Bloggu litterariu corsu

u 2ndu di Dicembre 2014 - scrittu dà - lettu 421 volte

Le temps des pieuvres


Le sur-marin s’émergea à quelques encablures de la côte.
Tout d’acier riveté, et imperméabilisé de l’intérieur, propulsé à l’aide de turbines, il était conçu selon les dernières technologies de pointes en matière d’aéronautique, et devait permettre à ses trois membres d’équipage de tenir près de dix heures de manière autonome, en dehors de l’eau. Sur la souface, le Terra, dont le dos gonflé d’air pointait au-dessus de la ligne de flottaison, s’éloignait petit à petit sur leur écran radar.
Paul restait le regard rivé sur le bout du navire qui dépassait de l’eau.
 - T’inquiètes, le contact est bon, et ils ne seront pas loin en cas de problème.
Elédone était d’un optimisme sans faille. C’était probablement la raison pour laquelle elle avait été choisie comme commandante de mission.
 - C’est censé me rassurer ? fit Paul, détournant brièvement ses yeux de leur ballast de sauvetage pour les fixer sur sa supérieure.
 - Tout se passera bien. On a tout vérifié avant de partir, et tout fonctionne correctement. Les procédures d’évacuation sont simplissimes, et l’équipage du Terra peut nous récupérer en quelques minutes seulement. Il ne nous arrivera rien. Et surtout, tu seras le premier poulpe à explorer les hauteurs aériennes.
 
Paul ne distinguait presque plus leur vaisseau. L’océan laissait progressivement la place à la terre. Celle-ci était plutôt grise au niveau de la zone de contact avec l’eau, puis tirait vers un jaune-brun puis ocre à mesure que le sur-marin avançait. Des touffes vertes de plantes aériennes agrémentaient la vue par places. Il avait surtout du mal à se faire à la forte luminosité, que les hublots filtraient en partie.
 - Peut-être aussi que je serai le premier poulpe à mourir aussi loin de l’océan. J’en ai les cœurs qui se serrent.
Elédone claqua du bec, se moquant de lui. Elle en avait même le bout des tentacules qui se tordait. Paul s’assombrit, vexé, puis s’éloigna du hublot pour aller se positionner à côté de Thaum. Si ce dernier restait concentré sur les manettes qui dirigeaient leur aéronef, maintenant le cap vers l’objectif, il n’en arrivait pas moins à tenir la conversation :
 - C’est parce que tu avais peur de mourir que tu as fécondé ta copine avant de partir ?
Paul massa machinalement son moignon du bout d’une ventouse. Son tentacule hectocotyle repoussait lentement, trop lentement à son goût, et il s’en sentait foutrement diminué. Pour autant, il ne regrettait en rien de l’avoir laissé à Octavia. Il n’avait pas connu plus forte jouissance que lorsque son bras empli de semence s’était détaché de son corps pour aller s’attacher à celui d’Octavia. Elle-même lui avait confié n’avoir jamais ressenti autant de plaisir, et de fait il l’avait surprise à changer de couleur et lâcher un peu d’encre au plus fort de l’action.
 - Elle voulait des bébés. C’est surtout elle qui avait peur pour moi. Elle m’a dit que comme ça, elle aurait toujours un souvenir de moi, des petites copies de notre amour.
 - C’est beau…
Thaum avait dit cela sur un ton qui fleurait bon l’ironie. Paul se doutait que son acolyte n’était pas porté sur les mièvreries, mais c’était aussi pour ça que Thaum mourrait seul et à moitié ivre après avoir dépensé son salaire dans un cabulot quelconque.
 - On arrive sur l’objectif, les kraks, lança soudain Thaum.
 
Devant eux, de l’autre côté de la glace rivetée à l’avant du sur-marin, un ensemble d’édifices verticaux se dressaient sur le sol. Certains d’entre eux étaient éventrés, branlants, et toutes sortes de câbles en dépassaient, griffant le ciel ou pendant lamentablement. Des tas de caillasses grises et d’enchevêtrements métalliques révélaient l’emplacement d’autres constructions qui s’étaient écroulées. L’ensemble était recouvert d’une jungle végétale extrêmement diversifiée et luxuriante.
 - Ça fait vraiment comme dans les récifs, nota Elédone. La vie s’accroche et prolifère là où il y a un support solide et des cavités.
 - Quelles autres formes de vies peuvent vivre ici, d’après vous ? interrogea Paul.
 - Nous verrons bien. Pour l’instant je n’ai détecté aucune forme animale. Mais j’espère bien en trouver, et puisque vous êtes là pour m’assister, vous m’aiderez à les décrire.
L’aéronef s’avançait maintenant au milieu des bâtiments, volant à moins de deux mètres du sol. Seul le vrombissement de sa turbine perturbait la quiétude des lieux.
 - Thaum, dirige-nous vers cet édifice, ordonna Elédone en pointant le plus petit d’entre eux, qui se trouvait à tribord.
Ils virèrent de bord et s’approchèrent de la cible désignée. A la demande d’Elédone, le pilote les fit pénétrer à l’intérieur par une ouverture. Ils débouchèrent ainsi dans une pièce aux murs faits de blocs rocheux. Certains s’en étaient détachés pour tomber au sol, parmi la terre et la végétation morte. En face d’eux, une enfilade de portes menait certainement à l’autre bout du bâtiment.
Paul était subjugué. Ils admiraient, avant tout autre céphalopode, les ruines d’une antique civilisation aérienne aujourd’hui disparue. Dans leurs bulles d’histoire, les pieuvres érudites avaient parlé à plusieurs reprises de cette civilisation, et des êtres mi-animaux mi-dieux qui y avaient vécu. La mythologie, elle, évoquait également un monde aquatique au milieu des terres émergées, dans lequel les dieux avaient donné aux pieuvres la connaissance et la technologie. C’était absurde, bien évidemment, car tout le monde savait que les céphalopodes s’étaient élevés au niveau actuel grâce à leur seule intelligence, et à l’aide d’une évolution qui les avait favorisés. Seuls les tenants d’une certaine théorie du complot soutenaient le contraire. Parfois, Paul se prenait à essayer de les croire, mais les preuves archéologiques étaient irréfutables. Oh, il y avait bien quelques artefacts douteux, mais les spécialistes avaient toujours réussi à démystifier, et à révéler les supercheries.
 
Ils avançaient avec précaution lorsque Paul surpris une ombre au passage de la deuxième porte. Il se pencha pour mieux voir, avant que sa vue fut obstruée par le plafond de l’aéronef.
 - Vous avez vu ? demanda-t-il.
 - Quoi donc ? s’enquit Elédone. Je…
Un choc d’une extrême violence secoua soudain le sur-marin. Un pieu métallique, venu de nulle part, transperça l’habitacle par bâbord haut, empalant le commandant de bord dans un jet bleu de sang et d’air, la tuant sur le coup. L’engin fut projeté sans ménagement au sol, se tordant sous l’impact. Quelques rivets sautèrent, et une fuite d’air infiltra immédiatement l’intérieur du sur-marin. Une alarme, aussi puissante qu’inutile, vrilla l’eau de ses ondes.
Thaum se dégagea très rapidement des commandes, et se propulsa vers Paul, qui restait sans réaction, les yeux écarquillés. Paul vit une combinaison de sortie apparaître devant lui.
 - Enfile ça ! s’écria Thaum. Vite !
Il ne fallut pas le lui dire deux fois.
Il commençait à l’enfiler lorsque le pieu bougea, faisant trembler Elédone comme si elle était secouée de sanglots, puis le sur-marin se souleva avant de retomber lourdement. Ils flottèrent en allant se cogner sur les parois, mais tinrent bon tant qu’ils se démenaient pour passer leurs tentacules dans leurs combinaisons, puis leur tête dans le casque à turbine. Un nouveau choc les envoya bouler, puis encore un autre. Le sur-marin se fendit presque en deux lorsque le pieu se retira, laissant l’eau couler à torrents à l’extérieur de l’habitacle.
 - Qu’est-ce qu’on va faire ? gémit Paul.
Thaum, qui avait fini de s’habiller avant lui, tripotait le tableau de bord pour envoyer un message de détresse. Ils entendirent des crépitements en provenance du Terra, ce qui était probablement bon signe.
 - On se prépare à fuir et à rejoindre l’océan, mon gars. On n’est pas si loin. On peut y arriver.
Le radar indiquait qu’ils se trouvaient à plus de deux cents mètres du rivage. Le Terra était encore une centaine de mètres plus loin. Un gouffre. Ils n’y arriveraient jamais.
 - Ne te pose pas de questions, poursuivit Thaum. Dès qu’on peut, on sort, et on fait la route en sens inverse : on sort de l’édifice par là où on est venus, puis tu prends bâbord à quatre-vingt-dix degrés, et tout droit, plein gaz. Ils vont envoyer un ballast de sauvetage sur le rivage.
Un bloc rocheux assez imposant termina de fracasser le sur-marin, l’ouvrant en deux le long de la ligne de séparation des plaques d’acier. Ce fut le moment que choisirent les deux explorateurs pour se précipiter à l’extérieur.
Thaum envoya une giclée d’encre synthétique en sonnant la charge. Ils filèrent par l’ouverture le plus rapidement possible, mais pas assez pour échapper à leur agresseur.
 
Paul esquiva de justesse la chose qui les avait attaqués, jouant des propulseurs à turbine fixés sur son casque. Il ne se retourna même pas pour attendre Thaum ou voir ce qu’il lui arrivait. Il avait juste eu le temps d’apercevoir un animal de cauchemar, gigantesque, debout sur deux pseudo-tentacules, et qui en agitait deux autres dans l’air pour les attraper. Il avait discerné une gueule horrible sur une tête exagérément petite par rapport au reste du corps, avec des yeux plats, une bouche sans bec mais pleine de pierres blanches, et une protubérance avec des trous entre les yeux et la bouche.
Il entendit Thaum hurler dans son casque.
 - L’humain ! disait-il. L’humain ! Au secours !
Sa voix était absolument terrifiée, presque à la limite de l’audition. Puis un bruit de déchirement mou, horrible, vint mettre un terme à la souffrance de son ami.
A sa grande stupeur, Paul parvint à rejoindre le ballast de secours, puis le Terra, sans encombres, où il raconta ce qu’il avait vu.
L’exploration fut déclarée infructueuse, et l’incident classé en "cause technique". Car même si certains membres d’équipage du Terra étaient enclins à croire l’histoire de Paul, on lui avait fait comprendre qu’il n’était pas souhaitable de l’ébruiter au dehors. On l’aurait rangée immédiatement au rayon des délires d’ivrogne, et les membres de l’expédition cloués au pilori de la censure médiatique. On se serait moqué de lui sur des plateaux télé, leurs financeurs auraient aussitôt fermé les vannes, et ils auraient pu dire adieu à leurs recherches et à leur travail.
Paul finirait bien par accepter qu’il avait mal vu, ou avait eu une hallucination dûe à un mélange d’oxygène dans l’eau mal proportionné. Qu’il avait simplement eu de la chance, alors que le crash de l’aéronef avait causé la mort de ses collègues. Car après tout, qui était assez stupide pour croire en l’existence d’humains ? Une espèce disparue depuis des lustres ! Un monstre des hauteurs aériennes revenu des temps anciens !
Et puis il aurait au moins une histoire à raconter à ses enfants avant d’aller les endormir.
C’était ce qu’il s’était dit en retrouvant Octavia. Il l’avait serrée très fort dans ses sept bras et demi, tout en la caressant de ses ventouses.


              



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