Bloggu litterariu corsu

u 25 d'Utrovi 2014 - scrittu dà - lettu 428 volte

Le passant


Soirée sur l'avenue Karl-Johann (Munch).
Soirée sur l'avenue Karl-Johann (Munch).
Peut-être qu’un passant l’a entendue s’agenouiller et prier le Seigneur. Peut-être que ce passant a joint les mains avec elle. Peut-être aussi qu’il s’est approché de la porte, comme pour demander à entrer. Mais sans doute qu’il a renoncé. Parce que, même si la violence le touche, même si l’avenir de son monde est en jeu, même si des cousins sont tombés ou tomberont, le sort du fils de Maria Teresa ne le regarde pas. Pourtant, il est un voisin proche, aussi proche que le village intensément resserré le permet, jusqu’à en sentir le cœur et les pulsations à chaque instant. Mais là, ça ne le regarde pas. Et tant pis si sa bonne conscience le taraude, tant pis si, faisant soudain référence aux anciens et à leur communauté de vie, il se torture l’esprit jusqu’à vouloir se sauver vers la mer. Cela ne le regarde pas. 
En réalité, il n’en sait pas plus que ce que Maria a accepté de raconter. D’ailleurs, veut-il vraiment savoir ? Il ne peut dire. Simplement, il sent confusément chaque chose de telle sorte que les informations s’évaporent une à une à mesure qu’elles lui parviennent, de ces informations tronquées par la censure ou la pudeur, mais qui transpirent surtout la peur et le chagrin. Comme pour un des fils Massiani, mort l’an passé. Il ne peut toujours rien jurer. Pourtant, il avait vu les gendarmes. Il savait bien qu’ils enquêtaient. Mais son esprit, depuis, a tout gommé.
Quand il a cru comprendre la nouvelle, quand Maria Teresa a mis le deuil en chacun de ses gestes, il est parti loin, ainsi qu’au temps jadis, s’y composant pour quelques jours un refuge. Une bergerie, bien sûr, a fait l’affaire. Elle sentait la paix et le recueillement, tout le contraire du sort des sacrifiés, condamnés à errer sans repos, éternellement. Lui, il était sûr de retourner au port.
 
Peut-être alors que ce passant, revenu depuis de ses errances, a entendu Maria s’agenouiller chaque heure violemment sur le sol jusqu’à en ressentir l’impact. Peut-être aussi a-t-il souhaité l’aider. Mais pas au point de devoir repartir à l’assaut des épineux et de la solitude, là où, précisément, avaient surgi les âmes en perdition. Contre sa volonté, d’abord furtives puis obsédantes. Celle du cadet des Massiani. Celle de Pierrot Alfonsi. Celle du petit Giovanelli.
Dès lors, le sort du fils de Maria Teresa ne le regarde pas. Même s’il en sait l’injustice. On ne fauche pas un homme en pleine jeunesse. Et qu’il ait un peu traficoté ou vu ce qu’il ne devait pas voir n’autorise pas le crime. Encore moins s’il a brandi le poing face à un irascible. C’est l’heure de garder porte close. La sienne, celle de son cœur, celle de ses mains. Tout le contraire de celles de cette gentille mère qui n’ont cessé de se tendre et s’ouvrir chaque jour pour l’un ou l’autre, la femme en mal d’enfant, l’oncle affligé de souffrances obscures et incertaines, l’inconnu poursuivi venu chercher refuge.
 
Bien sûr que le fils de Maria Teresa est mort. Le passant n’en disconvient pas. Non d’un accident de voiture comme annoncé tout d’abord. Plutôt d’une sale décharge de chevrotine. En pleine tête. Deux types juchés sur une moto, le même mode opératoire que pour le fils Massiani. Pour autant, cela ne le regarde pas. Il n’y a rien à dire, rien à juger, rien à commenter. Le temps est à ce voile noir au-dessus de chacun, ce nuage du malheur et de la vengeance qui n’a que faire des hommes et de leur vie.
Au cimetière, il embrassera Maria Teresa et la famille. Il aura tenu sa place. Il aura certainement mis des fleurs. Mais il restera le passant qui arpente les ruelles du village, qui en est la mémoire et surtout l’oubli, garant d’un principe de continuité contre lequel même les assassins et la mort ne pourront jamais rien.
 


              



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