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u 5 di Marzu 2013 - scrittu dà - lettu 412 volte

Le roman du mariage

Ou le roman d'apprentissage dépoussiéré


Le roman du mariage
 
Le titre - quelle réussite ! – vous happe. Comme une bravade, un défi… « Le roman du mariage ». Non, Eugenides ne consacre pas les 552 pages de son roman à disséquer les plaisirs multiformes, les tourments, les mesquineries et les petits arrangements caractéristiques de l’hymenée. Vous êtes déçus ? Vous ne devriez pas. « A l’époque où la réussite sociale reposait sur le mariage, et où le mariage reposait sur l’argent, les romanciers tenaient un vrai sujet d’écriture. Qui utilisait encore le mariage comme ressort dramatique ? Personne ». Par la voix de l’honorable professeur Saunders, spécialiste du roman victorien, de la non moins vénérable University de Brown, l’auteur, malicieusement, nous questionne : dans une époque décorsetée de ses carcans, libérée de ses entraves morales et religieuses, où le mariage n’est plus une fin en soi, à quelles sources l’écrivain peut-il s’abreuver et sur quels ressorts narratifs peut-il construire son roman ?
 
Jeffrey Eugenides explore les trajectoires croisées de trois étudiants - Madeleine, Mitchell et Leonard -  issus de la très sélective université de Brown au début des années 80, sur une période assez courte mais néanmoins déterminante : le périlleux passage de la fin de l’adolescence à l’âge adulte. Le roman s’ouvre sur la journée de remise des diplômes et se clôt sur… Je n’en dirai pas plus. Plaisir infini que celui de s’immerger dans l’ambiance de ces campus typiquement jeffersoniens (Eugenides est diplômé de Brown) – amphithéâtres, laboratoires, salles d’études, bibliothèques, espaces verts, décorum et cérémonial, professeurs érudits et illuminés, étudiants exaltés ou perdus - sous la plume alerte de l’auteur distillant, non sans ironie, les composantes et les dimensions d’un monde bien spécifique. L’œuvre aurait pu être caractéristique des « campus novel » si elle ne déployait d’autres ambitions. Il s’agit là, d’un roman d’initiation au sens classique du terme. D’un roman d’apprentissage. Il s’agit du roman des exaltations, des illusions et des désillusions. Quelle déchirante expérience que celle de la théorie à l’épreuve du terrain ! C'est le roman du « littéraire », protagoniste ridiculement sublime dans sa conception de l’Amour et du monde, passionné…et floué d’avance. Déniaisé, du moins. Peut-être pas totalement désillusionné. C'est l’étude d’une mue. D'une métamorphose. Sous nos yeux, de leur démarche chancelante et malaisée, Madeleine, Léonard et Mitchell, sortis de l'enfance attardée, s’engagent sur des chemins incertains. Eugenides les couve d’un regard où scintille de manière quasi constante une grande tendresse.
 
Mitchell aime Madeleine qui lui préfère Leonard. Fameux, ce triangle amoureux. Où l’on apprendra à ses dépens, que l’amour est par essence mouvant, fuyant, complexe, protéiforme, insaisissable, souvent indicible, terriblement décevant et qu’il ne s’inscrit pas dans la limpidité d’Une définition. Tant mieux. L’auteur saisit avec justesse les oscillations et les ambigüités des sentiments amoureux. Madeleine tangue entre Leonard, l’amant extraordinaire maniaco-dépressif et Mitchell, l’amoureux transi, en quête de spiritualité. Le mariage entre deux des personnages, qui survient tard dans le roman, n’y est pas traité comme le nœud de l’intrigue, ou comme son dénouement heureux (Jane Austen ne comprendrait pas, la pauvre).
 
Les relations, complexes, entre les trois protagonistes, sont finement analysées. Les comportements reposent sur des ressorts psychologiques subtils et s’ancrent dans des contextes socio-culturels et affectifs habilement décrits. Pathos et clichés sont absents. On insistera sur l’acuité psychologique de l’auteur qui brosse le portrait d’une jeune femme encline à un pragmatisme salutaire; tandis que Mitchell et Leonard plient sous le poids de l’absolu, de la rêverie, et d’une sensibilité à fleur de peau. Bien vu !
 
 
Madeleine, telle une outre monstrueuse, est gavée de littérature. Et l’incipit donne le ton : « Voyons d’abord les livres. Il y avait là ses romans d’Edith Wharton (…) là les œuvres complètes d’Henry James (…) beaucoup de Dickens, un soupçon de Trollope, de copieuses portions d’Austen (…) et des redoutables sœurs Brontë (…) Là, les Colette savourés secrètement». Laissons au lecteur le plaisir de découvrir comment Madeleine la « victorienne », secrètement enflammée par la littérature d’Austen et de James, va se saisir de ce décalage, entre roman et réalité, de cette fêlure pourvoyeuses de désillusions et de souffrances… ou d’un sursaut salvateur. Jusqu’au bout, Eugenides irrigue son roman de références multiples aux œuvres littéraires et philosophiques qui guident ses personnages. Non sans pointe d’humour et de douce ironie de la part de l’auteur, on assiste, par le biais des séminaires fréquentés par les étudiants, à la querelle entre classiques et modernes, au moment où la sémiotique venue d’Europe déferle et engloutit une critique classique presque surannée. Ainsi, Madeleine, pour exorciser son chagrin d’amour, se cramponne à la déconstruction barthienne du discours amoureux… et n’en tombe que plus amoureuse !
 
Sur mes étagères, trônaient, poussiéreux, Portait de femme d’Henry James et Fragments d’un discours amoureux de Barthes. Je vais, de ce pas, m’y replonger avec délice.
Merci Monsieur Eugenides.


              


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Anima Cappiata !

Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...