Bloggu litterariu corsu

u 29 di Maghju 2014 - scrittu dà - lettu 305 volte

La répétition


Trois femmes et un homme sont les personnages de la pièce. Ils suivent des cours de comédie chez Damien, un ancien comédien. Il reçoit un petit nombre d’élèves. Le décor est sommaire : une table, deux ou trois sièges, un lit. Et un téléphone.
 
Lorsque la pièce commence, trois des personnages sont en scène. Ce sont deux des femmes, Louise et Denise qui doivent répéter une scène qui se déroule dans une maison de retraite. Et, tout au fond, Marie qui imite et caricature leurs gestes.
Denise, pour s’exercer, dira à trois reprises, à un rythme différent, la même réplique de Brecht. Une main sur la table, elle a les yeux levés, tandis que Louise assise, accoudée, la regarde attentivement. Denise récite.
 
DENISE
On dit qu’il faut s’oublier soi-même et partager ce qu’on a, oui, mais si on a rien ? La charité ne rapporte rien. Si elle rapportait ne serait-ce que quelques sous, ce ne serait pas une vertu si rare.
 
LOUISE
Je ne le sens pas.
 
Denise recommence autrement. Avec emphase.
 
LOUISE
Ah, non ! C’est mauvais.
 
DENISE
Tu es sûre ?
 
LOUISE
C’est du Brecht, ma chérie.
 
Denise recommence.
 
LOUISE
Décidément, je ne le sens pas.
 
DENISE
Tu es plus difficile que Brecht lui-même. (Elle prononce ch)
 
LOUISE
Pas Brecht. Brect. On ne prononce pas le ch.
 
DENISE
Tu me chipotes toujours sur tout. D’ailleurs, madame je sais tout, comment sais-tu comment ça se prononce ? Tu n’étais pas là de son vivant. A moins que… tu es déjà si vieille ?
 
LOUISE
Ca te fait rire ? Fernand me le disait bien. Ca ne vole pas très haut chez toi.
 
DENISE
Ce n’est pas ce qu’il me dit à moi. Il est vrai qu’il y a des moments où ce ne sont pas les mots qui comptent.
LOUISE
Garce !
 
Un silence.
 
DENISE
Tu crois qu’ils vont lui acheter son spectacle ?
 
LOUISE
Je l’espère.
 
DENISE
Sinon, qu’est-ce que nous allons faire ?
 
LOUISE
Ce ne sont pas les rôles qui manquent.
 
DENISE
Toi, peut-être. Moi, je n’ai rien en ce moment. Je suis nerveuse.
 
LOUISE
Un peu de patience. Il téléphonera dès que ce sera fait.
 
DENISE
Je me demande s’il n’aurait pas du proposer une autre pièce. Une pièce drôle, il y a un public pour ça.
 
LOUISE
Ou un drame. Il y a un public pour ça aussi. Pauvre fille.
 
DENISE
Je ferais bien une prière.
 
LOUISE
Une prière !
 
DENISE
Tous les vrais comédiens sont superstitieux, c’est leur sensibilité qui veut ça. Il y a aussi le lien qui existe entre eux et ce qui les dépasse qui est une preuve de leur vocation.
 
LOUISE
Décidément, Fernand avait raison. Heureusement que tu ne prononceras jamais d’autres mots que ceux que d’autres auront écrit pour toi. Ne change pas, ma chérie. Tu te souviens de ton texte, au moins ?
 
DENISE
Les vieux.
 
LOUISE
Les vieux ? C’est le titre ? Ce n’est qu’un titre provisoire.
 
DENISE
Moi, je ne le vois pas, ce texte. Je suis comme toi, je ne le vois pas.
 
LOUISE
Tu ne vois jamais rien. C’est toi cependant qui veux être comédienne ?
 
DENISE
Parce que j’ai la vocation. Quand j’y pense, j’ai des frissons. C’est une preuve, non ? Tu as des frissons, toi ?
 
LOUISE
Non. Reprenons. Nous sommes dans la chambre d’un hôpital. Peut-être que je vais mourir. Désormais, chaque minute compte. Il me faut rassembler tous mes souvenirs. Ce seront mes seuls compagnons dans l’au-delà. Il faut qu’ils soient les plus nombreux possibles. Alors, tu le connais ton texte ?
 
DENISE
Je ne le vois pas, je te dis.
 
LOUISE
Met tes lunettes, et lis. Je commence. Pourquoi ris-tu ?
 
DENISE
C’est toujours toi qui commande. Dois-je t’appeler maître, toi ou maîtresse ? Vous vous prenez pour qui, madame ? Maître Damien en personne, peut-être ?
 
Elle imite.
 
DENISE avec emphase
Ce n’est pas que je tienne au titre mais le respect de la hiérarchie est le pain des sociétés bien constituées. Fermez les bans.
 
Denise feuillette un livre.
LOUISE
Tu m’écoutes ? [Après un moment] Tu m’écoutes ?
 
DENISE
Oui, na.
 
LOUISE
Non, tu ne m’écoutes pas. Qu’est-ce que je t’ai dit ?
 
DENISE
Tu m’as parlé de Pierre.
 
LOUISE
Si je t’avais parlé d’un homme, je t’aurais parlé de Jean.
 
DENISE
Jean, Pierre, hier c’était Marcel. Tu dis toujours la même chose.
 
LOUISE
Et tu dis que tu es mon amie. Je pourrais crever que ça ne te ferait ni chaud ni froid. Le livre de madame ! Ca, c’est quelque chose. Des histoires d’amour pour midinettes. Mais le vrai amour, celui qui te met le feu au corps, sais-tu seulement ce que c’est ? Ne ricane pas. Celui qui te met le feu au cul. Voilà, je l’ai dit.
 
Un long silence. Denise se lève, glisse un signet dans son livre. Et fait semblant de sortir. Pendant que Louise compulse un carnet d’adresse. Elle a raffermi ses lunettes sur le nez. Elle compose le numéro. Un moment se passe. De l’indifférence affectée, son visage passe à l’inquiétude. L’interlocuteur a décroché. Enfin. Elle joue la surprise.
 
LOUISE
C’est vous ? Jean ! Oh ! Je me suis trompé de numéro. Je vous prie de m’excuser. C’est vrai, je l’avoue, Jean. Souvent je fais le vôtre automatiquement. Je vous dérange, Jean. Mais si, je vous dérange. Oh, ici c’est toujours la même chose. Dans ces maisons, il faut accepter une certaine promiscuité. Non, Denise, ça va encore. Sinon que ça ne vole pas très haut. Vous savez ce qu’elle lit ? Là voilà qui revient. Au revoir, Jean. Je vous embrasse moi aussi. [À Denise] Tu as été faire pipi ?
 
DENISE
Tu n’apprendras jamais rien. Je ne comprends pas comment, je peux supporter ta vulgarité.
 
LOUISE
Jean a téléphoné. Il voulait venir malgré les difficultés qu’il éprouve à se déplacer. Qu’est-ce qu’il imagine ? Que je vais écouter la vie qu’il aura menée avec sa femme avant qu’elle ne meurt. Tu te souviens de la manière dont il me courrait après ? Et, ce n’était pas pour me parler de sa femme. Bref, tu m’as comprise.
 
DENISE
Cela aussi, tu l’as déjà raconté dix fois. Tu veux que je te dise la suite.
 
LOUISE
Mon cœur ! Mon cœur ! Je ne resterai pas un jour de plus avec elle.
 
DENISE
Calmes-toi. C’était pour rire.
 
LOUISE
Albert, tu te souviens d’Albert ? Je te l’ai déjà raconté ?
 
DENISE
Cela ne fait rien, raconte.
 
LOUISE
Je l’appelais : l’homme au cheval.
 
DENISE
Il faisait du cheval ?
 
LOUISE
Il jouait aux courses. A Ascot. Non, je me trompe. A Chantilly. Avec son chapeau spécial pour le Derby.
 
DENISE
Il jouait avec un chapeau ?
 
LOUISE
Un jour, il m’a dit : Vous voyez ce tableau ? C’est un Courbet. Il vaut des millions. Pour une nuit avec vous, Louise, il est à vous. Je lui ai répondu : pour qui me prenez-vous. Un Courbet. Gaston Courbet. Pas un autre.
 
DENISE
Gustave.
 
LOUISE
Quoi, Gustave ?
 
DENISE
Gustave Courbet. Pas Gaston.
 
LOUISE
Gaston, Gustave, quelle différence. Ca n’empêche pas de peindre.
 
DENISE
Il n’est pas signé.
 
LOUISE
J’attendais cette remarque. C’est ce qui lui donne une valeur supplémentaire, les peintres signent leurs tableaux, en bas, à droite, et parfois au dos de leur toile. Pour qu’on puisse les distinguer les uns des autres, en réalité. Ceux dont la patte est reconnaissable entre toutes n’ont pas besoin de signer. Est-ce qu’un poème de Rimbaud a besoin d’être signé pour être beau, je le demande à haute voix ?
 
DENISE
Rimbaud ! Mon dieu !
 
LOUISE
En tout cas, si ce tableau n’est pas de lui, il est celui d’un de ses élèves. Et s’il ne vaut pas des millions, des millions et des millions, il vaut simplement des millions. [Un instant de silence] J’étais la plus belle. La plus belle. Crois- moi. Ce dont tu te souviendras à l’heure de la mort, ce ne seront pas des livres, ce seront les caresses des hommes. Et celles dont ils t’auront privée. N’hésite pas. Le jour où tu ne t’en souviendras plus, autant mourir pour de vrai. La place du cœur, ce n’est pas à la poitrine qu’elle se trouve. Ce n’est pas là. C’est là.
 
Soudain, le visage de Louise se crispe. Elle porte la main à la poitrine. Elle pousse un cri.
 
MARIE la troisième des femmes, faisant office de chœur
Elles ne s’aiment pas. Pourquoi les êtres humains ne s’aiment-ils pas ? Elles se connaissent à peine. Louise à cinquante cinq ans. Elle est belle et désirable. Fernand se jetterait à l’eau pour elle. Non, j’exagère. C’est à Denise qu’il fait du plat. Elle aussi, il la mettrait bien dans son lit. Pourquoi ne porterais-je pas témoignage de ce que je vois ? Aujourd’hui encore on répète avec emphase les propos des comédiennes grecques quant à des citoyennes de leur cité. Deux mille ans graveront-ils mes propos d’aujourd’hui dans le marbre de l’histoire ? Les Atrides, dites-vous. N’y a-t-il plus de meurtres aujourd’hui ? Plus d’enfants assassinés ? D’époux trompés et de femmes sacrifiées pour la gloire et l’ambition d’un homme ?
 
DENISE
Décidément, je ne le vois pas, ce texte.
 
LOUISE
Moi non plus, en réalité.
 
DENISE
Je suppose que maître Damien a ses raisons. Mon rôle est si petit que je me garderais bien de donner une opinion. A mon avis, il s’agit du texte d’un ami. Ou d’un ami du producteur. Souvent, les producteurs ont des ces exigences… Je l’ai vu dans des films américains.
Vous entendez ?
 
Toutes portent la main à la poitrine. Entre Fernand.
 
FERNAND
Ce n’est que moi, mes jolies.
 
TOUTES
Tu as des nouvelles ?
 
FERNAND
Je suis venu pour entendre les vôtres.
 
MARIE
Elles se taisent. Aucun mot ne franchit leurs lèvres. Elles sont immobiles. De véritables statues. Les statues qui se trouvent dans les parcs de nos cités sont-elles simplement immobiles. Se mettront-elles à vivre dès que nous, nous aurons cessé de le faire ? Qui peut l’affirmer. Mais qui de nous peut affirmer le contraire.
 
Le téléphone sonne. Longtemps. L’une d’elles se décide.
 
LOUISE
Prenez-le, Fernand. C’est vous, l’homme.
 
Fernand décroche.
 
FERNAND
Oui. Oui.
 
Il raccroche.
 
DENISE
Qu’est-ce qu’il a dit ?
 
LOUISE
Oui, qu’est-ce qu’il a dit.
 
FERNAND
Je ne me souviens pas.
 
LOUISE
Fernand ! Il s’agit de notre avenir. C’est trop grave.
 
FERNAND
Avec Fernand, rien n’est grave. Même ce qui est sérieux.
 
LOUISE
Fernand !
 
FERNAND
Soit. Tout reste ouvert.
 
TOUTES
Ah !
 
FERNAND
Le producteur n’a pas dit non. Il a téléphoné à maître Damien…
 
DENISE
Pour le lui dire ?
 
FERNAND
Pour dire qu’il serait en retard. Que Damien pouvait l’attendre.
Dès lors, je traduis : rien n’est fait. Et si rien n’est fait, tout est faisable. Positiver. Il faut po-si-ti-ver. Si tu penses : c’est perdu, tu seras malheureuse.
 
DENISE
Et si tout à l’heure, maître Damien nous annonce que le producteur a dit non ?
FERNAND
Tu seras malheureuse, mais après. Est-ce que je t’ai déjà fait danser ?
 
Il invite Denise à danser. Sans musique.
 
FERNAND
Lorsque je danse, je me laisse guider par une musique intérieure. Est-ce que je t’ai déjà embrassée ? Non, ne t’inquiète pas, tu n’a rien de moins que les autres.
 
MARIE
Comment faire la différence entre la comédie et la vie ? J’allais dire : la vie véritable. Cela me plait à moi de passer d’une rive à l’autre de ce fleuve qui m’entraîne sans que je puisse me reposer un instant. Tu crois qu’il s’arrête parce que tu dors, pauvre conne. Et parfois, tu fais semblant de dormir une heure de plus. Mais le fleuve, lui, ne dort pas. Il continue de t’entraîner. Rêve ou vis, peu importe le nom que tu donnes à cette histoire sans queue ni tête, mais prend du plaisir, ma fille. Il ne s’agit pas d’un bout de texte de théâtre comme celui que Louise a prononcé tout à l’heure. Il s’agit de ton sang.
 
LOUISE à Marie
Est-ce que je te l’ai déjà dit ? Tu es émouvante, ma petite Marie. Tu m’as émue. Tu dois être bouleversée toi aussi. Stanislavski le disait : "Même si vous n’avez qu’un mot à dire, dites-le avec vos tripes. Bonjour, c’est bonjour. Mais : Bonjour, c’est autre chose."
Sur une scène de théâtre, tuer un enfant à coups de marteau ou manger des frites, pour moi c’est pareil. Ce n’est pas à nous d’être ému. Notre rôle, c’est d’émouvoir le spectateur. C’est maître Damien qui l’a dit.
DENISE
Comme c’est vrai. Retiens cette phrase, Marie. Je suis sûre que c’est une réplique extraordinaire. Je suis sûre que lorsqu’il l’entendra, dite par une autre bouche que la sienne, maître Damien demandera à l’auteur de l’introduire dans son texte.
 
LOUISE
Où elle va tomber comme un cheveu dans la soupe.
 
DENISE
Personne ne s’en apercevra. Elle est trop belle. Les spectateurs, tu le sais, écoutent à peine lorsque la comédienne est jolie.
 
LOUISE
Jolie ? Tu te crois au cinéma ? Au théâtre, ma fille, les spectateurs ne mettent pas leur manteau sur les genoux.
 
Silence. Le découragement les submerge.
 
DENISE
Pourquoi ne téléphone t-il pas ?
 
LOUISE
L’enfer c’est…, c’est l’attente. J’ai le corps tout remué. Je dois retrouver mon calme.
 
DENISE
Il n’est pas très long, notre texte. L’art dramatique n’échappe pas aux lois générales de l’économie, c’est maître Damien qui me l’a dit à la fin du mois dernier. Pour quelques répliques à peine, c’est tout de même un comédien en plus. Et ça coûte, un comédien. D’accord, pas beaucoup. Mais tout de même. Et puis, le texte en est plus resserré. Moins de répliques, la densité augmente. Oui. Et à force. Plus de répliques du tout, et la densité de l’œuvre est à son paroxysme. J’ai inventé le texte muet. Sans comédiens. Sans décor. Sans théâtre. Le comble de l’émotion dramatique.
 
Le téléphone sonne. Denise se précipite.
 
DENISE
Oui, Oui ? Ah, Ah, oui.
 
Elle raccroche.
 
MARIE
C’était maître Damien ?
 
DENISE
Qui donc, sinon ?
 
MARIE
Cela peut-être n’importe qui, peut-être une erreur.
 
DENISE
Le plombier.
 
MARIE
C’était le plombier ?
 
DENISE
Tu ne veux pas savoir ce qu’il a dit ?
 
MARIE
Non. Je le devine. Cette pièce sera un four. Il faut être toqué pour la jouer. Elle a été écrite par un apprenti. Et quand je dis un apprenti, je suis en dessous de la vérité. Tu peux me dire où est l’action ?
 
DENISE
N’empêche que le producteur n’a pas refusé.
 
LOUISE
Ce n’est pas vrai ? Fais attention, Denise. Ne joue pas avec mon cœur.
 
DENISE
Il ne l’a pas refusée parce qu’il n’était pas encore arrivé. Lorsqu’il arrivera, peut-être qu’il la refusera mais peut-être qu’il ne la refusera pas non plus.
 
LOUISE
Je sens que je vais mourir.
 
DENISE
Je répète ce qu’a dit maître Damien.
 
LOUISE
Il avait une bonne voix ?
 
DENISE
Je ne sais pas. Il a dit : ne vous énervez pas, les enfants.
 
LOUISE
Il a dit : ne vous énervez pas ? Peut-être que la pièce n’est pas si mauvaise. Il me semble la voir. C’est dans une chambre d’hôpital. Une chambre dans une maison de vieux. Louise, enfin le personnage qu’elle incarne est mort. Fernand vient nous l’annoncer.
 
Fernand entre.
 
LOUISE
Tu te souviens de ton texte ? Lorsque Louise, enfin le personnage qu’elle incarne, meurt.
 
FERNAND
Elle me dit : ne me touchez pas avec vos mains farfouilleuses. Je peux me déplacer seule. Et je réponds, si je devais vous toucher avec quelque chose, ce serait avec mon pied. Là où je pense ! Oui, j’ai déjà dit des textes d’une autre nature. Mais quand on est comédien, on n’a pas toujours le choix.
 
LOUISE
Je peux prendre le tableau ?
 
DENISE
Le tableau ?
 
LOUISE
Le Courbet. Il est à moi. C’est dans le texte.
 
FERNAND
Évidemment, un texte dans lequel on cite un grand peintre comme Courbet, ne peut pas être mauvais. J’ai connu un auteur dont le héros parlait de Pablo Picasso, il trainait sur Paablo. Si un critique prétendait que sa pièce n’était pas un chef d’œuvre, il demandait : vous n’appréciez pas Picasso ?
 
DENISE
Le langage n’est pas très riche.
 
MARIE
Ne cherche pas une langue riche. Ne t’acharne pas à connaître un grand nombre de mots. Ou des mots rares. Les spectateurs risquent de ne pas te comprendre. A quoi bon savoir, si tu es seul à savoir. A trop savoir, tu risques de t’isoler. Au contraire, homme intelligent ou femme ayant un peu de cervelle, tu feras semblant d’écouter ceux qui en savent moins que toi. Ils répandront tes louanges autour d’eux. Hosanna !
 
DENISE
Je crois qu’elle devient folle.
 
LOUISE
Qu’est-ce qu’on fait ?
 
FERNAND
On attend. Que faire d’autre. Nous passons notre vie à attendre. Si le temps passé à attendre était supprimé, avec quelques années d’existence, nous la remplirions tout autant qu’aujourd’hui. C’est du Nietzche.
 
DENISE
Moi, j’en ai assez. Producteur ou pas, Damien ou pas, j’en ai marre, je m’en vais.
 
LOUISE
Nous ne pouvons pas partir. Nous sommes des professionnels.
 
FERNAND
Louise a raison, nous sommes des professionnels.
 
DENISE
Mais, reconnaissez-le. Le texte est pauvre. C’est de notre réputation qu’il s’agit.
 
LOUISE
Notre réputation. J’en connais une qui ferait bien d’y penser plus souvent, et avant de préférence.
 
DENISE
C’est à moi que tu fais allusion ?
 
LOUISE
Non. Au roi de Prusse.
 
DENISE
Au roi de Prusse ?
 
LOUISE
Madame ne sait pas qui c’est. Madame est trop jeune sans doute.
 
FERNAND
Les filles !
 
DENISE
Je comprends que des gens puissent en tuer d’autres. Je ne comprends pas qu’on puisse les mettre en prison pour ça. Il y a des femmes qu’on devrait pouvoir tuer, et plutôt que de condamner leur meurtrière, c’est elles qu’il faudrait mettre en prison.
 
FERNAND
Les filles, les filles.
 
Le téléphone sonne. C’est l’angoisse.
 
FERNAND
C’est vous maître Damien. Il a refusé, je le pressentais. Non. Non, il n’a pas refusé ? [Il se tourne vers les autres] Il n’a pas refusé. [Au téléphone] Quoi ? Quoi ? Il n’a pas refusé. Il est mort ? Sur le chemin ? Un accident ? Il ne reste rien de sa voiture ? [Il raccroche] Vieux con ! Vieux con !
 
MARIE
Je n’aime pas les vieux. Ils encombrent le chemin des jeunes. Ils disent ce qu’il faut faire de ce monde qui n’est pratiquement plus le leur. Je le dis avec solennité : il faut tuer les vieillards.
 
LOUISE
Ta gueule, Marie. Ta gueule.
 
MARIE
Nous sommes morts. Nous sommes tous morts. Mais ils n’ont pas le temps de nous enterrer tous à la fois.
 
Parce qu’elle n’arrête pas de réciter, il ne reste plus aux autres qu’à l’étrangler.
 
LOUISE
Tu connaissais ton texte, toi ?
 
FERNAND
Bien sûr. Nous sommes des comédiens, pas des touristes.
 
LOUISE à Denise
Et toi ?
 
DENISE
Bien sûr. Nous sommes des professionnels.
 
LOUISE
Oui. Toujours prêts. The show must go.
 
On entend les trois coups du brigadier comme si la pièce allait seulement commencer.
 
RIDEAU


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...