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u 3 di Nuvembre 2014 - scrittu dà - lettu 337 volte

L'exaltation du lièvre


L'exaltation du lièvre
Elle m’a dit qu’on ferait les choses à sa façon.
Notre précédent rendez-vous avait été tout ce qu’il y a de plus classique : un dîner au resto, une petite balade en ville, je l’ai raccompagnée chez elle, et puis je suis rentré chez moi.
J’étais pas sûr qu’elle veuille d’une deuxième fois. Je sais pas pourquoi. Puis elle m’a rappelé, et elle m’a dit : « A vingt heures au 51 rue Quincanmpoix. J’ai réservé une table. »
Je me suis bien sapé, même si fondamentalement elle s’en foutait, puis je me suis pointé là-bas dix minutes avant. Je pensais poireauter trois quarts d’heure à l’attendre, mais elle est arrivée à l’heure. A vrai dire, elle serait arrivée en retard, je sais pas ce que j’aurais fait. Parce que dans ce resto, on ne peut pas s’occuper autrement qu’avec ses pensées, à moins de parler en espérant qu’un serveur soit dans le coin pour vous répondre.
J’ai compris tout de suite ce qu’elle avait voulu dire.
Le resto s’appelle « Dans le noir ? ». Et effectivement, à l’intérieur, on voit pas son nez. J’aurais pourtant bien admiré toute la soirée son profond décolleté. Je me demande même si elle a pas fait exprès, pour me faire chier. Genre : « Tu vois le cadeau ? Ben tu le vois plus et tu l’auras pas ! » A moins qu’elle ne se soit pas rendue compte ? Mouais. Ça m’étonnerait.
Je vais donc imaginer la vue toute la soirée, pendant qu’on discutera et qu’on mangera. Ou alors, je laisse mes mains s’égarer ? Je pourrais toujours dire que j’ai pas fait exprès. Mais bon, tout le monde entendrait la gifle...
Un gars que je ne vois pas nous accueille et nous dirige vers le néant, puis nous assied. A chaque pas, j’ai peur de tomber dans un trou ou de rentrer dans quelqu’un. En plus les sons m’ont l’air décuplés, et pour un peu j’ai l’impression de marcher dans les assiettes des autres.
Niveau menu, on n’a pas le choix : c’est découverte. Elle tape dans ses mains et rit. Je suppose qu’elle est fière d’elle.
– Alors ? elle me dit. Qu’est-ce que tu en dis ?
– On verra, je réponds.
Ça la fait rire. Je me suis même pas rendu compte de ce que j’ai dit.
– J’espère que je vais pas m’en mettre partout.
– Détends-toi. C’est très facile.
Le serveur me fait sursauter en revenant. Je m’y attendais pas. Il nous présente l’entrée, et nous conseille de nous servir de nos sens. L’odorat, d’abord. Le toucher, éventuellement. On a des serviettes citronnées à disposition, si on veut y aller franchement. Bon, pour les couleurs on repassera, mais ça sent très bon. Niveau textures, de ce que j’effleure, il y a des trucs doux, des trucs un peu moins doux, des trucs fins, des gros trucs,... j’avoue que je sais pas m’y prendre. Je tâtonne à la recherche de ma fourchette, puis je la plante directe dans la nappe. Je recommence, et balance un peu de bouffe à côté de l’assiette. Au troisième essai, je me pique le coin des lèvres, décale d’un poil l’objet de torture, puis le fourre dans ma bouche.
– C’est bon ! je dis.
– Mais encore ?
J’essaie de faire un effort de développement.
– C’est doux et piquant en même temps. Il y a probablement de la salade et de la carotte. Il y a du fruit. Du pamplemousse, je crois.
– Du pomelo. Le pamplemousse c’est un gros machin énorme, et il n’y a presque pas de chair dedans. Les gens se trompent tout le temps.
– Ok, va pour du pomelo.
– Quoi d’autre ?
– Des petits trucs qui croquent.
– Des pignons.
– D’accord. Et ces petites boules avec un goût bizarre qui éclatent ? Ça a un goût de poisson, on dirait.
– Des œufs de saumon.
– Ah ouais ? Tu m’aurais demandé comme ça j’aurais pas goûté. C’est très bon.
– Et l’assaisonnement, tu es capable de me le décrire ?
– Facile : du citron, des cornichons...
– Des câpres ! elle corrige.
– J’ai jamais aimé ça. Enfin, je croyais... Ah, et il y a un peu de curry, on dirait.
– On dirait. Tu t’en sors très bien, bravo !
Je suis tout fier de moi, et je bombe le torse. Sauf qu’elle ne le voit pas. De toute façon, même en pleine lumière, elle ne le verrait pas.
– Tu détailles toujours autant tes plats, quand tu manges ?
– Ca dépend, elle répond. Des fois oui, si j’ai du temps ou que je veux me détendre. Des fois je suis pressée, alors je me contente de manger. Je fais moins d’effort en cuisinant, quand je suis pressée. C’est juste un moyen de remplir mon corps de ce dont il a besoin.
– Drôle de façon de voir les choses. Ça doit pas être facile tous les jours.
– Ca n’a rien de difficile. Au contraire. J’apprécie certainement bien plus que toi ce que je mange. Et puis j’ai grandi comme ça, alors pour moi c’est normal.
Le serveur se pointe pour nous cogner le plat principal sur la table. On se souhaite bonne chance, et on s’y remet.
– Ca sent le chocolat ! je dis.
– C’est étonnant que ce soit la première odeur qui te vienne. Je sens beaucoup plus la viande.
– De la viande ? Au chocolat ?
Dans quoi me suis-je embarqué, nom de Dieu ? Je mangerais jamais des trucs pareils si je choisissais moi-même !
– Et pas n’importe qu’elle viande, m’assure-t-elle. Goûte !
Ce que je fais, non sans appréhension. Je découpe un petit bout de cette chose un peu molle, hésite, puis la coince entre deux molaires. Et en mâchant, d’abord lentement, puis de plus en plus vigoureusement, une explosion de saveurs me fouette la langue, les joues, et remonte par effluves dans mes sinus. C’est tendre et fibreux, c’est fort, mais contrebalancé par une sauce à la fois amère, un peu acide, et relevée. J’y refous une fourchetée pour mieux apprécier, et décèle quelques échalotes, et une épice que je suis incapable de nommer. Le chocolat, je m’attendais à ce qu’il emporte tout, mais en fait il est très subtil. Je ne suis même pas sûr que je l’aurais senti si je n’avais pas mangé à l’aveugle.
– Ce lièvre est excellent ! Déclare-t-elle.
– Du lièvre ?
– Tu n’en avais jamais mangé ?
– Je sais plus... Peut-être. Ou alors c’était du lapin. En tout cas, c’est divin ! Quel est le fou qui a eut l’idée de mettre du chocolat dans une viande comme ça ? Cette sauce, putain, c’est super bon !
Elle rit.
– Et tu as senti le piment ?
– Hein ?
Elle s’esclaffe carrément. Je ris aussi. Je ne peux pas m’en empêcher, et elle non plus.
– C’est exaltant, dit-elle.
Je finis mon plat, déçu qu’il n’en reste plus. Le serveur nous débarrasse, ravi que ça nous ait plu, puis nous demande si on veut un dessert. Elle ne me laisse pas répondre, et lui dit :
– On ne le prendra pas ici. Mais merci.
Le serveur n’y voit pas d’inconvénient, et il nous aide à aller vers la sortie. On paye à l’entrée, là où il y a un peu de lumière. On nous aurait apporté l’addition dans le noir, qu’on aurait pu payer la somme qu’on voulait.
Dehors, on respire l’air frais de la nuit tombée, et on reste deux minutes comme ça, sans rien dire, à se souvenir de ce qu’on a dégusté. Je l’entends soupirer, et en me tournant vers elle, je vois son superbe sourire. Elle tourne également la tête, mais son regard perdu ne me fixe pas.
– Embrasse-moi, dit-elle.
Je suis tellement pris au dépourvu, que je me sens tout con. Comme ça, là ? Normalement c’est pas à moi de prendre les devants ?
– D’accord.
Je me penche gauchement et pose mes lèvres entrouverte sur les siennes. Son rouge à lèvres a en partie survécu au repas, et il a un goût de noisettes. Nos haleines chargées de lièvre au chocolat se mélangent pendant que nos langues se touchent. Elle ouvre plus grand encore la bouche, appuie plus vigoureusement sa langue sur la mienne, fouille, se presse contre moi, fougueuse. Pendant un instant, j’ai l’impression qu’elle a encore faim, que ce lièvre délicieux se trouve encore là, en moi, et qu’elle va me bouffer tout cru. Faim, elle a faim. Elle s’écarte de moi.
– On va prendre ce dessert ? me demande-t-elle.
– Où ça ?
– Chez moi.
– Qu’est-ce que tu as prévu ?
Elle redresse sa poitrine et amène un doigt délicat effleurer son sein gauche. J’en avais presque oublié ce décolleté sublime.
– Tu verras, dit-elle, coquine. Mais j’éteindrai la lumière.


              



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