Bloggu litterariu corsu


u 30 di Sittembre 2017 - scrittu dà - lettu 121 volte

Le grand soir de Martine

Tout est parti d'une boutade sur Twitter.
Eric Patris (brillant auteur s'il en est) a aussi relevé le défi.
Je l'en remercie.


Le grand soir de Martine
Heureuse. Martine Gurneux était heureuse. Un tantinet émoustillée aussi, osons le dire. Côtoyer la fine fleur des médias people devant les caméras de la télé grand public lui titillait agréablement des zones que n’éveillaient plus que très rarement des préliminaires réussis. Elle se sentait à son avantage dans sa robe choisie avec autant de soin que celle d’une mariée. Sa maigreur anguleuse passait pour une minceur classieuse, grâce à une coupe ni ostentatoire ni vulgaire. La vulgarité, faute majeure à bannir absolument un soir comme celui-ci : sa fille concourait pour le titre de Miss France, parangon du bon ton et de toutes les élégances.
Bon, d’accord, c’était ceinte de l’écharpe "Miss Corse" que Iris affrontait la finale. Martine aurait préféré que ce fût parée du titre de Miss Berry, pas seulement parce que c’était là sa région d’origine, mais aussi – et surtout – parce que la Corse c’était le mal absolu, la terre de son ex-compagnon.
Un rustre mal dégrossi qui avait fort mal pris – on se demande pourquoi – que la petite ne porte que le nom de Gurneux lors des années passées avec sa mère. Comme si un patronyme à coucher dehors pouvait aider qui que ce soit à mener une vie heureuse en France. Enfin, qu’attendre d’un Cro-Magnon qui tenait à ce qu’on l’appelle Battì plutôt que Jean-Baptiste ? Bel homme, c’était entendu, non dépourvu de certaines qualités, d’un humour un peu particulier et d’un vernis d’instruction, mais irrémédiablement primaire. Vaguement nationaliste, en plus. Un sauvage, pour tout dire, qui avait réussi – grâce à on ne sait quelles troubles entreprises – à forcer sa fille à choisir de vivre avec lui. La seule idée que sa fille chérie avait préféré cette île violente et arriérée à la vie tranquille, ouverte sur le monde qu’elle aurait pu mener à Bourges la jetait dans les affres de la déprime.
Mais tout avait une fin : Iris avait enfin vaillamment tenu tête à son père. Pour lui, les concours de miss n’étaient que "conneries" et "foires aux bestiaux". Oh, comme il avait dû faire la gueule quand la petite avait remporté haut la main le titre insulaire, puis franchi les étapes jusqu’à ce soir… où il brillait par son absence, évidemment. Comme si refuser d’aider son frère pour un week-end demandait un effort insurmontable. Manquer un événement si important pour sa fille, tout ça pour quelques malheureux cochons qu’il fallait soi-disant occire à ce moment-là et pas un autre, ça c’était du Jean-Baptiste tout craché. Cela dit, le champ était libre pour profiter de la soirée et du triomphe, car triomphe il y aurait, Martine le sentait. Intuition féminine et instinct de mère ne pouvaient la tromper, Iris serait Miss France. Elle se surprit à constater que l’attente de la victoire et de la gloire auxquelles elle serait forcément associée l’excitait physiquement. Et si une rougeur intempestive, une sueur incongrue venaient à ruiner son maquillage ? Un bref coup d’œil dans le miroir du poudrier suffit à la rassurer. Elle restait impeccable, et sa bouche un rien plus charnue qu’à l’accoutumée ne gâchait aucunement le résultat.
Iris avait pris un ascendant certain sur ses concurrentes. Son physique ne pouvait certes pas la desservir, elle dansait avec une étonnante facilité, mais ce qui la détachait du peloton, c’était sa vivacité, sa capacité à dépasser le prêchi-prêcha convenu qu’administrait le reste des candidates. Ses mots avaient une force, un humour, une clarté, une finesse qui la démarquaient, sans jamais flirter avec la provocation ou la blague à deux sous. Jamais elle ne donnait l’impression de prendre les autres de haut, jamais l’ambition ne venait durcir son sourire. Le tout avec une grâce tranquille, naturelle. Le public bruissait, souriait. Martine se rendit compte que le but était quasiment atteint. La digne Mme Gurneux, que seule une irréprochable éducation empêchait de se dandiner sur son siège, frémissait à l’unisson de la salle.
L’orgasme de la révélation explosa quand le présentateur nomma enfin, après décompte des votes et dans un grand rictus commercial, la nouvelle Miss France : Iris Gurneux, "première Miss Corse à remporter le titre depuis Pauline Pô en 1921". Martine accueillit avec un sourire extatique l’annonce de la victoire. Bouquet, diadème, discours, félicitations, ballet bien rodé des pros du concours, elle s’en mettait plein les yeux, mais l’émotion brouillait le sens des images. Elle marchait sur un nuage rose et sucré en suivant la grouillote en robe de soirée qui l’emmenait vers la scène prendre sa part de mère au sacre de sa fille.
Quand le tumulte fut un peu calmé, le grand ordonnateur de la soirée, en tenue de pingouin et sa comparse, suivant le rite à la lettre, demandèrent à la nouvelle reine de s’exprimer. Iris, avec un sourire éclatant, s’avança. "Pour clore cette soirée si importante, les mots ne sauraient suffire. Je suis heureuse, bien sûr, et je vous demande comme une faveur de m’autoriser à chanter un hymne. Celui de la patrie, si chère à mon cœur. Je veux le chanter seule, a capella, en signe de respect, d’amour" La foule se leva, adopta la posture digne et compassée de circonstance. Martine Gurneux jubilait. Seule, à l’avant-scène, Iris inspira profondément, les yeux mi-clos. Et les premières paroles s’élevèrent, puissantes et claires :
 
"Diu vi salvi Regina…"
 
Nul n’entendit la suite : le streaming et la tv devinrent muets, le son coupé en régie.
Sur place, la voix d’Iris fut couverte par les vociférations du public et le hurlement de rage et de dépit de Mme Gurneux. Elle cessa net de hurler à la vue de sa fille, plus radieuse que jamais, qui déposait sur un pupitre diadème et écharpe avant d’agiter la main, de sourire à la caméra et de quitter le plateau.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...