Bloggu litterariu corsu

u 2ndu d'Aprile 2014 - scrittu dà - lettu 271 volte

La mort de mon père


Mon père est mort sans savoir que ma femme était morte depuis plus de six mois et que les nouvelles que je lui donnais à son sujet étaient fausses. Lorsqu’il croisait l’infirmière dans le salon, il me disait :
 - Durant quelques minutes, je ne l’ai pas reconnue.
 - Elle a changé, comme nous tous. C’est l’âge.
 - C’est l’âge, oui.
Il retournait se mettre au lit. L’infirmière pouvait faire sa toilette et lui donner ses médicaments. La plupart ne servaient à rien mais durant des années il avait eu chez lui sur une console devant le poste de télévision, une grande variété de flacons dont il avalait le contenu, liquides ou pilules, dans un ordre déterminé et selon un horaire précis. Si l’infirmière avait cessé de lui en donner, il en aurait été profondément perturbé.
Il n’avait plus pour longtemps à vivre, le médecin me l’avait laissé entendre
Il avait commencé à déraisonner d’une manière étrange mais est-ce qu’il en est qui ne le sont pas ? Une nuit, il avait ouvert la fenêtre de sa chambre et il avait crié qu’il ne se rendrait pas.
 - Vous ne m’aurez pas. Jamais.
Je me suis souvent demandé quels étaient les monstres qui encombraient sa mémoire. C’est un de ses voisins qui m’avait téléphoné le lendemain matin. J’ai persuadé mon père de venir vivre chez moi. Après quelques jours il a retrouvé sa sérénité et j’ai eu le sentiment qu’il était heureux.
A midi nous nous attablions dans la cuisine pour manger. Souvent, lorsqu’il était en face moi, il me regardait attentivement et il secouait la tête.
 - Quel âge as-tu ? Laisse-moi deviner. Tu as déjà quarante ans. Est-ce que Thérèse va venir nous rejoindre ?
 - J’ai cinquante cinq ans, papa. Thérèse n’est pas là.
 
La scène se répétait régulièrement mais je m’efforçais de ne pas m’énerver. Ensuite, c’était pareil à chaque fois, il me racontait en détail des évènements survenus durant sa jeunesse en accordant autant d’importance à des vétilles qu’à des incidents qui avaient marqué sa vie. Tous les vieillards atteints de la même affection agissent ainsi, m’a-t-on dit. C’est le début de la sénilité. Est-ce que moi aussi je finirai comme lui ?
Parfois en revanche il me faisait des reproches avec animosité. Il me reprochait d’avoir été un mauvais fils, de ne l’avoir jamais aimé. Je lui répondais avec véhémence jusqu’à ce que je me souvienne qu’il était malade.
 - Oui papa, tu as raison.
Thérèse était morte depuis six mois. Je le lui avais annoncé par téléphone le jour de son décès et il avait pleuré. A l’époque, il était encore chez lui et je lui téléphonais tous les jours.
Mon père était veuf depuis vingt ans. Il vivait seul. J’étais sa principale distraction. J’ai compris que sa santé mentale se dégradait lorsqu’il m’avait demandé des nouvelles de Thérèse quelques jours après que je lui avais annoncé qu’elle était morte. A chaque fois que je l’appelais, il me disait :
 - Oui, je me souviens bien d’elle. Comment va-t-elle ?
Si bien que je répondais qu’elle allait bien.
 - Comme d’habitude.
 
Et il arrivait que je lui donne des détails quant à ce qu’elle avait fait ou ce qu’elle avait dit. Il m’arrivait de penser que ce n’était pas seulement à lui que je m’adressais. Je n’inventais pas ce que je lui disais. Les faits que je lui relatais, et à moi aussi par conséquent, étaient réels. Ils s’étaient produits lorsqu’elle vivait encore.
Lorsque le voisin de mon père m’a appelé pour me dire que mon père perdait la raison, j’en ai été heureux. Chez moi désormais chacun d’entre nous poursuivait le monologue qui lui tenait à cœur sans que l’autre n’en soit surpris. Il parlait de lui et de sa femme. Il la dépeignait avec amour. Il répétait qu’elle était belle. Ou bien il m’interrogeait sur Thérèse et Thérèse avait la vie que je lui inventais au travers de mes réponses. Etait-ce de l’invention ?
Thérèse était née le 14 septembre. Le jour de son anniversaire, j’ai débouché une bouteille de champagne et j’ai demandé à mon père s’il voulait que je l’aide à se lever. Son regard était plus vif qu’à l’habitude.
 - Est-ce que Thérèse est là ?
 - Thérèse est morte, papa.
 
Mon père dépérissait. Je ne sais pas si j’appréhendais sa mort ou si je la souhaitais. Je ne comprenais pas qu’un vieillard puisse vivre plus longtemps qu’un être jeune qui est censé avoir une longue vie devant lui pour accomplir, plus tard sans doute, ce qu’il n’avait pas eu le temps d’accomplir durant sa jeunesse. En réalité, je lui reprochais la mort de Thérèse qu’il aurait pu échanger contre la sienne.
 - Thérèse est morte, papa. Tu entends, elle est morte.
J’ai répété :
 - Elle est morte, morte.
J’ai dû le faire entrer à l’hôpital où il attendrait sans souffrir la fin qui était proche. Il disposait d’une chambre pour lui seul et une infirmière le veillait constamment. C’était une jeune femme attentive et d’une santé triomphante.
Ce soir-là le médecin m’avait fait savoir que mon père ne passerait probablement pas la nuit et j’ai décidé de veiller à ses côtés. Je lui serrais le poignet pour lui transmettre les flux de ma propre vie. J’avais la sensation qu’il en avait conscience.
 - C’est la fin.
L’infirmière était penchée au dessus de lui. A travers sa blouse de nylon je distinguais son corps. Je ne sais pas si c’était l’atmosphère de cette chambre, la lumière mate qui venait du mur et marquait d’ombres nos visages, l’odeur de désinfectant et la présence de ce cadavre qui avait été mon père mais je voyais sa lourde poitrine à peine dissimulée par un mince soutien, ses cuisses pleines et serrées et j’avais envie de la toucher. Elle m’a regardé un moment, peut-être qu’elle attendait quelque chose, j’ai pensé à Thérèse puis elle s’est écartée en disant :
 - Il est mort.


              



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