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u 3 di Ghjenaghju 2014 - scrittu dà - lettu 543 volte

La mort d’un orateur


Il était monté sur le socle de la statue de Vercingétorix qui tendait sa lame vers le ciel. A ses pieds une cinquantaine d’élèves, la tête levée, l’avaient suivis lorsqu’il s était écrié : Dehors, Olberti !
C’était la première fois qu’un auditoire s’était spontanément formé pour l’écouter. Il transpirait. Il avait des frissons. Jamais il n’avait éprouvé la sensation procurée par cette situation ambigüe : être le spectateur de lui-même. Il voulait parler d’Olberti, un professeur qui avait expulsé un élève trop bruyant. C’était excessif aux yeux des élèves.
Finalement, il avait parlé de l’autorité et de l’assentiment à l’autorité. A certains moments, il s’en souvenait, il avait été trop obscur puis soucieux de se rattraper, trop abscons.
Un de ses professeurs, Jean Lavergne était présent.
 - Bravo Ferrier. Vous êtes moins disert à mon cours.
C’est le premier souvenir qu’il avait conservé de ce qu’il fallait bien appeler : sa carrière politique. Lorsqu’il avait concouru à sa première élection, il avait eu conscience de servir l’intérêt général. D’instinct durant les discours prononcés, il tendait les deux bras en avant. Sans doute voulait-il signifier :
 - Je vous embrasse tous.
Son professeur, Jean Lavergne, travaillait pour le bureau d’études du Parti Socialiste.
 
Un soir que Jean Lavergne devait parler en province devant un groupe d’enseignants, il avait demandé à Pierre de le remplacer.
 - C’est l’affaire d’une heure ou deux. Tu as un train pour rentrer à 10 heures trente.
Il avait été placé en bout de table entre le président de l’assemblée Jean Dufour et la secrétaire Sophie Lacour, une jeune préfète de Lycée pour jeunes filles. Elle était âgée d’une trentaine d’années. Et divorcée depuis deux ans.
Elle le regardait avec admiration. Si jeune, pensait-elle, et déjà il était l’envoyé de l’aréopage du parti. Assise à ses côtés, elle avait oublié les questions qu’elle voulait lui poser.
En saisissant son verre, Pierre avait pris celui de sa voisine. Ils avaient joint leurs mains par mégarde, ils avaient ri.
 - Décidément, je suis maladroit.
 - Non, c’est moi.
Parce qu’il avait manqué son train, c’est elle qui lui proposa l’hospitalité.
 
Le lendemain, en rentrant, Pierre se sentait traversé par d’étranges sentiments. Sophie était une jolie femme mais n’avait rien d’une nymphomane qui se serait accrochée au premier venu. Ce qui l’avait séduit en lui, c’est la situation qu’elle lui imaginait au sein de Parti. Le remplaçant de Jean Lavergne. Autant dire, à peu de chose près, Jean Lavergne lui-même. Durant la nuit, elle l’avait interrogé sur la manière dont les décisions se prenaient. Puis ils s’étaient tourné le dos avant de s’endormir.
Dans le lit de Sophie, parcouru de frissons, il avait ressenti la même sensation que celle qu’il avait éprouvée le jour où il était monté sur le socle de la statue de Vercingétorix.
 - Jean Dufour m’a téléphoné. Tu as fait une conquête m’a-t-il dit. Sophie Lacour.
 - Les nouvelles vont vite.
Jean Lavergne avait posé la main sur son épaule d’un geste paternel.
 - Il m’a dit surtout que l’auditoire était suspendu à tes lèvres. Il ne se souvient plus très bien du sujet de ta conférence. Mais elle a recueilli l’assentiment de tous.
  - Tu es un orateur véritable, Pierre. Je m’en doutais depuis le premier jour.
 
Jean Lavergne lui proposa d’être le suppléant du député Bologne, quatrième sur une liste dont cinq titulaires vraisemblablement allaient être élus.
 - Le contact direct, le contact avec le peuple, Pierre !
Lorsqu’il parlait en province où il arrivait parfois avec la voiture du député Bologne, une voiture dont la plaque minéralogique était dotée de la lettre P, l’accueil qu’il recevait le comblait autant que l’auraient comblé des rapports sexuels.
Il se trouvait toujours des femmes qui l’applaudissaient comme s’il était un chanteur qui venait de se produire sous le feu des projecteurs. Il passait rarement la nuit seul. Le titre de député, suppléant ou non, ou bien le P de la plaque minéralogique de la voiture constituait un aphrodisiaque puissant dont il savourait les effets avec plus de joie que les compliments qu’il arrivait qu’on lui fasse ou la satisfaction de voir mettre en œuvre une proposition qu’il avait émise.
 
Il se souvenait de la réunion où avait été débattue la désignation d’un militant ou d’un autre sur une liste de candidats. Ils se disputaient la dernière place éligible. Chacun d’eux avait ses partisans. Ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord. Au bout quelques heures, le responsable de la section eut l’idée de proposer le nom de Pierre pour ne heurter aucun des deux candidats. C’était sacrifier un siège incertain au profit de la paix au sein de la section. Puisque leur concurrent n’en profitait pas, les deux concurrents acquiescèrent. Contre toute attente, et mieux encore que les membres de la section ne l’auraient souhaité, Pierre fut élu.
 - C’est le meilleur d’entre nous.
Cette fois-là encore, il s’était souvenu de la statue de Vercingétorix. De la prière de Vercingétorix et du glaive pointé vers le ciel.
 
Le pouvoir au début l’avait enivré. Peu à peu il cessa de l’exciter. Ce qui continuait de l’exciter, il se moquait de lui-même en se l’avouant, c’était le regard des femmes dès qu’elles le reconnaissaient. Il en jouissait comme le plus fat des séducteurs.
Un jour, c’est étrange comment les souvenirs vous viennent, c’est à Sophie qu’il pensât, la première de ses admiratrices. Elle était mariée à nouveaux. Elle lui avait écrit, et il avait recommandé son mari pour une fonction supérieure à celle qu’il exerçait dans l’organisme public qui l’employait. A quoi ressemblait-elle aujourd’hui ? Il était curieux de la revoir.
Par téléphone il proposa à Jean Dufour une conférence sur le sujet qu’il lui suggérerait. Un défi que le député arrivé lançait au jeune homme qui du haut de la statue de Vercingétorix avait harangué ses condisciples.
 - Tu me laisses le choix du sujet ?
 - Et tu me le révèleras le jour de la conférence.
Ils bavardèrent un peu, il amena la conversation sur Sophie.
 - Elle est toujours la secrétaire du Cercle ?
 - Toujours, et elle est toujours aussi belle.
 - Elle sera là, je présume ?
 - Tu présumes bien, Docteur Livingstone.
 
Le soir de la conférence elle était là en effet fière de l’attention qu’elle suscitait chez d’autres participantes de l’auditoire. C’est avec elle que Pierre, après en avoir parlé avec Jean Dufour, discuta des problèmes du Cercle.
Il lui sembla qu’elle avait embelli. Elle était plus pulpeuse que dans ses souvenirs. C’est elle qui lui dit, incidemment peut être, que son mari était absent pour la nuit.
 - Cela tombe bien. C’est pour toi que j’étais venu. J’ai envie de toi.
En se rapprochant, il lui dit que la conférence durerait trois quarts d’heure, qu’il fallait compter une dizaine de minutes pour répondre aux questions éventuelles, poser une question à un député emplit de joie celui qui la pose, et il faut lui laisser le temps d’en jouir.
 - Je pourrai être chez toi une demi-heure plus tard.
 
La suite, la plupart des gens l’ignorent. Seuls, son mari et Sophie en connaissaient le déroulement véritable.
Son mari était revenu plutôt que prévu. Il avait bu à proximité du lieu de la conférence et il était rentré chez lui. En poussant la porte de la chambre à coucher il avait vu Pierre qui chevauchait sa femme. Elle grognait. Pierre s’était retourné. C’est en plein cœur qu’il reçut la balle du revolver que le mari braquait sur lui.
 - Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je croirai en toi, avait dit Pierre tout au début de sa carrière.
Peut être Pierre était-il mort pour avoir bravé le ciel.


              



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