Bloggu litterariu corsu

u 23 di Sittembre 2014 - scrittu dà - lettu 470 volte

Le demi-pas


Ils ont bien trop fait de peine à ma maîtresse, ces deux gendarmes. Jamais je ne l’avais entendue hurler comme ça. Encore moins vue s’effondrer.

Alors, je me suis précipité. Et j’ai planté mes crocs dans la jambe de l’un d’eux, celui qui tenait dans ses mains un papier blanc.

Je n’ai pas vraiment senti de douleur. Juste un curieux picotement sur mes babines, suivi d’un clignement des yeux gênant. J’ai essayé de me gratter. En vain. Mes pattes ne voulaient rien savoir. J’étais sur le flanc, dans l’impossibilité de réagir, déjà livré à un songe des plus doux. Sans doute une première vision de ce que le ciel peut donner de meilleur. Il me sembla aussi que mon maître revenait de la chasse. Pourquoi ne m’avait-il pas emmené ? J’avoue que je l’ignorais. En tout cas il faisait diablement beau, et le pays était rouge d’un automne enivrant, saoulé du vin nouveau des hommes.

Catalina s’était relevée, mais je ne la distinguais presque plus. Pourtant, j’entendais. Comme une longue plainte qui transperçait ma chair brûlée. La petite silhouette se débattait de toutes ses forces, face à la mort injuste de son mari, face aux gendarmes qui essayaient de justifier leur geste. Visiblement, ils avaient eu peur que je les dévore. Le plus nerveux avait tiré.

Je suis le gardien de la maison. On ne peut impunément s’attaquer aux miens. Surtout en l’absence de mon maître Antò qui est parti depuis si longtemps, je ne sais plus pourquoi. Ce jour-là, il m’avait attaché. Depuis, je l’ai guetté chaque jour sur le chemin qui descend vers la plaine. Installé sur un monticule à l’ombre d’un buisson de maquis, j’ai monté la garde, priant de toute ma foi pour qu’il revienne. Dieu ne m’a pas entendu.

Écoute-t-il d’ailleurs les chiens ?

Plusieurs fois j’ai même été leurré par des bruits familiers. Des sifflements, des craquements, le souffle du vent. Je pensais que c’était lui. Il m’est aussi arrivé de perdre patience. Mais, toujours, je suis revenu sur mon promontoire.

 

Un soir, alors que je désespérais, comme une ombre m’a soudain effleuré. Une sorte de passager du crépuscule qui a longtemps tourné autour de moi avant de disparaître. Puis, il est revenu. J’en ai tremblé. Sa voix haletante de rêveur halluciné simulait le feu et lançait à la lune ses incantations. Jamais on ne m’avait parlé de la sorte. La silhouette m’enlaçait, me relâchait puis m’enlaçait de nouveau. Il fallait, disait-elle, que je comprenne bien quel serait mon rôle si je l’acceptais. Quel était le marché. Ce que j’avais à faire ? Être l’agneau et non le loup. A partir de là, ma vie ne compterait plus, mais je ne pourrais qu’être honoré d’avoir accepté un tel sacrifice.

La fidélité d’un chien doit aller jusque là, avait-elle laissé entendre.

Lorsque le picotement de mes babines a cessé, j’ai cru sortir de ma torpeur. Il n’en était rien. Bien au contraire, je plongeais au plus profond encore, la douceur allait croissant, il faisait de plus en plus beau et rouge. J’apercevais aussi plus nettement mon maître qui revenait de nulle part. Comme pour moi, sa vie, un jour, avait dû ne plus compter, quand c’était lui l’agneau immolé aux drapeaux de 1916, dans le feu, la boue et le sang. La mitraille ennemie s’était acharnée sur son visage et ses jambes. La terre l’avait en partie recouvert. Même qu’un sergent distrait allait le faire passer pour mort.

Aujourd’hui, il ressuscitait. Moi, j’agonisais.

L’ombre diabolique avait vu juste. Sans hésiter, j’avais accepté ses conditions. Ne restait plus qu’à me jeter sur l’un des gendarmes. Antò devait revenir à tout prix. Le simple prix de ma mort, moi son compagnon de toujours.

 

Catalina m’avait enterré juste à l’endroit où je guettais. Je ne pouvais rêver plus grande délicatesse. Rien d’étonnant à cela, cependant. Elle possédait cette lueur des êtres bénis, cette allure à la fois noble et discrète, ce charme inné des grandes dames. J’aimais qu’elle me regarde.

Je dormais donc sous mon buisson depuis plus d’une semaine lorsque je crus enfin reconnaître le pas de mon maître. Ou, plus exactement, sondemi-pas. Un coup sec précédait la frappe d’un seul pied au sol. Comme ces coups de canne que donnent les vieux pour manifester leur joie ou leur mécontentement.

Antò passa devant moi sans même sentir ma présence. Comme je le redoutais, il n’avait plus qu’une jambe. Mais il était aussi complètement défiguré.



              



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