Bloggu litterariu corsu

u 4 d'Aprile 2015 - scrittu dà - lettu 309 volte

La procession des grands-écarts


Hier il m’est arrivé quelque chose d’étrange, pour ne pas dire bizarre.
J’étais parti me promener en rase campagne, près d’un petit patelin par lequel on ne fait de détour que lorsque se perd. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’avais atterri là : je m’étais paumé. Comme le paysage ne manquait pas de charme, et malgré l’heure du jour bien avancée, j’avais décidé de marcher un peu le long d’une route, qui était plus un chemin qu’une véritable route, et de flâner en admirant les environs tout en humant les senteurs de bois, de champs et de mousses. Un vrai bol d’air qui commençait à me requinquer.
Puis, je ne sais pas, peut-être qu’il y avait quelque chose dans l’air. Pas du fumier, non, ça ne m’a jamais gêné. Je me demande encore si un des champs ne recelait pas une culture de pavot ou de chanvre, qui m’aurait fait renifler des effluves moléculaires dignes d’un labo clandestin.
D’en face de moi me sont parvenus des bruits. Ça ressemblait à un troupeau de crapauds qui se préparaient pour une nuit de chants d’amours. Ça faisait quelque chose comme « Aware ! Aware ! », sur des tons graves, presque gutturaux. Je m’attendais à voir débouler une masse de batraciens aux yeux globuleux, mais ce que j’ai vu m’a laissé pantois. J’en oubliais de marcher, de fermer la bouche, de respirer. Ça a commencé par une jambe. Elle a dépassé la courbe au premier virage. Elle est arrivée comme ça, comme si elle flottait en l’air, et elle est retombée. Bien à plat, rotule dépliée, pied en avant. Une vraie jambe de gymnaste. Puis le reste du corps à suivi. Le tronc d’abord, musclé, bien droit lui aussi. Puis l’autre jambe ensuite. Le gars qui les surmontait semblait plongé dans une sorte de prière léthargique, mains jointes, tête penchée en avant, et il psalmodiait.
« Aware ! »
D’autres gars le suivaient, en file indienne. Et ils avançaient tous en sautant sur leur cul, jambes en grand écart, en priant. On aurait cru qu’ils essayaient de péter ce qui restait de goudron avec leurs fesses, et ils se concentraient à mort pour ça. Une procession de grands écarts.
Et ils avançaient relativement vite, même pour une procession. A chaque atterrissage sur le fondement, ils disaient « Aware ! ». Une procession de crapauds baraqués s’en allant baiser à la mare en cassant du goudron.
Lorsque le premier gars est arrivé à ma hauteur – puisque je n’avais pas bougé d’un pouce – il a levé la tête et m’a souri d’un air béat. Il s’est arrêté, et toute la procession avec.
 - Heu… Bonjour ! J’ai dit, pour ne pas paraître impoli, bien que la façon dont je les regardais ne devait pas prêter à confusion sur ce que je pensais de la situation – et en fait je ne savais pas quoi en penser.
 - Aware ! a répondu le gars, tout de suite imité par les autres.
 - Heu… Heuouaire. Ouais. Salut.
 - Aware ! Vous êtes aware ?
 - Heu… (je n’avais effectivement pas beaucoup de conversation, mais à ma décharge, eux non plus). Je sais pas trop. Et vous ?
 - Aware aware, nous ! Il fait beau, les oiseaux chantent, le soleil va bientôt se coucher, l’air est pur, l’oxygène nous remplit nos poumons. Vous arrivez à le sentir ?
 - Heu… oui, enfin,… peut-être. C’est qu’on est à la campagne, et y’a plein d’autres odeurs, quoi.
 - Oui, mais vous savez qu’il est là ! Vous ne le voyez pas, vous ne le sentez pas, mais vous savez qu’il est là ! Vous êtes comme les oiseaux.
 - Si vous le dites.
Je ne voyais pas du tout le rapport.
 - Les oiseaux, ils savent que l’air est là, qu’il existe. Sinon, ils tomberaient ! Les avions aussi ! Ils sont aware !
 - Ah oui, évidemment…
 - Vous aussi vous le savez, ça veut dire que vous êtes aware.
Il y a dû y avoir un blanc dans la conversation, à cet instant.
 - Ok, alors je suis aware. Et heu… vous faites quoi, là ? Si c’est pas indiscret. Vous savez je suis pas du coin…
 - Les coins c’est pas bon, les coins. Ça veut dire que vous vous cognez tout autour de vous. Il faut vous ouvrir au monde, pour faire partie d’un tout, et un tout c’est une sphère. Y’a pas de coins sur une sphère. Vous pouvez pas vous cogner. Vous comprenez ? Et ce qui est "magic" dans une sphère, c’est qu’on croit que c’est fermé, que ce qui est dedans ne peut pas sortir, mais c’est parce qu’on ne la regarde pas bien. "Open your eyes !" Une sphère, elle regarde vers l’infini ! "And Beyond !" Quand tu es là, que tu vois ça, tu te rends compte qu’il n’y a pas de frontières, et que tu peux voyager. Pas besoin de papiers, y’a pas de douanes. Les douanes, elles sont pas "aware", tu vois. Dieu, il a pas de douanes : il laisse venir qui il veut, tu vois. Et il peut te laisser venir si tu veux, si t’es "open". Tu dois être "spiritual". Un pur esprit, dans un corps sain. Comme quand tu viens au monde. Si tu vois Dieu, tu vois aussi ton cordon, et là tu te rends compte que Dieu il est relié à ton nombril. Que c’est toi en fait. Tu es le centre de la sphère. Mais tu es à l’extérieur de la sphère. C’est "magic" ! Et là tu respires un grand coup, tu laisses rentrer l’oxygène dans tes poumons, parce que sinon tu meurs, tu perds ton "spirit", ton "soul", ton "power". T’as besoin d’oxygène pour le "power", tu savais ça ? L’oxygène, ça tient ton feu allumé. Si tu respires pas d’oxygène, tu t’éteins. Comme un sapin après Noël. Quand Noël est passé, le sapin on le jette, et toi aussi. On garde tes boules, tes guirlandes, ton étoile, et on les mets sur un autre sapin l’année d’après. Le sapin, c’est ce que tu recrées de toi. C’est ta vie. Tu te réincarnes en sapin, ok, et chaque année tu as les boules, en vrai, tu vois. Et bien tu dois te reconstruire, pour être décoré à nouveau, être le plus beau de tous les sapins. C’est ton corps, et tu dois prendre soin de ton corps parce qu’on te l’a donné. Tu aimes ton corps, il faut l’aimer. Faut pas laisser la "saw" te couper ton corps. Tu regardes dans la glace et tu t’aimes. Comme si tu voulais coucher avec toi, tu vois ? Comme si tu étais homo. Et là, quand tu comprends ça, que tu es "aware" avec ton corps, tu peux entrer dans la grande roue du cycle de la vie. Tu ressens le "feeling", tu le vis, et tu peux créer au lieu de réacter. Tu vois, tu m’aurais posé cette question il y a trois ans, un an, six mois… hier ou demain, j’aurais pas pu te répondre de cette façon, parce que ma vérité elle change. Chaque jour je suis moi, mais chaque jour je suis différent, tu vois ? Je me recrée ! C’est très dur, mais facile en même temps.
Il y a certains moments dans la vie où on se sent comme dans un manga, avec la grosse goutte de sueur au front et le corbeau qui nous passe au-dessus de la tête, en criant « Awaaaaaaaare ! Awaaaaaaaaare ! Awaaaaaaaaaare ! »
 
Après quelques secondes de digestion, j’ai répondu :
 - D’accord. Mais vous avez pas vraiment répondu à ma question, là. Vous venez d’où comme ça ?
 - Ca c’est une vraie question ! D’où on vient ! C’est très philosophique. Je pourrais te répondre là, tu vois, mais en fait je te répondrais pas vraiment, parce que c’est pas la vraie question, et la question est dans la réponse. La vraie réponse, c’est où on va !
 - Et vous allez où, alors ?
Sûrement faire une méga partouze de crapauds culturistes-philosophes à la mare. Le plus dur allait certainement être de s’enfiler soi-même, d’être homo chacun avec son corps.
 - Là où le vent nous portera. Le vent c’est l’oxygène, et on suit l’oxygène. Sinon on tombe.
 - Ah oui. Aware.
 - Aware ! Répondirent-ils tous en chœur. Tu vois, t’as tout compris ! Tu viens avec nous ?
J’avoue que j’ai hésité. Sûrement que le truc que je respirais était bien capable de me faire faire ça. Puis j’ai dû me filer une claque mentale pour finalement répondre que j’allais continuer ma promenade tout seul.
 - Voilà quelqu’un qui sait ce qu’il veut. Vous êtes "aware", mais vous ne le savez pas. C’est très bizarre. J’aurais dû vous rencontrer plus tôt. Mais on a rencontré notre destin avant. On L’a rencontré "Him". Et aujourd’hui on est là. Un plus un égal un.
 - Je vois. Bon ben… bonne continuation, alors !
 - Vous aussi. Restez "aware", et mangez des cacahuètes ! Les cacahuètes, c’est le mouvement perpétuel à la portée de l’Homme !
Et ils repartirent ainsi, sur cette conclusion périlleuse, en sautant sur leurs roustons, et à chaque paire de noix pressée, ça faisait "aware" !
Je suis finalement rentré chez moi, je me suis bu un bouillon, me suis enfilé un suppositoire, et suis allé me coucher. J’ai médité toute la nuit, pour voir si tout cela avait une signification, puis m’on suppositoire m’a rappelé qu’il était là. Un simple suppo, pour me dire que j’étais bien aware. Si t’as pas de suppo, tu sens pas certaines choses. Et quand il fond, c’est comme la banquise pour les ours blancs, tu vois. L’ours blanc, il sait pas qu’il a besoin de la banquise, sauf quand elle fond. Et quand t’as compris ça, t’as tout compris.
Ce matin, j’ai cassé quelques noisettes avec mes fesses pour le petit déjeuner. J’ai redécouvert mon corps, je l’admire dans la glace en faisant des grands écarts, et je me sens "alive". Je suis aware. Et c’est bon.


              



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