Ils s’étaient assis face à face. Muets. C’était peut être pour cette raison qu’elle lui avait posé la question. Il y a des questions qui ne servent qu’à cela. Les paroles, à certains, sont plus significatives que les silences. A tort souvent.
 - Tu veux boire quelque chose.
Il ne savait plus qui s’était levé le premier. Mais elle avait plongé sa langue dans sa bouche en se serrant contre lui. C’est elle qui l’avait conduit à sa chambre en le tenant par la main. Il y a cinq ans, c’était déjà elle qui le conduisait tandis qu’il lui serrait la taille en montant.
Elle avait demandé le lendemain matin :
 - Tu vas rester ?
 - Tu veux que je reste ?
 - Oui.
Ils étaient étendus côte à côte. Après l’amour, elle aimait rester étendue, la main sur la cuisse de Pierre.
Il se rhabilla.
 - Tu ne veux pas manger ?
Elle s’était levée. Il l’avait embrassée à la base du cou, et il était parti.
 
Il y avait beaucoup de monde en ville. Le samedi, c’est le jour du marché. Il regardait les gens avec curiosité. C’était probablement les mêmes que ceux qu’il croisait cinq ans plus tôt. Plus souriants. Ce devait être son sourire qui suscitait le leur. Le visage de celui qui vient de faire l’amour le dénonce et lui entoure le crâne d’une aura de lumière.
Une autre vie commençait une fois de plus. Est-ce qu’on meurt d’abord à chaque fois qu’on recommence à vivre ? Il se sentait bien, il était heureux.
Il retourna chez Julie. Il n’y avait personne mais la porte n’était pas fermée. Il entra dans le petit salon mais il ne s’assit pas, c’est Julie à son retour qui le lui fit remarquer en riant.
 - Pierre, on dirait que tu es en visite.
Il la prit entre les bras et le désir physique qu’il avait d’elle se manifesta comme aux premiers jours de leur liaison.
 - Viens.
Physiquement Julie avait à peine changé. D’ailleurs, ce n’était plus son corps qui le séduisait, c’est d’elle tout entière dont il avait envie.
 
Le lendemain, il était encore au lit lorsqu’elle se rendit au bureau. Il lui demandait :
 - Tu rentres pour déjeuner ?
Elle lui embrassa le front, elle répondit oui, et sortit.
Elle était à peine rentrée qu’il la serrait entre les bras, le ventre en avant. On eut dit qu’il prenait une revanche. Peut être en était-ce une. A la pensée qu’un autre homme avait pu lui faire l’amour, la rage le saisissait.
C’est lui qui avait voulu déjeuner aux abattoirs, un restaurant dont elle avait cité le nom.
- Bonjour, madame Julie.
Pierre souriait mais il avait été heurté par la familiarité dont le patron avait fait preuve. Quelques bouchers, des habitués, debout devant le comptoir, les avaient salués de la tête.
Pierre avait eu le sourire crispé.
 
En sortant du restaurant, il arrêta la voiture sur une aire d’autoroute et se pencha sur Julie dont il écrasa la bouche. Elle s’était abandonnée effrayée par cet homme qu’elle ne reconnaissait pas mais dont le corps suscitait avec brutalité l’avidité soudaine du sien.
 - L’odeur du sang, ça t’excite ? Dis-le que ça t’excite.
Elle était comme un jouet entre ses mains.
Ils rentrèrent sans dire un mot. Au moment de se glisser sous les draps, il s’excusa :
 - Je ne sais pas ce qui m’a pris.
Elle secoua la tête et la posa sur sa poitrine.
 
Le lendemain, il se promit de réfléchir à ce dont il allait s’occuper pendant qu’elle était au bureau mais il n’éprouvait pas de besoin particulier. Il était parfaitement heureux, il attendait Julie pour des retrouvailles de chair. Elle était son obsession au point qu’un jour, il s’était demandé si elle se rendait réellement au bureau tous les matins. Il s’en rendait compte, il était jaloux. Une nuit, il avait presque violé Julie en criant :
 - C’est moi que tu veux, hein !
Julie avait fait semblant de n’avoir rien entendu. Lui n’avait pas pu se rendormir.
Certains jours, ils étaient trois. Liliane, une amie de Julie, lui rendait visite régulièrement. Durant l’absence de Pierre, la vie avait continué.
Un jour que Julie attendait Liliane, elle lui avait dit :
 - Elle vient souvent me rendre visite. Elle m’a dit qu’elle te connaissait depuis votre adolescence. C’est vrai ?
Il la connaissait en effet.
 
Il avait seize ans lorsqu’il avait emmené Liliane le long du chemin de halage à proximité du Soleil Radieux, une maison de rendez-vous située à hauteur du fleuve mais invisible de la route. On y accédait par un étroit chemin. Ils s’étaient assis sur l’herbe. Il lui avait pris la main et il l’avait posée sur son sexe. Il avait joui presque immédiatement. Il avait été tellement honteux qu’il avait voulu mourir sur le champ. Ils étaient rentrés sans dire un mot.
Ce jour-là, il n’y avait eu ni sourire béat ni aura sur le front. Beaucoup de honte au contraire dont il mit longtemps à se relever.
Julie le regarda avec curiosité.
 - C’est vrai que tu la connaissais bien ?
C’était vrai. Il avait revu Liliane à la fin de leurs études secondaires. Elle avait failli le violer à la sortie d’une boite où les jeunes gens allaient danser les samedis soir. Et il avait été honteux une fois de plus de ne pas avoir été à la hauteur. Il n’avait pas envie d’en parler. Mais cela avait créé entre elle et lui une sorte de complicité dont elle tirait parti en le dévisageant avec ironie lorsqu’elle le voyait.
Un jour que Liliane se rendait chez Julie, Marc l’accompagnait. Un homme qui avait fait du stop et que Liliane avait invité. Liliane aimait à exposer ses proies. Il semblait à Pierre que Julie le regardait avec curiosité. Dès que Marc parlait, Julie l’écoutait avec attention. Elle le disait probablement par politesse.
 - Enfin Pierre ! Tu l’empêches de parler.
Liliane éclatait de rire.
 - Enfin, Pierre !
Quand un homme émeut une femme, d’autres femmes sont prêtes à lui ouvrir les bras.
Pierre se serait levé et serait sorti tant la jalousie lui étreignait la poitrine. Mais il ne voulait pas les laisser ensemble. Il est des signes qui éclairent alors même que le comportement ne change pas. Ils sont imperceptibles aux yeux de ceux qui n’ont jamais aimé. Où qui n’ont jamais aimés qu’eux-mêmes. Cette nuit-là, il s’était demandé si c’est à lui qu’elle pensait pendant qu’il la caressait.
Marc désirait se rendre au Club Méditerranée, avait-il dit. Pierre l’avait déposé devant les bureaux du Club. Il avait téléphoné à Julie qui lui avait demandé si les choses s’arrangeaient pour Marc.
 - Oui, ne t’inquiète pas.
Liliane et Julie souhaitaient le contraire sans le dire à haute voix, il en était convaincu. Il était le seul à souhaiter réellement son départ.
Ils étaient repartis le lendemain. Pierre le haïssait de plus en plus.
 
Un jour que Liliane devait s’absenter pour la journée, Marc avait été invité à venir l’attendre chez Julie. Julie avait dit :
 - C’est la moindre des choses. C’est un ami, non ?
A cinq heures de l’après-midi, il n’était pas encore arrivé.
Julie était inquiète.
 - Je suis certaine que quelque chose lui est arrivé.
 - Il doit y avoir une raison. Que veux-tu qu’il lui soit arrivé ?
 - Je ne sais pas mais je suis certaine qu’il est arrivé quelque chose.
Elle était nerveuse, son visage était tendu.
 - Prenons la voiture, Pierre. J’ai trop peur. Liliane ne me le pardonnerait pas.
Ils avaient pris la voiture. Il l’avait conduite à l’immeuble où Marc avait sa chambre. Elle ne lui avait même pas demandé de monter avec elle ou de l’attendre. Elle était revenue au bout d’une bonne demi-heure, pas loin d’une heure.
 - Il lisait. Il m’a dit qu’il avait oublié.
Puis, elle n’avait plus rien dit. Chez elle, ils étaient restés seuls. Ni Liliane ni Marc n’étaient venus, Liliane avait téléphoné pour s’excuser.
-Tant mieux. Je ne sais pas ce que j’ai, je suis très fatiguée ce soir.
Lorsque Pierre lui avait demandé si elle souhaitait qu’il aille passer la nuit ailleurs pour qu’elle puisse se reposer, elle n’avait pas tenté de le retenir. Ils s’étaient embrassés comme de vieux amis. Sur les deux joues. Pierre bouillait de rage.
 
C’est Liliane, elle était passée le prendre comme à chaque fois qu’il ne dormait pas chez elle, qui avait découvert le corps inanimé de Marc. Il gisait sur son lit uniquement vêtu d’un t-shirt. Sur la table de nuit, il y avait un verre dont l’odeur ne révélait rien et un second verre auprès d’une bouteille de whisky à moitié vide. L’analyse du premier verre par les services spécialisés de la police judiciaire conclurent que Marc s’était suicidé.
L’enquête dévoila ce que personne ne s’était ingénié à savoir. Le nom de famille de Marc, son origine et son métier. Il n’était pas issu de nulle part. Le suicide de sa femme, rongée par le cancer, expliquait sa décision. Peut-être que la perspective du Club ne lui était-elle plus apparue comme une solution suffisante. Ni la sympathie que lui portaient Liliane et Julie. Pierre s’était réjoui de sa mort.
Depuis la mort de Marc, Pierre et Julie ne se parlaient plus beaucoup. C’est souvent le cas, les propos importants s’échangent durant la nuit. Julie faisait l’amour en pleine lumière mais pour parler, elle éteignait. L’obscurité donne aux mots une profondeur particulière.
 - Tu ne crois pas que c’est Liliane qui aurait tué Marc? Elle est pharmacienne. Le poison.
 - Pourquoi l’aurait-elle fait.
 - Peut-être qu’elle pensait qu’il était amoureux de moi.
C’étaient les mots qu’elle souhaitait prononcer devant lui. Peut-être qu’elle souhaitait qu’il lui réponde qu’elle avait raison. Que Liliane avait tué Marc parce que Marc était amoureux de Julie. Elle l’aurait aimé comme aux premiers jours. Finalement, ce qu’ils se disaient n’était qu’une autre forme du silence.
Il avait voulu la toucher un soir, elle s’était excusée, elle ne se sentait pas bien.
 - Je ne sais pas ce que j’ai.
Elle avait repoussé sa main. Elle s’était levée.
 - Je ne veux pas t’empêcher de dormir. Je vais me coucher dans l’autre chambre.
C’était la première fois qu’elle se refusait. Elle était venue le rejoindre à la levée du jour. Lorsqu’il s’était levé pour préparer le petit déjeuner, il s’était promis de la quitter. Même s’il pensait qu’un mort aurait pu les rapprocher davantage.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...