Bloggu litterariu corsu

u 30 d'Aostu 2014 - scrittu dà - lettu 339 volte

Le secret


Cette année, les bras des hommes avaient rendu le chemin un peu plus inoffensif. Moins de pièges pour les jambes frêles des enfants, moins de traîtres et douloureuses griffures. Leurs pieds, aussi, étaient épargnés. Pour la première fois, chacun possédait désormais une paire de sabots.
Comme de coutume, mais surtout un peu moins vulnérables, Filippu et Félicia Gozzi partirent pour l’école. Quatre kilomètres à flan de montagne, quatre kilomètres aux cailloux retors, aux arbres aux mains de géants.
Félicia marchait toujours en tête, décidée qu’elle était à faire valoir ses droits. La bruneta était née deux minutes avant son frère. Une éternité, le sens du destin, un statut qu’elle ne voulait surtout pas laisser en chemin. Filippu, d’ailleurs, n’opposait aucune résistance. Il obéissait à sa sœur comme on obéit à Dieu ou maître, sans discussion possible, toujours en retrait, toujours second – sauf en cette sordide fin de matinée, sur une autre colline de boue de cadavres, en juin 1915.
Les deux enfants filaient comme le vent, quand il s’insinue entre les châtaigniers et qu’il porte ou le bonheur ou le malheur. En ce jour de rentrée, c’était plutôt le bonheur. Le bonheur d’aller loin et seuls retrouver madame Siméoni.
La crainte qu’ils en éprouvaient quand elle levait sa règle juste au niveau de son visage n’était rien à côté de son allure maternelle et de ses longs sourires d’encouragements. Et puis, elle n’avait pas son pareil pour convaincre chacun qu’il pourrait, un jour, être savant.
Félicia se tourna soudain vers son frère :
 - Tu n’as rien oublié à la maison ?
 - Non, non, je ne crois pas.
 - Comme tu as retourné au moins dix fois tes affaires, je me disais…
 - Non, j’ai tout. Sûr, sûr. Juré.
Filippu rougit instinctivement. D’un coup, il avait pensé à quelque chose. Mais il ne dit mot. Félicia avait pris trop d’avance.
 - Ben alors, tu viens !
 - J’arrive. J’avais un caillou dans le sabot.
 
L’école n’était plus qu’à une encablure. Bientôt l’on sentirait le cuir des cartables et entendrait la cloche, puis l’appel, les noms scandés un à un. Il y avait six Gozzi dans la classe.
Tous les enfants arrivèrent à l’heure. Ou peu s’en faut. Les hommes des villages avaient bien travaillé. Il n’y avait que Maria Santa Colombani qui s’était légèrement tordu le pied.
Madame Siméoni intervint :
 - Viens que je te mette un peu du baume du bon docteur Paravisini.
Tout le reste de la bande fit alors une légère moue renfrognée. La Maria, c’était certain, faisait déjà sa chouchoute.
La classe ne pouvait qu’être petite, les élèves resserrés. L’estrade, où souriait la maîtresse, ne pouvait que craquer. Et l’odeur du poêle ne pouvait qu’avoir survécu à tout un été étouffant.
 - Les enfants, mes enfants…
Madame Siméoni annonça la couleur de l’année à venir. Studieuse, attentive, de bonne camaraderie. Même entre cousins plus ou moins en froid. Elle parla aussi d’elle et de sa volonté d’offrir toujours tout ce qu’elle avait.
Et puis, elle réservait une surprise.
Enfin, deux.
La carte postale d’une rue passante de Paris fit sensation. A tel point qu’un enfant se l’appropria plus qu’il ne fallait. Les autres grondèrent. Pacificatrice, madame Siméoni promit de la laisser en classe afin que chacun, s’il le souhaitait, pût à tout moment la consulter. On regarda où se trouvait précisément Paris sur la carte.
Dès cet instant, la journée prit une autre tournure. Le mot magique, le mot fée était Paris. Rien aujourd’hui ne pouvait déboulonner ce lieu où des gens semblaient flâner indéfiniment. Rien ne pouvait extraire les enfants de leur contemplation. Rien, pas même la seconde surprise.
 
Félicia dansait presque sur le chemin du retour. Filippu peinait à la suivre. Sa soeur virevoltait, jouant de ses jambes frêles mais toniques, de toute sa fringale divine. Parfois, son sourire devenait sourire de femme et faisait que la fillette avançait comme on avance en âge. Par bonds successifs conscients ou inconscients.
Pour l’heure, sa précocité enchantait.
 - Les enfants, commanda le père, venez donc à table. Et arrêtez vos messes basses.
Damia, la mère, servit le repas.
 - Félicia, as-tu entendu ce qu’on te disait ?
Nul ne semblait pouvoir arrêter le frère et la sœur qui venaient soudain d’oublier Paris. Ils ne purent s’empêcher de rire.
 - Mais enfin, qu’avez-vous ?
 - C’est la maîtresse…
 - Je ne vois pas ce qu’elle a de si drôle, madame Siméoni, gronda le père.
 - Elle n’est pas drôle, elle est magicienne.
 - Pas comme la mère Crucciani, j’espère, fit la mère.
 - La mère Crucciani ?
 - Oui, celle qui jette des sorts aux enfants qui se tiennent mal à table.
Soudain le silence. On ne plaisante jamais avec les sorcières. Ni avec les sorts. On se signe. Trois fois. Et, surtout, l’on ne rit plus.
 - Maman, Papa, non, elle n’est pas comme madame Crucciani.
 - Nous voilà enfin rassurés !
 - Non, non, elle n’est pas sorcière ! Elle nous a fait écrire à l’encre rouge.
 
Le 07/08/2014.


              



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