Bloggu litterariu corsu

u 25 di Nuvembre 2014 - scrittu dà - lettu 443 volte

La guerre du Brocciu


http://iza.artblog.fr/102312/eloge-du-doute/
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Paul tenait fébrilement son portable en même temps qu’il fixait l’ordinateur. Trop accablé par ce qu’il venait de lire, il ne pouvait se résoudre à lâcher l’écran.
Jacky décrocha enfin :
 - Eh, Paulo, que me vaut ?
 - Ça y est, mon vieux, ça y est…
 - Quoi donc ? Tu me parais bien nerveux, toi.
Paul fit un effort pour être plus clair. Visiblement, l’autre ne savait pas.
 - Eh bien, le fromage, quoi ! Ils interdisent le lait cru. C’est Bruxelles. Bruxelles a tranché…
Jacky ne répondit pas.
 - Nom de Dieu ! lâcha-t-il après bien trente secondes. Nom de Dieu !
Paul, à son tour, ne put que répéter la même chose.
 - Et les autres, tu les as prévenus ?
 - Pas encore. Mais j’ai un message d’Yvon. Je l’ai pas écouté. C’est sûrement pour ça.
 
Jacky proposa de tous se retrouver le soir même au bar de François-Xavier. Tous. Ceux de l’Association. Ceux du groupement des éleveurs caprins et ovins.
 - On n’est pas dans la merde, continua-t-il. Je te dis ! Qu’est-ce qu’on va faire ?
 - Résister. Comme d’habitude.
 - Bien sûr qu’il faudra résister. Mais je vois d’ici les visites sanitaires. Les emmerdes pour une toile d’araignée. Avec ces connards d’inspecteurs.
Paul l’interrompit pour s’en prendre à son tour aux fonctionnaires du continent qui n’avaient rien d’autre à foutre que le bordel chez des producteurs déjà à l’agonie. Il fallait soi-disant protéger le consommateur. Mais le consommateur, lui, n’était jamais tombé malade ou raide mort parce qu’il avait mangé un bon casgiu même avancé. Quelle plaie cette folie hygiéniste ! Encore une lubie des anglo-saxons pour qui une belle croûte un peu fleurie est le démon en personne. Comme si la nature ne savait pas gérer et faire le ménage, comme si le corps humain se laissait empoisonner sans dégueuler un bon coup !
 - On va faire le siège de la préfecture, coupa Jacky. On doit tous se fédérer. Et même se réunir avec ceux du continent. J’ai des amis dans le Larzac et en Auvergne, comme tu sais. Mais s’il faut prendre les devants, nous on va les prendre les devants !
Paul repensa à quelques actions naguère rondement menées. Ça avait fumé plus d’une fois. Au propre comme au figuré. Les explosions. Et puis les lacrymos. Une époque de rebelles héritée des précurseurs d’Aleria. Trop jeune pour y avoir participé, il en connaissait pourtant l’histoire par cœur. Mais le filon s’était tari.
 - Tu as raison Jacky. D’abord, la préfecture.
 - Je vais quand même voir ce qu’ils en disent à Murol. J’appelle mon copain. Je te rappelle après.
Paul posa son portable et relut une fois encore l’alerte info d’internet. Une larme de fureur tout autant que de désespoir affleura à ses yeux. Quelle mouche avait donc piqué ces technocrates atteints d’agueusie et incapables de distinguer un Babybel d’un brebis fermier ? De quel droit condamner l’excellence d’un savoir-faire ancestral ? Jamais personne n’avait eu à se plaindre de ses fromages ni de ceux de ses confrères. Au contraire, tout le monde vantait leur goût inimitable, ce goût qui, en haut lieu, faisait désormais débat, ce goût suspect et potentiellement vecteur de maladies imaginaires.
Que pouvait-on faire ? Qu’allait-il rester de toutes ces choses ?
Paul s’affala sur une chaise, presque à vouloir en finir au plus vite. Ses pensées prenaient un tour amer et désabusé.
L’époque ne disait plus rien qui vaille, tout semblait relever de la même consistance et la même insipidité. Jusqu’aux emballages trompeurs qui ne laissaient aucune illusion. Le produit qu’ils renfermaient, censément authentique, n’était qu’un pâle reflet d’une tradition qui s’éteignait. Bientôt, des gars comme lui ne seraient plus que figures de musées.
Pourtant, malgré toutes les peines et les lassitudes, il fallait se jeter dans la bataille. Un ultime baroud d’honneur. Ne serait-ce que par déférence envers son grand-père et tous les grands-pères de ses amis. Par déférence envers ces mains tannées qui avaient jour après jour affiné une technique jusqu’à la perfection. Par déférence envers l’idée même de qualité.
Paul, à l’aune de ses premiers combats, se redressa.
Il allait déclencher la guerre : la guerre du brocciu.


              



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Torna altri rumpistacchi chì ci impuzzicanu incù i so testi, vulendu propiu esse letti per sperà ottene una qualunque gloria ch'elli ùn anu micca in a so vita viota è senza intaressu. Bon... forze chì ghje vera. Ma ci n'impippimu. È pò, a mi diciarete, bloghi litterarii, nant'à a tela, è sopra tuttu nant'à a tela corsa, ci n'hè ghjà à buzzeffa ! Tanti scrivanetti pumposi ! È bè tantu peghju ! O tantu megliu ! Hè solu una vitrina di più per fà scopre qualchi testi scritti, senza pritenzione, incù u core, incù e trippe, o incù e viscere chì vi cunveneranu...