Bloggu litterariu corsu

u 14 di Sittembre 2015 - scrittu dà - lettu 391 volte

Le loup dans la bergerie


"Le Christ chez des paysans" Fritz von Uhde. Image totalement hors sujet, si ce n'est que j'ai trouvé que son atmosphère collait bien au ton de la nouvelle. PFCO.
"Le Christ chez des paysans" Fritz von Uhde. Image totalement hors sujet, si ce n'est que j'ai trouvé que son atmosphère collait bien au ton de la nouvelle. PFCO.
Céline leva les yeux de son ordinateur.
 - Mon chéri, il faut quand même que je te dise quelque chose. Avant…
 - Avant ?
 - Ben, avant que nous partions…
Laurent regarda Céline avec inquiétude. En même temps, la jeune femme souriait malicieusement, ce qui n’aurait pas dû logiquement le tracasser. Mais en la matière, il ne pouvait toujours se maîtriser et sa compagne ne le savait que trop. D’ailleurs, le pauvre garçon fronçait déjà le sourcil.
 - En fait – tu n’ignores pas que nous allons en Corse, et chez mes parents - nous…enfin…, et même si les traditions disparaissent, même si à la maison on a l’esprit large, il se peut, surtout à cause de ma grand-mère,… qu’on ne nous fasse pas dormir ensemble… Tu comprends ?
 - Euh, oui, je comprends. Mais c’est idiot…
 - Je sais, on vit ensemble depuis plusieurs mois, et blablabla et blablabla…Mais il y a des codes qui sont toujours vivaces… Surtout dans les villages… On n’est pas mariés. Tu comprends ?
 - Arrête de dire tout le temps "Tu comprends", parce que je comprends… Ce n’est pas grave…
 - Bah, quand même un peu, non ?
Céline se rapprocha de Laurent, lui prit la main et minauda :
 - Ça va nous manquer, non ?
 - Au fait, c’est pas toi qui m’as répété mille fois que le maquis était très dense ? Et que tu y avais peut-être été conçue ?
 - A condition qu’on ne rencontre pas de veuve noire.
 - Qu’est-ce que c’est que ça encore ?
 - Une araignée. Venimeuse.
De nouveau, Laurent plissa le front. Il se voyait déjà et piqué et à l’hôpital. Voire bien pire, agonisant au milieu des arbousiers.
 
L’avion atterrit à l’heure. L’aéroport d’Ajaccio n’était pas trop encombré et Céline aperçut de suite l’oncle Baptiste qui faisait de grands signes.
 - Ma jolie, ma belle, enfin te voilà ! Je suis tellement content! Tu as fait bon voyage. Cumu va ?
 - Va bè ! Mais tu exagères toujours, il n’y a qu’une heure et demi de vol ! Je ne viens quand même pas de traverser la moitié de la terre !
 - C’est un peu comme si, non ?
 - Oh, basta, basta ! Viens plutôt que je te présente… Laurent.
 - Ah oui, Laurent… Ton Laurent…
 - Oui, mon chéri qui voulait tellement venir chez nous.
L’oncle jaugea le garçon, le prit par l’épaule et joua un peu de son imposante tenue camouflage qu’il portait souvent. Bien qu’il n’eût jamais fait de mal à une mouche, il aimait parfois passer pour un dur à cuire, surtout en présence d’un jeune et tendre inconnu.
 - Bon, coupa-t-il, on ne va pas s’éterniser ici. Prenez vos bagages et on file à la voiture.
Laurent ne se fit pas prier pour fuser vers le tourniquet, quelque peu soulagé de quitter un instant Baptiste qui avait finalement réussi son coup. Pause de courte durée d’ailleurs, puisque les deux valises arrivèrent de suite.
 - Allez, les amoureux, on y va !
 
Sur la route, et fier de son premier succès, l’oncle se permit encore un malin petit plaisir, mettre au supplice l’oreille interne de Laurent. Les virages étaient serrés. Et le roulis du véhicule tout sauf rassurant. Néanmoins, l’autre n’en avait cure et semblait plutôt se délecter du paysage qu’il découvrait.
 - Toujours aussi chaud en voiture, ziu !
 - Eh, ma belle, on ne se refait pas ! Mais je vois avec satisfaction que tu n’oublies pas trop la langue corse…
Céline sourit, elle qui bredouillait plus qu’elle ne parlait vraiment. Pourtant, elle se jurait après chaque séjour d’approfondir son vocabulaire. Sans trop y arriver. Le travail, les trajets, l’épuisement. Baptiste reprit :
 - Je me souviens que tu avais un moment l’intention de revenir t’établir ici. Je me trompe ?
 - J’ai toujours un peu l’envie. Mais pour Laurent ce serait plus difficile.
 - Tu sais qu’ils nous mettent maintenant des profs du continent… Et que les nôtres doivent s’expatrier. Tu devrais postuler. Tu es Corse !
 - Oui mais, il y a Laurent.
 - Et que fait-il, Laurent ?
 - Ingénieur commercial, monsieur.
Surpris, l’oncle tourna la tête. Son passager avait répondu d’une voix claire, teintée d’une certaine réserve. Discret et bien élevé, ce garçon, pensa-t-il.
 - Mais, appelez-moi donc Baptiste ! Pas "monsieur", je vous en prie…
Céline se retourna elle aussi et vit que son compagnon souriait. Visiblement, il s’était aperçu que l’autre avait le goût de certains bizutages. Après tout, il était le pinzutu de service. A son tour, elle le taquina :
 - Alors, les virages, pas trop durs ?
 - Tu oublies, ma chérie, que je fais souvent du karting. Alors, tes virages…
 
Peu après l’entrée du village, se tenait la maison des parents de Céline. Sa mère campait déjà sur le perron. Baptiste klaxonna.
 - Enfin vous voilà ! dit-elle à sa fille. Je me languissais. Ton père aussi d’ailleurs. Et peut-être plus que moi ! Tu le sais, ce sont les derniers jours les plus longs.
Les présentations faites, tout le monde entra. La grand-mère était de loin la plus émue.
 - Minnà, Minnà…
Céline se jeta à son cou et la garda longuement serrée contre elle. Laurent s’était mis en retrait. Il découvrait sa compagne sous un autre jour. La fillette, l’adolescente, la femme de ce petit bourg accroché à la montagne, de la pierre éclatante de soleil, des souvenirs empreints de légèreté.
Puis ce fut le tour du père. Un homme râblé, au premier abord taciturne, mais bon comme le pain et qui se contenta d’une formule aussi brève que profonde:
 - Tu es de plus en plus belle, ma fille.
Puis il ajouta :
 - N’est-ce pas, Laurent ? Au fait, je peux vous appeler Laurent ?
 - Bien sûr.
Remise de ses émotions, la grand-mère se précipita alors à la cuisine pour sécher ses larmes. Elle en revint avec deux assiettes débordant de victuailles.
- Vous devez avoir le ventre vide. Ce n’est pas ce qu’on vous donne à manger dans l’avion… Allez, asseyez-vous tous. Je vais chercher le reste.
Céline fit mine de vouloir aider, mais se fit rabrouer sur-le-champ :
- C’est toi ou moi qui a fait le voyage ? Gronda Minanna. Occupe-toi donc plutôt de bien rassasier ton homme qui meurt autant d’amour que de faim.
 
Parfois, certaines conversations sont encore de préférence réservées aux femmes. Le père entraîna donc Laurent à une première découverte du village. Il fallait ainsi présenter le futur gendre à quelques copains. Quant à Céline et sa mère, elles devaient aborder le sujet de la chambre à coucher. Sauf que le problème était déjà réglé. La grand-mère s’était montrée plus réceptive que prévu.
 - Vous me prenez vraiment pour une vieille cruche ou quoi ? Je sais très bien qu’à Paris, le grand dadai ne s’expatrie pas, la nuit, dans la baignoire. Il aurait bien tort, d’ailleurs. Ma petite fille ici présente a tout ce qu’il faut où il faut. Mais pour qui me prenez-vous ? Bon, de mon temps, ça ne se faisait pas. Pas avant le mariage. D’accord. Mais cette belle hypocrisie n’empêchait pas certaines invitations… nocturnes ou diurnes, d’ailleurs.
 - Minnà, tu ne vas pas me dire…
 - Je ne parle pas forcément de moi… Mais, tiens, la Françoise par exemple…
 - Chì Françoise ?
 - La sœur de cet imbécile de Padovani qui a fait le douanier à Marseille et qui s’est noyé dans le port en se prenant les pieds dans un cordage. Eh bien, dès qu’elle a pu, elle l’a eu plus souvent ouverte que fermée sa serrure !
Céline et sa mère éclatèrent de rire.
 - En conséquence, vous avez ma bénédiction pour dormir dans la bergerie. Il y a tout le confort pour que vous me fassiez un joli petit ange avant que la Vierge – que Dieu la protège – vienne me chercher.
 
En cette première nuit, le jeune couple n’avait pas vraiment suivi les prières de Minnana. A peine couchés, tous deux s’étaient effondrés. Sans doute la fatigue de la semaine. Sans doute aussi un soupçon de pudeur chez Céline.
Au petit déjeuner, Laurent s’aperçut qu’il avait oublié sa montre. Dès la fin du repas, il fila à la bergerie, distante d’une centaine de mètre.
Sur le pas de la porte, une voix étouffée l’interpella. Elle venait de l’intérieur :
 - … ça rien ? Tu dois te tromper. Ou alors… sourde, ma pauvrette. Ce n’est pas possible. La… ? La tienne ou… ? Non, je plaisante. Ils se sont… tôt pour l’avion, je sais. Mais que dis-tu ? On y verra… demain ? Je l’espère… A ogni cosa à so… pu… Je te laisse… Il ne faut pas… ici…
Le jeune homme s’écarta et trouva une cachette in extremis. Le temps que la grand-mère sorte comme si de rien n’était, droite comme un i, et file chez elle. Surtout ne pas en parler à Céline, pensa-t-il immédiatement, elle aurait trop de peine que sa pauvre Minnà perde à ce point la tête.
En entrant, il vérifia quand même. Mais son premier diagnostic fut confirmé. L’endroit était vide.
 
Une jolie nuit que cette deuxième nuit pour les deux amoureux. Un sentiment de plénitude et l’intuition que la magie, entre eux, opérait de plus en plus. D’autant qu’un magnifique ciel étoilé semblait les protéger et illuminer leur destin.
Au matin, ils sortirent ensemble regarder le lever du soleil. Laurent fut ébloui. Nulle part ailleurs il n’avait eu cette impression grandiose et caressante à la fois, comme le début d’un monde, comme doit être toute naissance.
De tout le petit-déjeuner, la mère de Céline ne lâcha pas du regard le jeune couple. Sa fille avait visiblement fait le bon choix. Elle rayonnait comme jamais. Et Laurent était vraiment charmant.
 
 - Me voilà pleinement rassurée… Hier, je t’avais bien répété: à ogni cosa u so tempu…Combien de fois? Oh, pas possible! On ne dirait pas au premier abord. Eh bien ma mignonne, tu as eu le festival! Nous serons donc comblées. Toi et moi. Et toute la petite famille…Tu te rends compte?
Ce coup-ci, Laurent s’était approché au plus près. Intrigué par le manège de la veille de la grand-mère, il avait faussé compagnie à tout le monde pour y voir et entendre plus clair.
 - Ce n’est pas bien d’écouter aux portes, jeune homme…
Laurent sursauta. La mère de Céline se tenait derrière lui et le regardait en souriant.
 - Non, ce n’est pas bien, je devrais vous gronder. Mais bon, venez, il est temps que je vous explique et vous raconte une histoire de famille.
Ils prirent ensemble un petit chemin menant à une fontaine, en contrebas de la bergerie.
 - Cela s’est passé il y a bien longtemps. Notre grande aïeule s’appelait Felicita. Elle s’était mariée jeune, comme souvent à l’époque. Un mariage sans doute arrangé. Malheureusement, le couple ne pouvait avoir d’enfant. Au grand désespoir des deux familles. On avait tout essayé. En vain. Jusqu’à ce qu’une femme d’un hameau voisin, une sorte de guérisseuse, jusqu’à ce que cette mammana trouve enfin la solution. Oh, une solution pour le moins originale! Pas de potions, pas de tisanes, pas de prières. Non, non. Il leur fallait simplement concevoir l’enfant dans la bergerie. Et nulle part ailleurs. Notre bergerie. A cause du terrain sur lequel elle est construite, ou quelque chose comme ça.
 - Et ça a marché ?
 - Bien sûr ! Par trois fois. Dès lors, pour qu’un couple de la famille soit fertile et heureux, il fut établi qu’il devait passer sa nuit de noces et les deux suivantes là où vous avez dormi. Pour que le sort soit favorable. Vous savez, en Corse, on est un peu beaucoup superstitieux.
 - Mais, nous, ce n’est pas vraiment notre nuit de noces…
 - Je sais bien. Et Céline aussi le sait… Mais les temps changent. Et ma mère – la doyenne de la famille qui, à ce titre, s’occupe de ces affaires-là – a un peu bouleversé les choses… Eh bien quoi, qui nous dit que vous allez vous marier ? Dans les règles. En Corse. Et puis bon, vous vivez ensemble, ce qui veut dire… Bref, peut-être même allez-vous tout simplement passer devant le maire avec deux témoins. Donc la grand-mère a arrangé l’histoire à sa façon. C’est pourquoi, vous l’avez entendue hier et là, à l’instant.
 - Mais je ne comprends pas, à qui parle-t-elle ?
 - Bien, à Felicita.
 - A l’esprit de Felicita, vous voulez dire ?
 - Pas seulement.
 - Comment ça, pas seulement ?
 - A son corps aussi.
Laurent prit un air incrédule.
 - Oui, oui, j’ai oublié de vous dire que Felicita avait demandé à se faire enterrer dans la bergerie.
 - Mais, elle n’y est plus…
 - Si, si. Juste sous votre lit… Vous regarderez. Il y a une petite croix et ses initiales sur une des tommettes pour marquer l’endroit.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...